Quand les générations échangent des messages d’espoir

Les enfants du Terrain d’aventure de Sion ont transformé, avec joie, une vieille baratte à beurre en Canon de la Joie. ©DR

Convier les jeunes  et les seniors à communiquer entre eux par l’intermédiaire de messages positifs et colorés, telle est la démarche de Pro Senectute Valais-Wallis à travers l’émouvant projet « Graines d’Essentiel ». 

Depuis le mois de mars, en Valais, enfants, jeunes et moins jeunes s’activent dans le secret de leurs espaces de création dans un seul et même but : participer à « Graines d’Essentiel ». Sollicités par Pro Senectute Valais (PS VS), tous ont accepté d’écrire des messages bienfaisants et de dessiner ou de peindre des affiches destinées à replacer « l’Essentiel » au centre de la vie de chacun. Les seniors s’adressaient aux jeunes qui, eux, s’adressaient aux aînés. De nombreux partenaires ont pris part au projet, et le tout a trouvé son apogée à travers une éclosion d’expositions éphémères visibles dans différentes villes et villages du canton, durant le mois de juin, avant de toutes se retrouver sur le site internet de la fondation, souligne Estelle Konté, animatrice de référence de PS VS : « Dès le début, tout le monde a été partant, surtout les jeunes. Ecoles, crèches, Centres de loisirs, UAPE, Foyers de jours, groupes d’aînés, EMS... chacun a participé. Je pense notamment à la Forge Bleue qui a produit une quantité d’affiches, à la Résidence des Glariers, à Sion, ou plusieurs ateliers ont été organisés en rapport avec le projet, et à tous les lieux qui se sont associés à cette aventure intergénérationnelle. »

 

Les messages de l’oiseau bleu

Pour les seniors qui ont adhéré à l’initiative, réaliser ces affiches a demandé une certaine organisation en raison du format A2 de celles-ci. Des dimensions imposantes qui ne les ont pas arrêtés dans leur envie de participer. Ginette Udressy-Pignat, 77 ans, et Marie Anne Vuadens, 78 ans, sont amies et unies par un même goût pour la peinture et le dessin qu’elles aiment pratiquer ensemble. Active au sein du Club des aînés de Monthey, Ginette a accepté de participer au projet, signant notamment une belle sanguine sur le thème de l’arbre : « J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser ces dessins. La période difficile que nous avons tous traversée a été dure pour les jeunes. Ils n’ont pas eu la même vie que nous. Nous avons eu notre pain noir avant notre pain blanc. Pour eux, c’est le contraire. Ils n’étaient pas préparés pour supporter cette pandémie et ce qui s’y rapporte... » 

Marie Anne Vuadens, de son côté, a puisé dans son propre vécu pour réaliser des œuvres emplies de légèreté et d’espoir, au pastel et aux crayons de couleur. Elle qui a passé deux mois et demi, seule durant le confinement, a retrouvé en elle ce qu’elle avait mis en pratique pour franchir cette étape. Elle livre ainsi des messages profonds et tendres accompagnés par la référence à l’oiseau bleu, omniprésent dans ses dessins... et dans sa vie : « La symbolique de cet oiseau m’est chère. Partager ces textes et ces dessins m’a apporté beaucoup de joie. J’espère que les jeunes arriveront à capter ce message... Si un ou deux d’entre eux en tirent quelque chose de positif, ce sera un cadeau... » 

 


Marie Anne Vuadens. ©DR

 

Feu d’artifice de fleurs

Les plus jeunes ont été très actifs, eux aussi. Parmi eux, au Tipi Terrain d’Aventure de Sion, entre trente et trente-cinq enfants de 6 à 12 ans ont participé avec enthousiasme à la conception de quatre peintures-graffitis sur bâches agrémentées de messages dédiés aux seniors. Au cours du Parlement qui se tient à chaque rencontre et qui leur permet de s’exprimer et de découvrir les activités proposées dans la journée, ils ont montré leur intérêt, avant de s’appliquer à peindre le mieux possible. Les aînés ont ainsi pu découvrir des dessins aux couleurs éclatantes et des messages touchants comme « On vous aime ! » « Vous nous manquez... » ou « J’adore faire le jardin avec toi ! » 

Les enfants ont également eu carte blanche pour s’atteler à la transformation d’une vieille baratte à beurre qu’ils ont choisi de métamorphoser en Canon de la Joie tirant des Fleurs d’artifice, comme l’explique Célien Dubuis, l’un des deux responsables du centre : « Les enfants l’ont peinte avec des couleurs très vives et ont voulu installer des fleurs par-dessus pour symboliser un canon qui lancerait des fleurs. Dédicacer des phrases positives a fait émerger beaucoup d’émotions et leur a permis de s’exprimer. Ça a été un moment important, notamment pour certains d’entre eux dont les familles ont été endeuillées durant la pandémie. »

Parmi les artistes en herbe qui se sont attelés à la transformation de la baratte en œuvre d’art, Artin, 11 ans, et Florine, 12 ans, se sont particulièrement investis. Deux demi-journées ont été nécessaires pour mener à bien leur projet qui n’a pas été simple à réaliser : « Il a fallu retirer beaucoup de choses de la baratte, puis on a fait des graffitis. A l’intérieur, on a fait un trou dans lequel on a mis de la terre et on a planté une fleur. Ça nous a fait du bien de faire plaisir à des personnes âgées, parce que, pendant le coronavirus, elles n’ont pas vu leurs familles et n’ont pas pu parler avec elles, sauf en FaceTime... » Ni le Canon de la Joie ni les affiches géantes n’ont été sacrifiés après avoir été exposés : ils ont trouvé une nouvelle vie dans des EMS de la région. 

« Graines d’Essentiel » a accompli sa mission. Selon les lieux, les expositions pourraient devenir itinérantes. En attendant, de Evolène à Isérables, en passant par Granges, Sion ou Monthey, l’initiative a tissé des liens invisibles et semé des bulles de bonheur au creux des sentiers valaisans, y compris les plus reculés.

 

Martine Bernier

 

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