Population vieillissante : les futurs infirmiers s’entraînent avec de faux patients.

 Tout est là pour reproduire une situation réelle, le faux décor et le comédien qui joue parfaitement son rôle.
© Yves Leresche

Afin de mieux cerner les enjeux de santé de la population vieillissante, la Haute Ecole de santé La Source propose des ateliers pratiques. Reportage.

Par rapport à ma situation, ça va plutôt bien. C’est mieux que si c’était pire ! » Voici les propos cocasses de Monsieur Couturier, 80 ans, de son vrai nom Didier Favre. Ce chauffeur de taxi, au civil, est un patient simulé qui se plie à l’exercice pour les besoins de la formation des futurs infirmiers. La scène se déroule dans une partie des anciennes halles du Comptoir Suisse où se trouvent, depuis septembre 2018, les nouveaux locaux de la Haute Ecole de santé La Source. Chambres d’hôpital, appartements factices, laboratoires, pharmacie, entre autres : tout y est pour que les étudiants en soins infirmiers puissent s’exercer dans des situations très réalistes.

Un après-midi de mai, huit jeunes dans la vingtaine, se penchent ainsi sur le cas de Monsieur Couturier lors de deux ateliers distincts. Le premier est conduit par Lina Corona-Lobos, maître d’enseignement. Elle explique la situation à ses élèves de deuxième année bachelor. « Monsieur Couturier a appris hier le décès de sa sœur. Il est désorienté et sa fille le trouve bizarre, elle s’inquiète. L’un d’entre vous va lui rendre visite à domicile, comme le ferait un infirmier d’un Centre médicosocial (CMS) et être confronté à un bénéficiaire qui va présenter un état confusionnel aigu. » Après quelques explications, l’enseignante cherche un volontaire pour se rendre au chevet du patient. Pendant ce temps, Monsieur Couturier est confortablement installé dans un appartement factice, mais très réaliste. Vieux fauteuils, tapis élimés, lit en bois massif, tout y est.

 

Un entraînement indispensable

Sept des huit étudiants vont suivre la scène sur un écran depuis une petite salle. C’est Zoé Kunz, 20 ans, qui s’y colle. Elle n’a que quinze minutes pour juger la situation et procéder à une prise en charge adéquate. Bien que stressée, Zoé Kunz se débrouille bien, elle prend les paramètres vitaux, pose des questions, rassure le vieil homme et finit par appeler le médecin traitant, lorsque Monsieur Couturier commence à ne plus savoir où il est, ni avec qui il se trouve. Un exercice réaliste indispensable. « Travailler avec un patient simulé nous apprend à suivre une systématique, afin de poser les bons gestes et les bonnes questions », explique Zoé Kunz.

Marion Droz Mendelzweig, responsable du Laboratoire d’enseignement et recherche vieillissement et santé de la Haute Ecole de santé La Source: « Le jeu de rôle a un effet performateur. En présence du comédien, les étudiants sont moins à l’aise que dans les exercices réalisés entre eux. Ces appartements simulés sont en cohérence avec la politique vaudoise en faveur du maintien à domicile. Notre canton a la plus grosse proportion de personnes âgées maintenues à domicile. »

Après ce premier exercice, les étudiants sont amenés à se pencher sur une autre situation. Cette fois, Caroline Couturier (interprétée par Fabienne Barras) demande l’aide du CMS, car elle souhaiterait que son père soit placé dans un EMS. La relation père-fille est tendue et un infirmier va devoir jouer le rôle du médiateur. Cette fois, c’est François Gaches, 22 ans, qui se lance à l’eau. Pendant une vingtaine de minutes, le futur infirmier tente de comprendre les besoins, de rassurer, de proposer des solutions et de rétablir un dialogue harmonieux entre le père et la fille. Avant le début de la simulation, l’enseignante Otilia Dinis Froger a insisté sur le rôle du soignant. « Il doit garder une position neutre, essayer de reformuler positivement les demandes des uns et des autres. »

