Les écrans rapprochent les générations

photos: © Yves Leresche

Des adolescents en quête d’une formation professionnelle répondent aux questions des aînés aux prises avec des smartphones et des tablettes. Les rencontres ont démarré à Sion. Elles vont se poursuivre une fois par mois jusqu’en juin 2018.

Marguerite ouvre son iPad. Elle montre à Arnaud le compte Facebook qui semble bloqué. La dame de 84 ans soupire: «Ah, ces mots de passe!» Elle fouille parmi ses documents à la recherche du sésame. Le jeune homme, grand et sérieux, montre à Marguerite comment procéder sur l’écran. Les deux se tutoient, discutent les issues possibles jusqu’à tomber d’accord sur une solution au problème. Marguerite est ravie. Comme les autres participants à la rencontre qui réunit des personnes âgées et des adolescents entre 16 et 19 ans dans le but de répondre aux interrogations des aînés aux prises avec des smartphones et des tablettes.

 

Sous l’appellation «La connaissance de la jeunesse au service des seniors », cette activité se déroule à la Médiathèque de Sion à quelques jours des fêtes de Noël. Cette journée-là, sept participantes et un participant côtoient autant de jeunes experts en informatique. Le programme a démarré en octobre 2017 et se poursuivra, une fois par mois, jusqu’en juin 2018. L’expérience est le fruit du partenariat entre Pro Senectute Valais et l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO).

L’idée de ces rencontres a germé, en effet, dans le cadre du semestre de motivation (SeMo) proposé sous l’égide de l’OSEO Valais. Le SeMo offre aux adolescents dépourvus de formation professionnelle l’opportunité de se préparer à affronter mieux armés le marché du travail. Le groupe de jeunes qui anime l’activité prend ainsi en charge son organisation de A à Z, en collaboration avec Pro Senectute Valais, en concevant également des marches à suivre, disponibles sur papier pour les questions les plus fréquentes.

«Ils sont nés avec»

Les seniors, qui doivent s’inscrire à l’avance et s’acquitter sur place d’une taxe de 20 fr., bénéficient des conseils avisés de filles et de garçons qui mettent à profit leur aisance avec les nouvelles technologies. «Ils sont nés «avec», résume Maria, alors qu’elle suit les instructions de Jeanette pour rassembler tous les messages de son fils sur un smartphone. «Les rôles sont inversés», continue cette dame qui doit faire le deuil de son ancien téléphone portable. Ce sont les adolescents qui savent, pas nous», déclare-t-elle en maniant un stylo tactile à la main pour mieux viser les petits icones sur l’écran.

 

A la table voisine, Rose-Marie et Jean-Paul, mariés, passent en revue avec Sara des listes de points à aborder qu’ils ont préparés à l’avance. Ils prennent des notes, très appliqués et, parfois, un peu décontenancés face à ces engins qui «font des choses sans savoir pourquoi». Ils manipulent les écrans toujours dans la crainte de supprimer par inadvertance un fichier ou de commettre l’irréparable. Mais Sara est rassurante et résout tous les problèmes en quelques coups de doigt.

 

Beaucoup de patience

«C’est mieux qu’un cours», assure de son côté Marguerite à sa deuxième séance, qui lit les journaux et les avis mortuaires sur sa tablette. «Je peux poser toutes les questions que je veux et on me donne des réponses personnalisées. Et, si je ne comprends pas, on peut recommencer. Ils sont très patients.»

 

L’échange est «très interactif», explique Corinne Quennoz, responsable de l’atelier administratif au sein du SeMo qui accompagne le groupe dans cette aventure. «Le but ce n’est pas de faire les choses à la place des seniors, mais de leur donner les moyens de se débrouiller tout seuls.» Alors, ensemble, on explore des pistes, on fait des erreurs parfois, puis on trouve le chemin qui convient. Et, quand on ne sait pas, «il y a toujours un camarade pour dépanner», raconte Milan, non sans une pointe de fierté.

 

Après plus de deux heures très intenses, les adolescents sont vidés. Munir s’exclame cependant: «Je ne regrette pas d’être venu, lui qui hésitait à suivre ses camarades, c’est bien de rencontrer des personnes âgées, ça nous oblige à faire un effort, à bien expliquer, à utiliser des mots qu’ils comprennent. » Et les seniors repartent avec leurs réponses, prêts à revenir pour en apprendre encore davantage sur «ces diables de machines».

 

Marco Danesi

Plus d'infos:

  • Dates des prochains cours en 2018: 22 février, 29 mars, 3 mai, 7 juin
  • Lieu: Médiathèque Valais, rue de Lausanne 45, Sion
  • Renseignements et inscriptions obligatoires: Pro Senectute Valais-Wallis: 027 322 07 41 / Atelier Admin Jeunes SeMo: 027 324 84 40

 

Merci de votre générosité!

3 245 000 francs. C’est le chèque que Migros a remis à Pro Senectute le 17 janvier 2018 grâce à la vente des cœurs en chocolat lors des fêtes de fin d’année. Ces dons ont, entre autres, permis à Pro Senectute de venir en aide à Monsieur *Pierre-Alain Blanc, 69 ans qui, après avoir payé de grosses sommes pour ses frais médicaux, avait deux mois de retard dans le paiement de son loyer. Menacé d’expulsion par son propriétaire, Pierre-Alain Blanc a fait appel à Pro Senectute qui a versé les 1200 fr. de loyer en retard afin qu’il ne se retrouve pas à la rue. Ce dernier est l’un parmi des milliers de bénéficiaires qui vivent dans la précarité et/ou souffre de solitude et qui font appel, chaque année, à Pro Senectute. Grâce à ce fonds d’aide individuelle, Pro Senectute soutient financièrement des personnes âgées pour des achats indispensables, tels qu’une paire de lunettes, un appareil auditif par exemple, leur évitant ainsi de se retrouver dans une spirale d’endettement qui peut vite devenir infernale.

*Pseudonyme, nom connu de la rédaction.

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