Le suicide menace surtout les aînés

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Mettre fin à ses jours reste encore aujourd’hui un sujet tabou, qui implique une fois sur trois une personne âgée de 65 ans et plus. Il est primordial d’en parler afin de désamorcer les situations difficiles.

Le geste est brutal, irrévocable. Universel aussi. Le suicide concerne d’ailleurs plus d’aînés que de jeunes, comme le confirment les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Sur les 1037 personnes qui se sont donné la mort en 2012, 312 avaient 65 ans et plus, soit près d'un tiers des morts par suicide. 

 

Impossible toutefois de dresser un portrait-robot de ces âmes suicidaires, même si les chiffres montrent clairement que cette tendance est plus marquée chez les hommes (228 contre 84 femmes), et que l’on sait comment, près d’une fois sur deux, une dépression précède le passage à l’acte.

 

«Depuis les années 1980, le suicide a fortement augmenté chez les seniors, avec des taux qui s’accroissent de manière exponentielle à partir de 70 ans, souligne l’anthropologue Michela Canevascini, qui a consacré une thèse à la prévention du suicide et la prise en charge des personnes présentant des problématiques suicidaires. On peut associer ce phénomène à la place de la personne âgée dans notre société. Elle y est de moins en moins une ressource relationnelle ou de savoir. Dans un contexte où l'espérance de vie augmente progressivement, les aînés sont souvent associés à la dépendance, au fait d'être une charge pour leur entourage, un poids.»

Répercussions sur toute la famille

Pourtant, mettre fin à ses jours a bel et bien des conséquences intergénérationnelles. «Cela a des répercussions sur le rapport au monde des proches de la personne, mais aussi sur la construction identitaire des enfants et petits-enfants, lorsqu’il s’agit du suicide d’une personne âgée. Il y a un avant et un après...», insiste Olivier Taramarcaz, coordinateur romand formation et culture à Pro Senectute Suisse, qui a participé – en 2011, à Lausanne – à une manifestation consacrée au suicide et proposée par un réseau associatif, à l’initiative de la conteuse Alix Noble Burnand.

 

Cette thématique a notamment été abordée au travers d’expositions de peintures et de photographies, de conférences publiques, de projections de films. «La diversité des manières d’évoquer ce thème est encouragée par l’invitation au décloisonnement, par le croisement des approches, culturelle, anthropologique, éthique, politique, sociologique, philosophique...», poursuit-il.

Des signes annonciateurs

Car, au-delà des statistiques, ce sont des destins qui se brisent net sur les écueils de la vie. Des signes annonciateurs existent pourtant bien souvent, puisque l’on estime que sept personnes sur dix en ont parlé d’une façon ou d’une autre avant l’instant fatidique.

 

Mais concrètement, comment (ré)agir? «Si l’on voit des signes inquiétants, il est important d’entourer la personne, de l’écouter sans la juger, de ne pas la laisser s’isoler, affirme Anne-Marie Trabichet, coordinatrice de l’association Stop Suicide. On peut notamment lui rappeler l’existence du 143, le numéro de La Main Tendue, un service de secours par téléphone qui s´adresse à toutes les personnes en difficulté, quel que soit leur âge, ou encore de l’Alliance genevoise contre la dépression au 022 305 45 45. Et si vous percevez un vrai risque de passer à l’acte, n’hésitez à appeler un médecin, les services sociaux, ou les urgences psychiatriques, qui ont des unités mobiles».

 

Selon les spécialistes, les initiatives de prévention et de sensibilisation autour du suicide des seniors manquent. «On considère plus choquant qu’un jeune se suicide, alors que pour la personne âgée, on se dit qu’elle a "déjà vécu sa vie"», déplore Michela Canevascini. Alors, parlons-en, parlez-en!

Frédéric Rein

 

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