Le somnifère peut être une drogue dangereuse

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Avaler une pilule pour passer une bonne nuit, rien de plus banal. Mais beaucoup ignorent que la prise régulière de ces médicaments engendre une dépendance néfaste pour la santé. Les explications du Professeur Christophe Büla.

Sept millions de boîtes de somnifères et de tranquillisants sont vendues chaque année dans notre pays. Toutes les tranches d’âge sont concernées par un usage occasionnel ou régulier de ces médicaments, mais les femmes à partir de 55 ans en sont les plus grandes consommatrices. Selon le Monitorage suisse des addictions, elles sont 20 % à recourir plus ou moins régulièrement aux petites pilules miracle, et près de 10 % à en avaler quotidiennement depuis une année ou plus. La plupart des habituées le savent parce qu’elles ont déjà essayé d’arrêter : impossible de s’en passer. Elles sont devenues accros.
En cause, tous les produits à base de benzodiazépines dont l’effet addictif est aussi puissant que celui d’autres drogues, comme l’alcool ou les opiacés. Il se traduit par des problèmes à long terme qui ont mis un certain temps à être reconnus : trous de mémoire, troubles de l’attention, chutes ou état confusionnel. Les défaillances augmentent avec l’âge, au fur et à mesure que l’organisme se fragilise et réagit moins bien à un médicament qui semblait jusque-là bien supporté.

 

Augmentation des risques

« Le risque de chute est plus élevé de 30 % à 40 % chez une personne qui consomme régulièrement des benzodiazépines, car ses réflexes pour éviter de tomber sont ralentis, explique le Professeur Christophe Büla, chef du Service de gériatrie du CHUV, à Lausanne. Et, en cas de chute, le risque de fracture augmente de 20 % à 30 % chez la personne habituée à prendre des pilules pour dormir. De plus, environ 20 % des patients admis à l’hôpital pour une fracture de la hanche ou du col du fémur se trouvent dans un état confusionnel aigu. La consommation chronique de médicaments concourt à provoquer cet état. »
Sur la route, les addicts aux calmants ou aux somnifères représentent un danger, pour eux comme pour les autres. En France, une étude nationale portant sur 70 000 conducteurs a fait le lien entre les accidents de la circulation et la prise de médicaments par les personnes impliquées dans un accident : selon les statistiques publiées en 2017, près d’un tiers des accidentés étaient sous l’effet d’un médicament susceptible de les rendre somnolents ou de diminuer leur temps de réaction.

 

 

Un sevrage contrôlé

« Il y a vingt ou trente ans, remarque Christophe Büla, prescrire un somnifère était un geste anodin chez les médecins, y compris à l’hôpital. Si quelqu’un n’arrivait pas à dormir, on lui donnait un sédatif. Nous sommes devenus beaucoup plus restrictifs. Le passage à l’hôpital peut être une porte d’entrée pour discuter de la dépendance. Nous avons constaté que de nombreux patients étaient mal informés. Ils n’ont pas réussi à se libérer de ces médicaments, parce qu’ils ne savaient pas comment faire. Nous essayons d’inciter les gens à arrêter au bout d’un certain temps. Pour les adultes d’une cinquantaine d’années, mais aussi pour les plus jeunes, le message à faire passer est le suivant : trouble du sommeil ne signifie pas … je dois prendre un somnifère. »
Christophe Büla précise que, pour les personnes qui ont consommé des sédatifs de manière chronique pendant des années et désirent arrêter, il vaut la peine d’en parler avec son médecin et de se faire accompagner. En effet, le sevrage est un processus qui dure plusieurs mois et se pratique en réduisant les doses très progressivement pour éviter les effets secondaires du manque. Peut-on, par la suite, améliorer son sommeil grâce à des produits à base de plantes, comme la fameuse tisane de verveine avant d’aller se coucher ? « C’est bien, les tisanes, remarque le médecin, mais, malheureusement, elles peuvent réveiller les personnes, la nuit, parce qu’elles ont besoin d’uriner. Il y a aussi les extraits de valériane, mais ils n’ont pas d’effets scientifiquement démontrés. Quant à la mélatonine, très en vogue aux Etats-Unis, les effets sont très modestes. Ce sont les conseils d’hygiène du sommeil qui s’avèrent les plus efficaces, y compris pendant la période de sevrage. »

 

Marlyse Tschui

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