Ne pas négliger une remontée d’acide

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Le risque de souffrir de reflux gastro-œsophagien augmente avec l’âge. Loin d’être anodin, il est non seulement douloureux, mais peut, aussi, causer des lésions importantes. Heureusement, des traitements existent. Explications.

Brûlures au niveau de l’œsophage, reflux désagréables, voire régurgitations, voilà ce que peuvent ressentir les personnes qui souffrent de reflux gastro-œsophagien. Un trouble qui désigne la remontée du liquide acide de l’estomac le long de l’œsophage.

L’obésité, la consommation d’alcool, le tabagisme et la prise régulière de médicaments anti-inflammatoires sont des facteurs de risque. L’hernie hiatale, plus fréquente à partir de 50 ans et particulièrement chez les femmes, est aussi une des causes du reflux gastro-œsophagien. Elle se traduit par le glissement d’une partie de l’estomac vers le thorax, à travers le diaphragme. Mais nul besoin de souffrir d’une telle hernie pour avoir des remontées d’acide. Le relâchement des tissus — qui ne fait qu’empirer l’âge avançant — peut rendre le sphincter œsophagien moins performant. La fermeture de l’estomac ne se faisant plus correctement, les sucs acides parviennent à remonter.

Ressentir ces désagréments après un repas trop riche et trop arrosé n’est pas dramatique. Il ne faut toutefois pas les négliger si les reflux deviennent chroniques. « Un patient qui souffre de plus de deux épisodes de reflux par semaine devrait en parler à son médecin, précise le Dr Ulf Kessler, spécialiste en chirurgie générale et viscérale à la Clinique Cecil à Lausanne. A terme, ces remontées d’acide peuvent avoir des conséquences importantes. » Elles peuvent provoquer des maladies respiratoires (comme de l’asthme), une érosion de l’émail des dents et une mauvaise haleine persistante, entre autres. Bien plus grave encore, le reflux gastro-œsophagien aigu peut entraîner une inflammation chronique de l’œsophage qui peut provoquer la maladie de Barrett. Cette dernière est souvent précancéreuse.

 

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Prudence

Des solutions médicamenteuses existent pour éviter ces remontées acides. La famille des inhibiteurs de la pompe à protons permet de réduire l’acidité de l’estomac et, de ce fait, de limiter les symptômes de reflux. Malheureusement, tous les patients ne répondent pas à ce traitement et la prise prolongée de ces médicaments induit des effets secondaires importants chez 5% d’entre eux : nausées, vomissements, diarrhées, maux de tête. Ces médicaments ne sont pas anodins, explique le Dr Kessler. « À la longue, ils peuvent provoquer des infections digestives et respiratoires. Également des troubles métaboliques qui se traduisent par un déficit en vitamine B12 (indispensable au bon fonctionnement du système nerveux, entre autres) ou encore une mauvaise absorption du calcium, entre autres. » Prudence donc pour les femmes ménopausées et celles ayant un risque d’ostéoporose, car la prise de ces anti-acides peut mettre en péril la solidité de leurs os.D’autres substances existent, comme les médicaments qui agissent sur la consistance des liquides acides présents dans l’estomac. En les épaississant, ils ne parviennent plus à remonter dans l’œsophage.

 

« Je suggère à  mes patients d'adopter une meilleure hygiène de vie »
Dr Ulf Kessler

 

Limiter le café

En cas de reflux sévère, le spécialiste préconise de faire un transit baryté (NDLR, examen radiologique permettant d’étudier la partie haute du tube digestif, dont l’œsophage) ou une gastroscopie pour voir l’état de l’œsophage et identifier un éventuel problème anatomique (hernie ou relâchement du sphincter). « Avant de proposer un traitement médicamenteux, je suggère à mes patients d’adopter une meilleure hygiène de vie, continue le Dr Kessler. Une étude menée en 2020 sur 40 000 femmes a démontré que rien qu’en réduisant la consommation de café, de thé et de sodas, les reflux diminuaient considérablement. »

Si les changements alimentaires ne suffisent pas et que les médicaments ne sont pas tolérés, une chirurgie est alors envisageable. « La chirurgie classique consiste à utiliser une partie de l’estomac pour créer une poche autour de l’œsophage, explique le chirurgien. En faisant cela, on provoque une pression sur ce dernier, ce qui évite les reflux. Ce genre d’opération est relativement longue et on ne la pratique qu’en dernier recours. Aujourd’hui, une autre technique moins invasive montre des résultats prometteurs. C’est une intervention qui dure en général moins d’une demi-heure durant laquelle on place une chaîne de petits aimants autour de la partie basse de l’œsophage. Cette chaîne est mobile et va exercer une pression sur le sphincter, évitant le reflux. »

Le Dr Kessler préconise l’approche chirurgicale principalement pour les femmes avec risque d’ostéoporose, pour celles et ceux qui ressentent beaucoup d’effets secondaires liés aux médicaments et pour toutes les personnes dont les symptômes causés par le reflux gastro-œsophagien ne parviennent pas à être contrôlés d’une autre manière. « Toute chirurgie présente des risques. Il ne faut donc pas prendre cette approche à la légère, mais il n’est pas utile non plus de souffrir pendant des années de ces remontées d’acide parfois très douloureuses. »

 

En quelques chiffres...

10% à 20% de la population adulte du monde occidental souffre de reflux gastro-œsophagien et présente des symptômes pathologiques, voire des complications.

20% à 30% des adultes de plus de 50 ans sont concernés par le reflux gastro-œsophagien.

3% des personnes qui ont entre 50 et 60 ans souffrent d’une hernie hiatale, ce pourcentage monte à 16 chez les personnes de plus de 80 ans. Les femmes sont davantage touchées que les hommes. Et, selon une étude parue en mars dans le journal anglais BJM Open Gastroenterology, 9,9 % des personnes âgées entre 53 et 94 ans souffrent d’une hernie hiatale.

 

Yseult Théraulaz

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