Sexualité: refuser n’est pas rejeter l'autre

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Comment puis-je repousser les avances sexuelles répétées de mon conjoint qui, à son âge (60), est branché sur ses besoins à lui et est à la limite du harcèlement ? Marie, 64 ans.

Se sentir harcelée au sein de son couple est un affect difficile à vivre, et vous faites bien d’écouter cette partie de vous qui veut dire « stop » et être (mieux) entendue. Il est courant que la place de la sexualité au sein d’une relation évolue. Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour tenter de dénouer et d’apaiser la situation, pour transformer vos attentes différentes en ententes communes. En tant que tel, il n’existe pas, au niveau légal en Suisse, de « devoir conjugal » lié à la sexualité. Dès lors, vous êtes en droit de négocier de nouveaux aménagements afin que vous puissiez, chacun, vous sentir respectés, et vivre une relation épanouissante, sans que personne ne se force ou ne se sacrifie.

 

« Transformer le « non, pas ce soir » en « oui, mais comme ceci... »

Romy Siegrist, Psychologue FSP, sexologue

 

Le sexe e(s)t… l’amour ?

Avant tout, pour de nombreuses personnes, la sexualité est vécue comme une manière de se sentir aimées et importantes pour l’autre, ce qui les amènent parfois à ressentir des angoisses d’abandon et de rejet lorsqu’on décline une proposition érotique. Rassurer l’autre de notre affection, lui dire des paroles valorisantes, et proposer une autre manière de partager un moment de qualité à deux permet souvent de désamorcer la chose… et d’ouvrir l’espace pour échanger sur les besoins de chacun. Sommes-nous arrivés à un point où nos rythmes et nos envies sont trop différents pour les partager de manière heureuse ? Le sexe doit-il absolument se vivre (uniquement) au sein du couple ? Il y aurait des arrangements possibles hors du couple ? Quelles seraient nos craintes si c’était le cas ? Et puis… est-ce vraiment un point de non-retour ou peut-on imaginer en faire un rond-point ?

 

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(Pas) envie… oui, mais de quoi ?

Dans le sentiment de harcèlement que vous ressentez, la fréquence n’est peut-être pas le seul enjeu : y aurait-il aussi une manière de faire, de vous approcher, qui est trop répétitive ou éloignée de ce qui vous excite et vous séduit actuellement ? Ou votre conjoint demande-t-il toujours une pratique en particulier ? Vous mentionnez qu’il est très « branché » sur ses propres besoins : pour de nombreuses personnes — surtout des hommes —, un rapport sexuel s’articule autour de la pénétration phallo-vaginale. Si c’est une pratique qui peut amener passablement de plaisir, ce n’est généralement pas celle qui suffit à maintenir un désir vivant — et surtout si des doigts ne sont pas de la partie ! Quoi qu’il en soit, la pénétration n’est jamais un passage obligé, et il peut même être intéressant de l’interdire. Et donc si ouverture érotique il y a, on peut transformer le « non, pas ce soir » en « oui, mais comme ceci...

Traverser des périodes de réaménagements est affaire courante… cela ne rend pas moins les choses complexes. Si la situation devait se détériorer et que votre intégrité physique, psychique et/ou sexuelle n’était plus respectée, n’hésitez pas à demander de l’aide à des personnes spécialisées dans les violences au sein du couple.

 

 

Romy Siegrist
Psychologue FSP, sexologue

 

Pour aller plus loin
• Baiser après #MeToo (2020), Ovidie & Diglee, Ed. Marabulles.
• Violencequefaire.ch : un site d’informations et de soutien anonyme et gratuit autour des violences au sein du couple.

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