Sexualité - Quand la maladie devient handicap

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«Mon mari est atteint de Parkinson. Malgré le traitement, la situation s’est détériorée. Il garde beaucoup d’envies sexuelles, mais je n’ai plus envie d’y répondre.» Jeanne, 74 ans 

Avec les années qui passent et les soucis de santé, les intimités ont tendance à évoluer, voire à se bousculer au sein d’une relation. Si,régulièrement on s’aide mutuellement — on est « complémentaires » —, parfois, la partenaire devient effectivement comme une infirmière à presque plein temps. Ce qui peut rendre difficile le maintien d’une appétence sexuelle, comme vous nous l’écrivez si bien. Prendre soin aussi de vous dans cette situation complexe et essayer de mieux délimiter les espaces se révèlent nécessaires et importants. Si la sexualité peut être une belle source de vie, elle n’est pas une obligation, même au sein d’un couple. Mis à part cela, le désir sexuel n’est pas nécessairement le signe d’un besoin sexuel…

 

« Qu’est-ce que tu veux de moi ? Dis-le moi, dis-le moi »

La sexualité a cela de fascinant qu’elle n’est rarement que l’expression ou la résultante d’un désir sexuel. Se sentir aimé, faire baisser l’anxiété, apaiser le stress, se sentir connecté, ressentir du plaisir… sont autant de motivations — plus ou moins conscientes — à rentrer en relation sexuelle. Peut-être est-ce aussi le cas pour votre mari ? Quelles sont ses attentes derrière ses désirs affichés ? Comment pourraient-elles être comblées autrement, afin de préserver une certaine intimité relationnelle dans votre couple (partage de moments de qualité, activité physique adaptée, stimulation des différents sens…) ? Par ailleurs, avez-vous perçu un changement dans sa manière d’exprimer ses envies ? Car, dans le cas précis du Parkinson, la médication (notamment les agonistes dopaminergiques) peut rendre plus difficile la gestion des impulsions, sexuelles également. Discuter avec le ou la neurologue permet d’adapter la dose pour diminuer les éventuels effets secondaires.

 

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« HELP ! I need somebody… »

Cependant, avoir un espace pour penser ce qui arrive à votre relation, grâce à un ou à une thérapeute de couple ou sexologue, pourrait être précieux. Si aucune solution satisfaisante pour vous deux ne peut être trouvée sexuellement, en Suisse romande, l’association Corps Solidaires propose de l’assistanat sexuel aux personnes en situation de « handicap » (à noter que les conséquences des maladies ou de la vieillesse peuvent aussi être comprises sous ce terme), pour autant que la demande émane (aussi) du bénéficiaire. Pour qu’il ait lieu, les conditions liées à sa charte (compatibilité approximative des âges, de l’orientation sexuelle, tarif, attentes et désirs clairement discutés…) doivent être réunies. L’assistanat — qui n’est pas exercé dans un but lucratif — permet un accompagnement de qualité, où la situation est approchée dans son ensemble et où la confidentialité est garantie. Cela mérite, bien entendu, réflexion, mais reste une solution pour que chacun se sente au mieux.

Pour aller plus loin
•  Corps Solidaires : assistanat sexuel pour personnes en situation de handicap.
•  Les consultations de proches aidants : soutien psychologique offert aux personnes concernées existe dans différentes structures (notamment au CHUV de Lausanne).

 

Romy Siegrist
Psychologue FSP, sexologue

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