La médecine génétique au service de l’oncologie

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Que ce soit pour prévenir l’apparition d’un cancer au sein des membres d’une même famille ou pour développer une thérapie ciblée personnalisée, les analyses génétiques sont un outil en plein développement. Explications.

La médecine génétique s’intéresse aux gènes des patients, et son champ d’application est vaste. En oncologie, elle est utilisée, d’une part, pour découvrir d’éventuelles anomalies génétiques susceptibles d’augmenter le risque de développer certains cancers et de se transmettre entre les membres d’une même famille de génération en génération. Et, d’autre part, pour mieux cerner des altérations génétiques spécifiques à la tumeur d’un patient permettant de proposer une thérapie plus ciblée, et donc potentiellement plus efficace.

10 % des cancers sont héréditaires

Lorsque plusieurs personnes d’une même famille développent un cancer, il est possible que cela soit dû à une mutation dans une cellule germinale. Cette anomalie a ainsi 50 % de chance de se transmettre à la génération suivante. « Lorsqu’on identifie une mutation héréditaire chez des membres d’une même famille qui ne sont pas malades, il est important de proposer un suivi médical préventif rapproché, explique la Pre Sabina Gallati, codirectrice du Service de médecine génomique de Hirslanden Precise à Zollikon. 

A titre d’exemple, si nous trouvons une mutation sur les gènes BRCA1 et BRCA2 — deux gènes impliqués dans le développement de cancer du sein et des ovaires —, nous allons proposer aux patients de faire des mammographies et des échographies des ovaires plus tôt et de manière plus rapprochées que chez des personnes qui ne portent pas cette mutation. » 

 

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Environ 10 % des cancers sont héréditaires, et donc liés à des altérations génétiques dans les cellules germinales. Cela concerne principalement les tumeurs des seins, des ovaires, de la prostate, du côlon, mais également des poumons (bien que la grande majorité des cancers des poumons soient dus au tabagisme). « La médecine génétique est utile pour découvrir les prédispositions des membres d’une même famille à développer un cancer, explique le Dr Albéric Bressoud, oncologue à Hirslanden Clinique Bois-Cerf, à Lausanne. Une fois que l’on sait que le patient est atteint de la mutation, on peut lui proposer une prise en charge préventive qui peut aller de simples contrôles répétés à une chirurgie préventive — lorsque c’est possible. » 

 

« Identifier la présence d'une mutation génétique...permet de réduire la mortalité» Dr Albéric Bressoud
 

 

L’histoire familiale

En 2013, la double mastectomie préventive d’Angelina Jolie avait fait la une des journaux. L’actrice, porteuse de la mutation sur le gène BRCA1, avait alors décidé de se faire retirer les deux seins afin d’éviter de développer le cancer qui avait été fatal à sa mère. Dans le cas du cancer du côlon, une colectomie (ablation du côlon) est également possible à titre préventif. « Identifier la présence d’une mutation génétique qui augmente le risque de développer un cancer permet de réduire la mortalité, précise le Dr Bressoud. Il est cependant évident que l’on ne peut pas rechercher d’éventuelles mutations germinales chez tout le monde. C’est l’histoire familiale et la présence de certains types de cancers chez les membres d’une même famille qui va nous pousser à faire des analyses génétiques. » Et la Pre Sabina Gallati de préciser : « Nous commençons toujours par analyser le sang des personnes malades afin de trouver le gène altéré, puis nous pouvons le chercher chez les membres sains de la famille. A l’heure actuelle, nous avons identifié une centaine de mutations génétiques responsables de cancers. Dans le futur, nous allons certainement en trouver bien d’autres. »

 

La médecine génétique n’est toutefois pas uniquement utile pour la recherche de cancers héréditaires. Elle peut aussi permettre de développer une thérapie ciblée et personnalisée. « Certaines tumeurs avancées ne répondent pas aux traitements conventionnels, tels que la chimiothérapie ou l’hormonothérapie, explique le Dr Bressoud. Dans ces cas-là, nous pouvons prélever des cellules cancéreuses et procéder à un séquençage de certains de ces gènes. Une cellule cancéreuse présente souvent des anomalies sur des gènes cruciaux : comme ceux responsables de la croissance cellulaire, ceux qui freinent cette croissance ou encore ceux qui réparent l’ADN. En identifiant certaines mutations, nous pouvons proposer une thérapie ciblée à base de médicaments qui vont bloquer des voies de signalisation nécessaires à la prolifération tumorale. » Le spécialiste précise que cette approche n’est pas miraculeuse. « Cela fait moins de cinq ans que nous travaillons dans le cadre d’un tumor board moléculaire (lire encadré) avec nos collègues universitaires. C’est un domaine prometteur qui permet d’administrer la meilleure molécule à disposition pour lutter contre la tumeur d’un patient. » Tout comme la chimiothérapie, les médicaments utilisés pour les thérapies ciblées peuvent toutefois présenter des effets secondaires importants.

 

En oncologie, la médecine génétique est porteuse d’espoir, mais ce n’est pas là son unique application. Les analyses génétiques sont également utilisées pour mieux cerner certaines maladies du système cardiovasculaire, entre autres. Actuellement basée en Suisse allemande, l’équipe de la Pre Gallati pourrait prochainement proposer des consultations génétiques en Suisse romande.

 

Yseult Théraulaz

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