Les fantasmes, ces alliés intimes

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« J’ai besoin de fantasmer pour m’exciter et pour arriver à l’orgasme. J’ai un peu honte de cela, j’ai l’impression de tromper mon partenaire. » Sabine, 66 ans.

Il est courant de penser que fantasmer et/ou se caresser serait une offense faite à l’autre. Ce que vous ressentez est compréhensible : nous devrions, pense-t-on souvent, mais à tort, être comblés uniquement par les bienfaits de notre partenaire. Mais, dans les faits, cela peut être un frein au plaisir et, au passage, une condamnation de la masturbation et du recours aux fantasmes, aussi bien durant la relation sexuelle qu’en dehors de cette dernière. Or, s’approprier son plaisir — et son désir — passe souvent par le fait d’apprivoiser son imaginaire érotique, l’accepter, pour pouvoir ensuite tirer son épingle du jeu.

Rôles et origines des fantasmes

« Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les fantasmes » : les fantasmes imagés, les scénarisés, les proto-fantasmes aussi nommés fantasmes « blancs » (s’articulant uniquement autour d’un ressenti, d’une émotion, d’une odeur…), les primaires (qui ont « toujours été là ») ou secondaires (qui se sont développés à la suite d’une rencontre, une expérience), il en existe de toutes sortes. Certains prennent place pour faciliter ou maintenir l’excitation, et d’autres pour amener à la jouissance : on remarque même qu’il y a une sorte d’inversion dans leurs contenus. En effet, pour s’érotiser, on peut penser à quelque chose de romantique, tendre, amoureux, puis, pour jouir, quelque chose de bestial, voire d’agressif, intrusif ou humiliant. Et vice versa ! L’ambivalence, le paradoxe sont l’essence même de notre psyché, et notre énergie naît d’une forme d’équilibre qui doit sans cesse être maintenu, stabilisé, entre nos envies et nos craintes, le désir de sécurité et de nouveauté.

Inspirés d’une expérience vécue, d’une situation que nous rêvons de vivre, d’une prise de contrôle sur quelque chose d’effrayant (comme, par exemple, le viol), la plupart des fantasmes sont partagés culturellement — ce qui n’empêche pas, pour la plupart d’entre nous, de nous sentir honteux de les éprouver, et cela avant tout parce qu’ils tournent souvent autour des enjeux de pouvoir...

 

A lire aussi : L’orgasme vaginal, la quête du graal ?

 

« Quand je fais l’amour avec toi, je pense à lui »

Il arrive que l’on pense à quelqu’un d’autre. Tout comme il arrive que l’on se focalise uniquement sur une partie physique d’un corps. Quoiqu’il en soit, si vous le souhaitez, vous pouvez toujours extrapoler à partir de ce qui vous excite et inclure l’autre en lui glissant à l’oreille une part de vos fantasmes… Etre plusieurs, être caressé/e par de nombreuses mains, imaginer aussi que votre partenaire vous fasse ceci ou cela, avec un ou davantage de partenaires…

Cependant, pas de crainte, aucune obligation de communiquer : notre érotisme est une part de notre jardin secret et, comme son nom l’indique, il peut — voire doit — rester en partie secret !

 

 

Romy Siegrist
Psychologue FSP, sexologue — Centre SexopraxiS

 

Pour aller plus loin
- Les fantasmes, l’érotisme et la sexualité – L’étonnante étrangeté d’Eros (2007), Claude Crépault, Ed. Odile Jacob
- L’émission Question Q du 5 avril 2019 : Sexe et fantasmes
- Les femmes, le sexe et l’amour (2012) / Les hommes, le sexe et l’amour (2011), Philippe Brenot, Ed. Les Arènes

 

 

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