Le port du masque protège-t-il vraiment contre le virus ?

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Ce moyen de protection cristallise les questions, mais aussi les inquiétudes, en raison de sa rareté. Des spécialistes nous aident à y voir un peu plus clair.

Le port du masque (recommandé ou obligatoire, selon les secteurs d’activité) devrait jouer un rôle clé dans le processus de déconfinement en trois phases qui vient de débuter. Si ce dernier s’est jusqu’ici fait rare, à cause de la rupture des canaux de distribution chinois, des solutions commencent à se profiler. Mais est-il vraiment nécessaire d’en porter un quand on n’occupe pas une fonction à risque ? Des spécialistes répondent.

Un masque ne protège-t-il pas du coronavirus celui qui le porte, au même titre que les autres mesures préconisées ?

La meilleure protection reste le maintien de la distance sociale de deux mètres et le lavage soigneux des mains, préconise d’une seule voix tous les acteurs du domaine de la santé, suivant ainsi la ligne dictée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Le port du masque, lui, n’est conseillé que dans des situations particulières, comme le rappelle Fabian Vaucher, président de pharmaSuisse : « Il est utile lors de contacts intensifs ou lorsqu’on n’arrive pas à respecter la distance sociale, si toutefois on le porte et on le manipule correctement (lire encadré). » « C’est, par exemple, le cas dans une salle d’attente d’un cabinet médical, précise Grégoire Gogniat, porte-parole de l’OFSP. Mais d’une façon générale, les masques ne protègent pas efficacement les personnes saines et leur port peut induire un faux sentiment de sécurité. » De fait, on ne peut pas se dire que, en mettant un masque, on pourra de nouveau approcher ses petits-enfants.

 Pourquoi sont-ils introuvables dans de nombreuses pharmacies ?

La question irrite les pharmaciens et la colère gronde. « Les masques ont été et sont toujours prioritairement réservés aux professionnels de la santé ainsi qu’aux personnes malades, afin de réduire le risque de transmission d’agents infectieux, note Fabian Vaucher. Dès le début de la crise, les stocks chez nos fournisseurs ont été rapidement épuisés à la suite de la demande extraordinaire enregistrée. Selon les cantons, même les pharmacies, bien qu’également en première ligne, ont rencontré des difficultés pour obtenir du matériel de protection en suffisance pour leur propre personnel.

En l’état, la fourniture de masques est une catastrophe ! Nous sommes actuellement en contacts étroits avec les autorités fédérales et les grossistes, voire aussi certains fabricants suisses, afin de trouver des solutions d’approvisionnement en masques certifiés pour répondre à la demande qui explose avec le déconfinement progressif annoncé par le Conseil fédéral. pharmaSuisse attend des autorités compétentes des actes concrets et des messages clairs pour que la population puisse enfin se procurer des masques. »

 

Il existe des masques plats ou bombés. Tous protègent-ils de la même manière ?

« Les versions bombées filtrent les particules très fines, souligne Christiane Petignat, adjointe au médecin cantonal vaudois. Dans le cadre du coronavirus, ils peuvent être utiles lors de gestes médicaux bien spécifiques, comme l’intubation d’un patient qui en est atteint. Mais, pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ces masques bombés n’ont aucun avantage par rapport à ceux qui sont plats, car le Covid-19 se transmet principalement par gouttelettes. N’oublions toutefois pas que les masques servent essentiellement à protéger les autres quand on est infecté et qu’ils n’ont qu’une portée très limitée pour ceux qui les mettent. »

 Beaucoup de sites internet en proposent. Se valent-ils tous ? Y a-t-il des arnaques quant à leur qualité et comment les démasquer ?

« Il y a beaucoup d’arnaques, assure Christiane Petignat. On trouve, par exemple, des masques bombés qui ne sont souvent pas certifiés et dont la qualité de filtration n’est pas plus élevée qu’un masque plat. Quels que soient les masques, il faut vérifier qu’ils soient certifiés CE. Mais, là encore, cette mention peut être falsifiée. Il y a toutefois moins de risques quand ils sont fabriqués chez nous. Cela dit, même ces masques non certifiés sont toujours mieux que rien si on doit avoir des contacts rapprochés.»

 En fabriquer soi-même, est-ce une bonne idée ?

Face à la pénurie de masques, nombreux sont ceux à les fabriquer eux-mêmes. C’est le cas de Lily Roh. A 68 ans, cette habitante de Saint-Sulpice (VD) en a déjà réalisé une bonne dizaine, qu’elle a offert à des personnes de son entourage qui ont été confrontées à leur pénurie en pharmacie. « Pour moi, leur confection tient plus de l’amusement que d’une forme de réponse à une angoisse personnelle, confie cette grande amatrice de tricot, qui en a même réalisé un avec pour motif la croix suisse. J’ai commencé après avoir vu un reportage sur une chaîne suisse alémanique. » Concrètement, elle emprisonne une double couche de papier toilette dans une triple couche de tissu synthétique. « Après utilisation, soit uniquement quand je vais faire les courses, je le trempe dans l’eau bouillante et le fais sécher », détaille-t-elle.

A une autre échelle, on pourrait aussi citer l’exemple de ce patron genevois d’une boutique de confection de costumes sur mesure, à qui un directeur d’EMS a demandé de produire des masques réutilisables pour son personnel. De fil en aiguille, il a créé l’association à but non lucratif Swiss Mask pour répondre à une demande croissante. A la fin d’avril, elle était sur le point de s’installer dans une salle de gym prêtée par la Ville de Carouge…  

Si Swiss Mask a fait une demande d’homologation, que penser des démarches individuelles et des tutoriels sur internet permettant de réaliser son propre masque ? « On peut dire que c’est un moyen de protection supplémentaire, mais pas primordial, note Christiane Petignat. Une façon de se rassurer. S’agissant des masques réutilisables, il convient de les laver à l’eau chaude à 60 degrés et au savon après chaque utilisation. » L’OFSP, quant à elle, « déconseille ce genre de production, qui ne garantit pas forcément le respect des standards de qualité. Leur port pourrait même se révéler contre-productif, en donnant l’impression à l’utilisateur qu’il est mieux protégé contre la maladie. »

 Si nous avions assez de masques, est-ce que cela pourrait raccourcir la durée de confi-nement des seniors ?

« J’en doute, estime Christiane Petignat. Tout au plus, s’ils sont bien utilisés, peuvent-ils faire office de piqûre de rappel pour les seniors, afin qu’ils n’oublient pas de respecter la distanciation sociale et l’hygiène des mains qui, rappelons-le, priment sur les autres mesures. »

 

  Frédéric Rein

 


 

Conseils d’utilisation

 

- Se laver les mains (à l’eau et au savon ou avec un produit désinfectant) avant de mettre le masque.

- Mettre précautionneusement le masque, de façon à couvrir le nez et la bouche, puis serrer de manière à ce qu’il soit bien ajusté au visage.

- Ne plus toucher le masque après l’avoir mis. Après chaque contact avec un masque d’hygiène usagé, par exemple en l’enlevant, et puis se laver les mains.

- En principe, un masque devrait être porté au maximum durant une période de huit heures et pas plus de deux masques devraient être utilisés pour une période de douze heures.

- Les masques d’hygiène jetables ne doivent pas être réutilisés.

- Une fois utilisé, jeter le masque tout de suite après l’avoir enlevé.

 


 

 

 

 

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