Maladies rénales : « Le corps a un système d’alerte »

©Istock

Pourquoi les maladies rénales augmentent, comment faire pour éviter les complications ? La Pr Corinne Isnard Bagnis répond.

Comment expliquer la progression impressionnante du nombre de greffes et de dialyses dans le monde, sachant qu’elle devrait doubler d’ici à 2030 ?

Le nombre de nouveaux patients greffés et dialysés est lié à l’augmentation des pathologies dites « métaboliques » qui rendent les reins malades (diabète de type 2 et hypertension) et aussi au vieillissement de la population. De plus, les pays émergents, qui sont très exposés à des changements de mode de vie intégrant une alimentation de pays riches (sucres, produits raffinés et plats préparés, etc.) et une sédentarité plus importante, sont très touchés par ces pathologies.

 

Vous dites que, à l’école déjà, il devrait y avoir une meilleure information, en fait une information tout court, sur l’importance des reins et la manière de les préserver ?

Connaître son corps est la première étape pour le respecter et en prendre soin. Les idées reçues et les fausses croyances ne sont jamais une aide. Beaucoup d’adultes, une fois qu’ils sont malades, regrettent de ne pas avoir su avant que, par exemple, ils auraient pu manger moins de sel et avoir moins de conséquences de l’hypertension.

 

Vous plaidez aussi pour des toilettes publiques plus nombreuses et plus propres pour éviter que les gens se retiennent ?

Oui, si le corps a un système d’alerte qui indique qu’il est temps d’aller vider la vessie, ce n’est pas pour rien. De plus, les études montrent que se retenir, et donc se priver du flush de la vessie (la vidange), augmente le risque d’infections urinaires et de calculs rénaux.

 

A lire aussi : Vos reins sont précieux, préservez-les !

 

En parlant de cystite, une néphrologue peut-elle être aussi victime de ce mal ?

Ah, oui, j’en ai eu quelques-unes et je sais combien c’est douloureux, et aussi comment cela arrive toujours dans les circonstances les plus embêtantes (à l’étranger, dans l’avion, en week-end, un jour férié, etc.). Histoires vécues !

 
Vous insistez sur l’importance de l’alimentation, l’effet préventif est-il aussi important que cela ?

Essentiel. Mais, le dire, c’est aller contre le lobby de l’industrie agroalimentaire qui dirige tout sur la planète. Reste que la quantité de sucres intégrés dans les aliments aujourd’hui, à notre insu, est le meilleur garant de nos achats compulsifs, puisque rien n’est plus addictif que le sucre… un yaourt nature non sucré contient souvent plus de sucre que le consommateur peut se l’imaginer.

 

Boire ou ne pas boire ? Bon pour éviter les calculs, pas forcément pour les cystites, on fait quoi alors ?   

Si l’on a une pathologie, par exemple des calculs, je pense avoir indiqué clairement combien il est crucial de boire mieux (plus, de façon répartie sur les 24 heures, en augmentant les apports nocturnes, etc.) et aussi de mieux manger… Si on a des infections urinaires à répétition, il faut s’assurer que l’on boit au minimum à sa soif, mais boire des litres et des litres n’a pas, en soi, une efficacité démontrée pour éviter les récidives. En revanche, (et oui la vie n’est jamais simple), pour une femme qui a une cystite banale, boire beaucoup plus dès le début des symptômes la fait souvent disparaître, car cela permet au corps de se défendre avec ses propres ressources, en augmentant l’effet du flush et de la vidange vésicale.

 

Propos recueillis par Jean-Marc Rapaz

 

Miction impossible, Editions du Rocher

 

 

0 Commentaire

Pour commenter