Vieillir bien. Comment profiter de la vie le plus longtemps possible ?

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Vivre longtemps en bonne forme physique et psychique s’anticiperait avant la naissance et se construirait tout au long de l’existence. C’est l’observation originale du gériatre, spécialiste de la biologie du vieillissement, Éric Boulanger.

On pourrait dire que c’est le dépit qui a incité Éric Boulanger à se lancer dans la rédaction d’un livre optimiste sur le « vieillir bien » (à ne pas confondre avec le bien vieillir qui est tyrannique). Ce spécialiste de la médecine du vieillissement au CHU de Lille (par ailleurs coordinateur du Département universitaire de gériatrie et biologie du vieillissement de la Faculté de médecine de Lille), s’est aperçu en effet que 75 % des pathologies présentées par les patients admis dans son service de gériatrie auraient pu être évitées. Que c’est un défaut de prévention qui les avaient amenés à l’hôpital. 

 

En d’autres termes, il observe qu’on pourrait vivre plus longtemps en forme et en bonne santé si on envisageait l’avancée en âge autrement. Pas avec fatalisme et dans une position de victime de l’âge. Mais en étant plus attentif aux avertissements de son corps, tout au long de sa vie. Dans son livre, il insiste en effet sur les bons réflexes à adopter le plus tôt possible. Car le vieillir bien commence avant la naissance. 

 

Avant la naissance : qu’entendez-vous par là ? 

Sans parler du capital génétique contre lequel nous ne pouvons pas lutter, et qui détermine dans une proportion de 20 % la part de notre vieillissement, l’hygiène de vie des géniteurs d’un enfant joue un rôle sur son futur état de santé. Des études ont montré que l’ovule et le spermatozoïde pouvaient transporter et transmettre des signaux qui pourront influencer la survenue de maladie durant l’enfance avec des répercussions sur le vieillissement. Lors de la grossesse et des deux années qui suivent la naissance (les 1000 premiers jours), l’influence de l’environnement est très importante. Il est désormais recommandé aux futurs parents de mener une vie saine, sans tabac, sans alcool, sans exposition à des perturbateurs endocriniens, entre autres, quelques semaines avant de procréer et au-delà si possible. 

 

Mais la machine du vieillissement, qui se traduit par un affaiblissement de certaines fonctions organiques, s’enclenche à quel âge ? 

Elle se met vraiment en route autour de la quarantaine. Même si nous ne ressentons rien, le vieillissement est là et c’est une période charnière durant laquelle il faut adopter de bons comportements. A partir de la cinquantaine, on entre dans la période des maladies évitables. Il faut un suivi médical et réaliser des tests de dépistage, notamment du cancer du sein et du côlon. Après 75 ans, il ne faut plus parler de chiffre d’âge, mais de statut de santé — robuste, fragile ou dépendant — défini en fonction de différents critères santé. Il faut être particulièrement attentif et dans la prévention, quand on atteint le statut fragile. 

 

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Pourquoi regrettez-vous que l’on soit trop focalisé sur la prévention des troubles cognitifs ? 

Deux risques de handicap sont liés à l’avancée en âge : le handicap cognitif qui correspond à la réduction des fonctions du cerveau, l’attention, la mémoire, le savoir-faire des choses du quotidien; le handicap physique qui se traduit par une diminution des capacités physiques, notamment fatigabilité musculaire et fragilité osseuse, troubles de l’équilibre et de la marche, chute. Or, les études actuelles démontrent un lien entre ces deux handicaps (cognitif et physique). Les troubles de la marche semblent être un signe précoce de maladie neurodégénérative. Bientôt, nous pourrons certainement dire : « Montre-moi comment tu marches, je te dirai comment ton cerveau vieillit ! » 

 

L’activité physique joue-t-elle un rôle contre le vieillissement cérébral ?  

Plusieurs études ont prouvé que oui ! Les muscles en activité produisent des molécules, les myokines, qui remontent au cerveau et lui envoient des messages ralentissant le vieillissement. D’où l’importance de faire une activité physique tout au long de sa vie, quelle qu’elle soit, la marche étant la meilleure de toutes et à la portée de chacun. Pour la prévention du vieillissement cérébral, il y a un autre facteur de prévention trop souvent délaissé, c’est le sommeil. Un mauvais sommeil ne permet pas l’épuration cérébrale qui s’opère quand on dort la nuit. Des molécules s’accumulent alors dans le cerveau qui perturbent son fonctionnement; d’où des troubles de l’attention de la mémoire. Le mauvais sommeil pourrait être impliqué aussi dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Voilà pourquoi il faut combattre l’insomnie. 

 

L’attitude préventive du vieillir bien que vous préconisez s’adresse donc aussi aux médecins ? 

Trop de médecins, notamment des spécialistes, attendent la dernière limite du supportable pour le patient avant d’opérer une cataracte ou une hanche par exemple… Mais pourquoi attendre ? Mal voir rejaillit sur le mode de vie d’une personne qui va limiter ses déplacements et ses lectures. Ce qui a un effet sur la vitalité de son activité cérébrale. Les problèmes de vision comme d’audition non pris en charge accélèrent le vieillissement cérébral. Mal marcher, car l’articulation du genou ou de la hanche est défaillante et devrait être remplacée par une prothèse, agit de façon négative sur la vie des gens, qui deviennent sédentaires, s’isolent, prennent du poids au risque de développer du diabète de type 2. C’est un engrenage qui se met en place et qui est ensuite difficile à éradiquer.
  

Il y aurait des méconnaissances du sujet âgé dans le monde médical ? 

L’un des défis de la prévention du mauvais vieillissement est d’embarquer le plus de médecins possibles dans la culture de l’avancée en âge. Ce n’est pas parce qu’on a 86 ans qu’on relève de la gériatrie comme l’imaginent trop souvent certains confrères spécialistes. Récemment, j’ai dû insister pour qu’un patient soit accepté dans un service de pneumologie qui voulait le refouler dans mon service de gériatrie parce qu’il était octogénaire ! En revanche, il serait profitable que les chirurgiens répercutent aux médecins traitants des observations sur les patients qu’ils opèrent : un volume musculaire insuffisant, une densité osseuse poreuse. Cela permettrait de prescrire de la gymnastique adaptée ou de la vitamine D… et de prévenir les accidents à un âge avancé. 

 

Propos recueillis par Véronique Châtel 

 

 

Je décide de vieillir bien, longtemps et en bonne santé, Editions Odile Jacob 
 

 

 

 

 

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