L’hypnose s’invite à l’hôpital

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Que ce soit pour calmer l’anxiété d’un examen médical, pour apaiser les douleurs d’un changement de pansement ou pour réduire les quantités de sédatifs, cette pratique est désormais de plus en plus appréciée par les patients et les soignants. Explications.

Disons-le d’emblée : non, sous hypnose personne n’ira cambrioler une banque ou manger des vers de terre contre son gré. Heureusement, l’époque où cette pratique était perçue comme une façon de manipuler autrui est révolue. En revanche, l’hypnose est devenue un outil supplémentaire au service des soignants et de leurs patients. 

La transe hypnotique, du nom de l’état de conscience modifié dans lequel se trouve la personne hypnotisée, permet de surmonter des situations jugées délicates en état de conscience habituel. « Nous constatons clairement une évolution de la demande pour de l’hypnose, de la part de nos patients, explique Stéphanie Deroo, infirmière clinicienne à la Clinique La Source de Lausanne. Ils sont de plus en plus intéressés par cette pratique, car ils savent qu’elle apporte de nombreux bénéfices. Nous l’utilisons en complémentarité des soins plus traditionnels. » 

Depuis 2018, la clinique lausannoise propose l’hypnose dans les unités de soins pour réduire l’anxiété des patients hospitalisés ou pour limiter les désagréments de certains actes médicaux douloureux (changements de pansements, pose d’une intraveineuse, entre autres). En radiologie, cette pratique est proposée lors de scanner ou d’IRM, car elle permet aux personnes claustrophobes ou angoissées de surmonter leurs peurs. Mais l’hypnose s’invite également au bloc opératoire : « Nous pouvons l’utiliser pour diminuer fortement les quantités de médicaments anesthésiques administrés lors des différentes chirurgies dites de surface : pose d’un pacemaker, excision d’un lipome, opération d’une hernie. Elle est aussi utile lors d’endoscopie ou de la mise en place d’une péridurale, explique Manuela Kohler, médecin anesthésiste à la Clinique La Source.

Grâce à cette technique, les quantités de médicaments sont fortement revus à la baisse. Cela permet une récupération beaucoup plus rapide et évite également aux patients de subir les effets secondaires liés aux produits utilisés pour les narcoses. » Marinette Kohli en a fait l’agréable expérience, en 2019, lors d’une opération pour une hernie ombilicale : « J’avais fait quelques séances d’hypnose, il y a plus de cinq ans, pour atteindre certains objectifs sportifs. J’étais donc sensible à cette pratique et j’ai demandé au chirurgien si c’était possible d’y avoir recours pour éviter l’anesthésie générale et ses conséquences.

 

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Je pensais qu’il fallait une longue préparation, mais pas du tout. Le jour de l’intervention, l’hypnothérapeute m’a suggéré de faire un voyage intérieur (lire encadré) pour s’assurer que j’entrais facilement en état de conscience modifiée, ce qui a été le cas. » C’est ainsi que la quinquagénaire a pu se faire opérer, tout en restant éveillée. Plutôt que l’habituelle anesthésie générale prévue pour ce genre d’intervention, la patiente a bénéficié d’une anesthésie locale et d’une séance d’hypnose tout au long de l’opération. « Je me souviens d’avoir vu le chirurgien, les soignants, mais je n’ai ressenti aucune douleur. A un moment donné, j’ai perdu le fil et je suis sortie de mon état hypnotique. J’ai un peu paniqué, mais l’hypnothérapeute m’a rassurée, elle m’a suggéré de reprendre là où j’en étais et tout s’est super bien passé. » Marinette Kohli est alors sortie de la salle d’opération sans passer par la salle de réveil. « J’avais déjà été opérée pour une hernie, deux ans auparavant, sous narcose totale et j’ai mis un long moment à me réveiller et plusieurs jours à récupérer. Cette fois-ci, je n’ai ressenti aucune fatigue postopératoire. »

 

Le groupe hypnose de la Clinique La Source est composé, aujourd’hui, en plus de Mesdames Deroo et Kohler, d’une infirmière en anesthésie, d’une technicienne en radiologie et d’un autre médecin anesthésiste. « L’hypnose est un soin complémentaire aux traitements dispensés à la clinique, explique Stéphanie Deroo. Les chirurgiens, mais aussi les collègues des étages ou des soins intensifs font appel à notre groupe lorsqu’ils jugent que cette pratique peut être utile à leurs patients. Ainsi, nous utilisons l’hypnose également en cas de douleurs chroniques, pour un accompagnement en fin de vie, lors de troubles du sommeil, d’angoisses ou d’une volonté d’arrêt de tabac. Nous essayons de répondre aux objectifs des patients et n’hésitons pas à proposer d’autres soins, lorsque l’hypnose ne suffit pas. »  

 

Yseult Théraulaz

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