La mammographie de dépistage a réduit la mortalité par cancer du sein

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Le programme de dépistage proposé par plusieurs cantons convoque les femmes, dès 50 ans, à faire cet examen de contrôle tous les deux ans. Un succès. En cas de doute et dans l’intervalle, il ne faut toutefois pas hésiter à consulter. Explications.

Selon la Ligue suisse contre le cancer, chaque année environ 6200 femmes sont touchées par un cancer du sein. C’est d’ailleurs la première cause de décès par cancer chez la femme. Ce mal touche principalement celles de plus de 50 ans. En ce mois d’octobre, dédié à la sensibilisation autour de cette tumeur principalement féminine, il est utile de rappeler que le dépistage systématique proposé par plusieurs cantons a permis, d’une part, de réduire la mortalité liée à ce cancer et, d’autre part, d’éviter des traitements lourds. Dans le cadre de ces programmes cantonaux, les femmes âgées entre 50 et 74 ans reçoivent, tous les deux ans, un courrier envoyé par leur canton les invitant à prendre rendez-vous pour une mammographie. Cette dernière est alors remboursée à 90 %, hors franchise. « Généralement, plus tôt on découvre une éventuelle tumeur, moins lourd sera le traitement et meilleur sera le pronostic », explique la Dre Carine Clément Wiig, spécialiste en gynécologie et obstétrique à la Clinique La Source, à Lausanne. Détecté à un stade précoce, le cancer peut parfois se traiter sans chimiothérapie, en associant une chirurgie conservatrice ou tumorectomie (la tumeur et les tissus qui l’entourent sont enlevés, sans retirer la totalité du sein) et une radiothérapie locale. 

 

Rester vigilante

Si les programmes de dépistage permettent de détecter des tumeurs asymptomatiques, une lésion cancéreuse peut malgré tout se développer entre deux examens. D’où l’importance de rester vigilante. Une boule dans un sein, un écoulement, une rougeur, une asymétrie, un mamelon rétracté sont autant de signaux d’alerte qui doivent pousser une femme à consulter. « Il existe plusieurs sortes de cancer du sein et leur évolution est très variable, poursuit la Dre Clément Wiig. Une boule détectée dans un sein n’est pas forcément une urgence médicale, mais c’est de toute manière une urgence psychologique. »

Et la Dre Simona Artemisia, spécialiste en radiologie à la Clinique La Source d’expliquer : « Par le passé, on préconisait aux femmes de pratiquer la palpation des seins régulièrement pour détecter une éventuelle anomalie. Aujourd’hui, je dis à mes patientes qu’il ne faut pas se mettre à chercher quelque chose, cela devient très anxiogène. Il faut cependant observer sa poitrine et réagir si l’on constate un quelconque changement, surtout ne pas banaliser sous prétexte qu’on a fait la mammographie de contrôle, il n’y a pas longtemps. Bien connaître son anatomie et se faire confiance permettent de réagir à temps. »

 

 

Les hommes aussi

Le cancer du sein touche davantage les femmes ménopausées. Peu importe la taille de la poitrine, les lésions s’attaquent à la glande mammaire. Bien que cela soit plus rare, les hommes peuvent aussi en développer un et il est souvent plus agressif chez eux. « Le risque standard de développer, un jour, un cancer du sein au long de sa vie est de 15 %, précise Carine Clément Wiig. Ce pourcentage peut augmenter en présence de certains facteurs de risque, lorsqu’il dépasse 20 %, on parle de risque élevé et les contrôles doivent être renforcés. » Les facteurs qui influencent ce chiffre sont principalement l’histoire familiale et les antécédents de la patiente. « Si une mère, une sœur ou une fille a eu une telle tumeur ou un cancer des ovaires et des trompes, il faut être vigilante. Tout comme si la patiente a déjà eu un de ces trois cancers », poursuit la spécialiste. 

 

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Sein dense ou pas

Un sein est principalement composé d’une glande mammaire et de graisse. On parle de sein « dense » lorsqu’il y a peu de graisse et que la glande occupe la majorité de la poitrine. Cela peut être le cas pour de grosses comme de petites poitrines. Plus la glande est importante (en d’autres termes, plus le sein est dense), plus le risque de développer un cancer est élevé. Pourquoi ? Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que les lésions se développent uniquement dans les cellules de la glande et non pas dans la graisse. La deuxième, c’est que les mammographies des seins denses sont plus difficiles à lire si bien que des tumeurs peuvent plus facilement passer inaperçues. « C’est comme chercher des étoiles dans un ciel plein de nuages », explique Carine Clément Wiig. Simona Artemisia précise : « Pour les femmes aux seins denses, il est souvent préconisé de faire une échographie mammaire en plus de la mammographie. Cela permet de mieux voir la glande et les éventuelles lésions. »

 

Le Cancer en Suisse en chiffres*

• Huit femmes sur dix atteintes d’un cancer du sein ont plus de 50 ans. Et 47 % ont entre 50 et 69 ans, 33 % ont plus de 70 ans.

• Sur 1000 femmes qui se soumettent, dès 50 ans, à une mammographie de dépistage tous les deux ans, 16 décéderont des suites de leur cancer du sein dans les vingt ans qui suivent. Sans dépistage, 20 femmes seraient mortes de leur tumeur au cours de la même période.

• Plus de 1400 décès par cancer du sein sont déplorés en Suisse, chaque année.

• 50 hommes sont touchés, chaque année en Suisse, par un cancer du sein. Certains médicaments, comme ceux prescrits pour la prostate ou pour le cœur, ont comme effet secondaire de développer la glande mammaire et augmenter ainsi le risque de développer un cancer du sein.

 

*Sources : Ligue suisse contre le cancer, Institut national d’épidémiologie du cancer et d’enregistrement.
 

 

Yseult Théraulaz

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