 

Une vision positive

« Le rôle du soignant auprès des personnes âgées peut vraiment faire la différence, précise Otilia Dinis Froger. L’infirmier jouit de beaucoup d’autonomie au sein d’un EMS ou lors de soins à domicile. Il est à la fois le soignant, le médiateur et agit pour le bien-être global de la personne dans le respect de ses valeurs. Il faut avoir une vision positive et ne pas se focaliser uniquement sur la tâche. » Un avis partagé par Mario Droz Mendelzweig : « Certains étudiants ont parfois des préjugés sur les soins à domicile, car ils sont moins technologiques que ceux faits en milieu hospitalier. Pourtant, c’est dans les soins à domicile et dans un EMS que l’autonomie infirmière est la plus évidente. »

 

 


 

Sécurité et santé, tout en restant autonome

Le vieillissement de la population va de pair avec les polypathologies liées au grand âge. Diabète, maladies cardiovasculaires, problèmes de vue et d’ouïe, entre autres. La politique vaudoise est de favoriser le maintien à domicile grâce à des systèmes d’aide, tels que les services des CMS ou l’accompagnement des proches aidants. « L’autonomie des personnes est le maître-mot, c’est à la fois le souhait des personnes âgées et le souci des intervenants de la respecter, explique Marion Droz Mendelzweig. La mise en œuvre de cela est multiforme, car, entre le principe théorique et ses modes d’application, les interprétations sont multiples. »

Pas toujours évident de continuer à vivre chez soi avec des soucis de santé, une mobilité réduite et parfois une médication lourde. Veiller à avoir une alimentation équilibrée, s’hydrater, bouger, mais aussi continuer d’avoir des liens sociaux font partie des piliers indispensables à une bonne qualité de vie. Le grand âge rime souvent avec solitude, conséquence des reconfigurations familiales. Les personnes âgées doivent s’entourer de personnes de confiance et, surtout, ne pas hésiter à demander une aide plus soutenue, afin de vieillir dans les meilleures conditions physiques et psychologiques possibles.


 

Pourquoi s’engager avec les seniors ?

 

«Des patients m’identifient à leur petite-fille»

L’étudiante a déjà fait des stages en réadaptation gériatrique, dans un EMS et dans un centre d’accueil de jour. « Les patients m’apprécient, ils m’identifient souvent à leur petite-fille. Cela facilite le contact. En tant qu’infirmière, je peux leur apporter davantage que des soins et ils aiment partager avec moi. »

 

« Une place très importante »

La jeune femme, originaire d’Afrique, a travaillé comme assistante en soins avant de commencer ses études. « Dans la culture africaine, les personnes âgées ont une place importante, mais il y a une méconnaissance de leurs réels besoins en matière de santé. Lorsque je vais en Côte d’Ivoire, j’essaie de faire évoluer les mentalités. »

 

« La mort est un tabou dans notre société »

Le jeune homme se voit bien travailler plus tard dans un CMS ou dans le domaine des soins palliatifs. La mort ne lui fait pas peur. « La population vieillissante a besoin d’infirmiers dûment formés. Avec les personnes âgées, on peut véritablement créer un lien et proposer un bel accompagnement dans les moments où elles en ont vraiment besoin. La mort est encore un tabou dans notre société et il est indispensable de pouvoir proposer un soutien adéquat aux malades dans ces moments difficiles. »

 

« Tout l’aspect relationnel de mon métier me fascine »

La jeune femme songe à s’orienter vers le métier de sage-femme ou travailler dans un service de chirurgie. Elle est toutefois consciente qu’elle va croiser des personnes âgées, tout au long de son parcours. « Tout l’aspect relationnel de mon métier aux côtés des personnes d’un certain âge me fascine. J’ai toujours eu de très bonnes relations avec mes grands-parents. »

 

Yseult Théraulaz

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