Prothèse du genou: pourquoi attendre ?

Prothèse sur mesure grâce à la 3D ©DR

On l’entend souvent : la pose d’une prothèse totale du genou doit être pratiquée le plus tard possible. Pas d’accord, disent deux spécialistes qui jugent cette règle désuète et donnent la priorité à la qualité de vie des patients.

Plus de 17 000 prothèses du genou sont réalisées chaque année en Suisse. D’ici à dix ans, ce nombre devrait doubler en raison du vieillissement de la population et de l’augmentation des cas d’obésité. 

Tenant compte de la durée de vie d’une prothèse, entre quinze et vingt ans, il est généralement conseillé de ne pas procéder à cette intervention avant l’âge de 60 ans. Cette recommandation figure, entre autres, dans les publications de la Ligue suisse contre le rhumatisme. Mais les douleurs liées à l’arthrose et la dégradation du cartilage se manifestent souvent bien plus tôt, handicapant des patients à qui l’on demande d’attendre encore longtemps avant de pouvoir bénéficier d’une prothèse.

Il est vrai que divers traitements médicaux permettent de soulager les patients… mais pour autant qu’il subsiste du cartilage. Car, lorsque le cartilage a complètement fondu, seule l’intervention chirurgicale permet de soulager la douleur et de retrouver une mobilité quasi normale. La technique de l’arthroplastie et le suivi postopératoire ont montré de tels progrès, ces dernières années, que des médecins remettent en question la pratique qui consiste à retarder le plus possible le moment de l’opération.

Ils ne sont encore qu’une minorité. Spécialiste en traumatologie et en chirurgie orthopédique, privat-docent à l’Université de Lausanne, le Dʳ Elyazid Mouhsine estime qu’on n’a plus le droit d’obliger des patients encore jeunes à vivre comme des handicapés :

« Imaginons que j’ai 40 ou 50 ans et que je souffre d’arthrose au genou, explique le Dʳ Mouhsine. Est-ce que je vais renoncer, pendant des années, à toute activité sportive ? Ce n’est pas à 60 ou à 70 ans que j’ai besoin d’une prothèse, c’est maintenant. Ce qui compte, c’est la qualité de vie, ne plus être réveillé la nuit à cause de la douleur, pouvoir renouer avec l’activité physique, retrouver une vie sociale et professionnelle normale. »

Le médecin ajoute que le suivi du patient est particulièrement important après la pose d’une prothèse : « Si, au bout de vingt ans, je constate que la prothèse commence à se desceller et qu’elle risque d’endommager l’os, je lui en pose une nouvelle. Et, comme le stock osseux est préservé, c’est comme si je faisais l’opération pour la première fois. »

 

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Les nouvelles technologies en matière de prothèses du genou

Si la pose d’une deuxième prothèse peut être envisagée, c’est grâce aux progrès techniques. Les matériaux résistent au frottement et durent plus longtemps. Mais l’avancée la plus remarquable est la réalisation, grâce au scanner et à l’imprimante en 3D, d’une réplique en plastique qui reproduit à l’identique l’articulation du genou du patient. Elle sert, ensuite, de modèle pour la fabrication d’une prothèse en acier chirurgical parfaitement adaptée à la morphologie de chaque patient.

« Nous utilisons cette technologie depuis 2018, précise le Dʳ Alexandre Burn, chirurgien à l’Hôpital La Providence à Neuchâtel. Il n’existe donc pas encore d’études permettant de mesurer la satisfaction des patients. Mais mon impression clinique est que les gens récupèrent plus rapidement, avec moins de douleur et une meilleure fonction du genou. » Ce spécialiste a, lui aussi, opéré des patients encore jeunes.

 

« Avant de poser une prothèse, il est raisonnable de gagner le plus de temps possible grâce aux infiltrations et à la physiothérapie. Mais, quand la douleur devient handicapante, c’est la qualité de la vie des patients qui doit primer. »

Alexandre Burn cite le cas de cette dame de 47 ans à qui il demandait de patienter avant de pouvoir bénéficier d’une prothèse et qui lui a répondu : « J’ai un commerce et je suis indépendante. Comme je n’arrive plus à travailler debout toute la journée, je vais être obligée de le vendre. Et vous me dites d’attendre l’âge de la retraite pour ne plus avoir mal, alors que je ne sais même pas si je serai encore en vie à ce moment-là ? » Le médecin a finalement accepté de lui poser une prothèse. « Elle en est satisfaite et a pu garder son commerce. »

 

Les attentes des patients

Malgré l’opération, le genou ne sera plus jamais « comme avant ». Il subsiste chez la personne opérée une certaine gêne, une raideur à laquelle elle doit s’habituer. Parfois, les douleurs mettent du temps à s’atténuer. Lors d’un sondage cité par la Revue médicale suisse, 20 % des patients équipés d’une prothèse du genou se déclaraient déçus, car ils pensaient retrouver une condition physique parfaite. Pour éviter de telles déconvenues, les médecins accordent beaucoup d’importance aux informations claires qu’ils délivrent aux patients avant toute intervention. 

Marlyse Tschui

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