Des bénévoles brisent la solitude

Entre les deux femmes, le feeling a tout de suite passé et les échanges sont chaleureux. © Corinne Cuendet

A Avry-sur-Matran, la vie de Heidi, 88 ans, a changé du tout au tout depuis qu’elle a rencontré Catherine, une bénévole de Pro Senectute Fribourg.

Heidi Linder attend le lundi avec impatience. C’est le jour où elle reçoit la visite de Catherine Pachoud, une bénévole à Pro Senectute Fribourg. Un rendez-vous hebdomadaire précieux dans la vie de cette femme de 88 ans : « Nous parlons de nos vies, nous faisons une sortie, j’aime beaucoup ce moment. » Dans la grande chambre de sa maison d’Avry-sur-Matran (FR), Heidi désigne deux outils désormais indispensables à sa mobilité : un déambulateur et une chaise roulante, qu’elle utilise depuis 2014, à la suite d’un accident aux genoux qui a tout changé dans sa vie : « Jusqu’alors, je marchais beaucoup, qu’il pleuve ou qu’il neige et je pouvais rencontrer du monde. » 

 

Besoin de sortir

Veuve, mère de quatre enfants, grand-mère et arrière-grand-mère, Heidi s’est retrouvée ainsi, du jour au lendemain, confinée dans son logement. « J’ai la chance d’avoir la visite régulière de l’une de mes filles qui fait mes courses, dit-elle, avec reconnaissance. Cela n’empêche pas que le temps passe plus long quand on doit rester seule chez soi. J’ai besoin de prendre l’air, et mes proches n’ont pas la possibilité de m’accompagner dehors régulièrement. » 

 

La vie désormais sédentaire et plutôt solitaire de Heidi change du tout au tout en 2016, quand elle découvre un service d’accompagnement offert par Pro Senectute : « J’ignorais que cela existait, c’est vraiment un loisir qui me convient très bien. » La rencontre se déroule généralement ainsi : Catherine débarque chez Heidi sur le coup des 14 heures et elles décident d’aller faire un tour dans le quartier ou de se rendre dans le centre commercial de la commune. « S’il fait beau, je prends du plaisir à observer les fleurs dans les jardins. » Si l’hiver est long, comme cette année, Heidi n’aime rien tant que faire les boutiques de mode avec Catherine. « On découvre les nouvelles tendances, on boit un café, cela me convient très bien. » 

 

« Le feeling a bien passé »

Il faut dire que cette octogénaire connaît de l’intérieur les méandres d’Avry Centre, cette zone de commerces où elle et feu sont mari tenaient un magasin de photo et de vente de laine. « A l’époque, le bleu et le blanc avaient du succès, j’en vendais des pelottes entières aux fans de Fribourg-Gottéron pour tricoter des écharpes », se rappelle avec humour Heidi. Drôle, vive, elle a trouvé en Catherine une véritable amie. La bénévole confirme : « Oui, le feeling entre nous deux a tout de suite passé. » Pour cette jeune retraitée, lundi rime avec riche moment d’échanges : « Heidi est  curieuse de tout et on s’entend très bien. Je lui parle de mes voyages, on évoque les sujets des votations, on parle de nos enfants. » Certains lundis, l’octogénaire évoque son enfance bernoise à Steffisburg, où son père fut boucher et maçon. Petit à petit, elle s’est confiée à Catherine, comme lorsqu’elle raconte sa rencontre avec l’homme de sa vie, dans la pâtisserie-boulangerie où elle était venue travailler, dans le canton de Neuchâtel.

 

Un lien intergénérationnel fort

Catherine a perdu ses deux parents et elle reconnaît que ce lien régulier avec une personne de leur génération est d’autant plus précieux. « Sur le fond, j’étais toutefois avant tout motivée par la volonté de me rendre utile. Mon mari est également bénévole. Il donne des coups de main pour remplir la feuille d’impôt. » Pour cette femme généreuse d’elle-même, la disponibilité est le préa-lable nécessaire à son activité d’accompagnatrice : « Je suis là pour Heidi, je lui consacre près de deux heures, et c’est très important de prendre du temps. Si elle veut acheter des collants ou de la nourriture pour son chat, on ne va pas se presser. » C’est là toute la différence avec les proches qui n’ont pas toujours la possibilité d’aller au rythme de celles et de ceux de leurs aînés. 

 

Dans le canton de Fribourg, Pro Senectute a baptisé « AVEC » (Accompagnement Visites Echanges Convivialité), ce service basé essentiellement sur la convivialité. « Nous pouvons compter sur 40 bénévoles sur les 500 que nous employons, précise Jean-Marc Groppo, directeur. Elles effectuent en tout 1400 heures d’accompagnement dans l’espace d’une année. » Toute personne de plus de 60 ans résidant dans ce canton, hors les homes, peut faire appel à ce service offert depuis 2013. L’accueil réservé à ce genre d’accompagnement est bon dans l’ensemble. « Nous avons cependant été surpris par la complexité de sa mise en place », témoigne Jean-Marc Groppo. Le fait de mettre deux personnes en relation n’est en effet pas une mince affaire : « L’entente entre les bénéficiaires et les bénévoles ne va pas de soi. Le lien de confiance doit se créer et les attentes, de part et d’autre, peuvent s’avérer contradictoires. » Lors du recrutement des bénévoles, Pro Senectute veille à trouver des candidats fiables, qui sachent donner de leur temps de manière désintéressée et présentant un profil psychologique équilibré. L’accompagnement ne va pas non plus sans une certaine souplesse et un grand sens de l’écoute. Destiné à durer, ce service repose essentiellement sur des qualités humaines. Parce que la solitude ne se brise pas sans une forme ou une autre d’ouverture à l’autre.

Nicolas Verdan


La Table à la cantine séduit

La Table à la cantine a tout pour plaire. La première fut lancée en octobre 2017, à l’initiative de Pro Senectute Vaud et de la Ville de Morges dans le cadre de la cantine scolaire de Beausobre. L’idée est simple et séduisante : susciter des rencontres intergénérationnelles dans une situation conviviale. Sous la houlette d’un bénévole, qui veille à l’accueil et se charge de l’organisation, jeunes et moins jeunes partagent un repas à l’heure du déjeuner ou de la collation. L’occasion de faire connaissance, d’échanger des idées et de se familiariser avec l’univers de l’autre au-delà de la différence d’âge. La Table à la cantine est une déclinaison des Tables conviviales mises sur pied par Pro Senectute Vaud et qui rencontrent un franc succès : au bistrot et chez des hôtes. Aujourd’hui, en plus de Beausobre, la Table à la cantine se dresse déjà dans trois établissements dont le Gymnase de Nyon. Avec les candidats au bac et à la maturité, des discussions enrichissantes sont au menu.

N.V.

Plus d’informations: A Pro Senectute Vaud, rue du Maupas 51, 1004 Lausanne


 

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