Hémorroïdes, quand consulter ?

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Elles sont indispensables au bon fonctionnement de la zone anale. C’est quand elles se mettent à présenter des complications qu’il faut faire attention. Explications et conseils du spécialiste.

Quand un patient vient le voir en lui annonçant qu’il a des hémorroïdes, le Prof. Dieter Hahnloser lui répond : « C’est très bien. J’en ai, moi aussi ! » La confusion est fréquente, relève le médecin, qui précise : « Les hémorroïdes sont des coussins artérioveineux importants pour la continence des gaz et des selles. Tout le monde en a. En revanche, tout le monde ne souffre pas d’une maladie des hémorroïdes. » Médecin-chef du Service de chirurgie viscérale au CHUV, Dieter Hahnloser passe en revue les troubles hémorroïdaires et les moyens d’en venir à bout. « Le symptôme le plus fréquent et indolore, c’est un saignement. Après avoir été à selle, on trouve un peu de sang sur la cuvette des W.-C. ou sur le papier avec lequel on s’est essuyé.

Un autre symptôme est le prolapsus. La personne sent qu’il y a comme une petite boule qui sort de l’anus. Parfois, cette boule rentre d’elle-même et, parfois, il faut la faire rentrer en s’essuyant. Le prolapsus peut provoquer une gêne ainsi qu’une légère incontinence de type souillure et des démangeaisons. Le dernier stade, très douloureux, nécessite une intervention chirurgicale : c’est quand l’hémorroïde est si gonflée qu’elle reste à l’extérieur et qu’on ne peut plus la faire rentrer.

Lors d’une crise hémorroïdaire, le premier réflexe est souvent de se rendre à la pharmacie pour acheter une pommade ou un suppositoire. Ces pommades soulagent quand on se trouve dans une phase aiguë. Mais il est déconseillé de les appliquer pendant plus de trois ou quatre jours, car elles contiennent souvent des corticoïdes qui risquent de fragiliser la muqueuse de l’anus et, à la longue, aggraver le problème. 

Au bout de deux semaines, si la situation ne s’améliore pas, il est préférable de consulter son médecin généraliste. Malheureusement, il arrive que certains médecins ne pratiquent pas le toucher rectal. Or, si quelqu’un a un problème à l’anus, il est indispensable de l’examiner. C’est le seul moyen de savoir s’il s’agit d’un saignement hémorroïdaire ou d’une autre pathologie. Cet examen devrait être fait dès la première consultation. 

 

Quels traitements ?

En premier lieu, on recommande au patient d’adopter une alimentation plus équilibrée et riche en fibres pour avoir des selles molles. D’éviter de passer beaucoup de temps en position assise sur les toilettes. Mais il existe aussi un médicament comme le Daflon, efficace lorsqu’il n’y a pas de prolapsus : il augmente le tonus des veines, ce qui rétrécit les hémorroïdes et arrête les saignements. 

En cas de prolapsus important ou de saignement hémorroïdaire persistant, une visite chez le spécialiste s’impose. Celui-ci dispose de diverses techniques, comme celle qui consiste à poser un élastique pour étrangler une partie de l’hémorroïde. Faute d’être irriguée, celle-ci finira par tomber. L’objectif est d’essayer d’éviter d’enlever l’hémorroïde, tout en réduisant ou en éliminant le prolapsus.

Il est également possible de pratiquer des sutures sous ultrasons ou au moyen du laser, mais les études réalisées, ces dernières années, ont montré que les méthodes simples étaient aussi efficaces, et moins chères, que les plus sophistiquées. La chirurgie n’est pratiquée qu’en dernier recours.

L'étape chirurgie

En tant que chirurgiens, nous voyons surtout des patients à un stade avancé de la maladie. Il est rare que l’urgence soit telle que nous soyons obligés d’opérer immédiatement. La pratique peut surprendre, mais il nous arrive de mettre du sucre sur l’hémorroïde, ce qui la fait désenfler et enlève l’œdème, de manière à pouvoir procéder, trois ou quatre jours plus tard, à une intervention chirurgicale. L’opération consiste à enlever les hémorroïdes qui sont atteintes de prolapsus. Les plaies guérissent bien et mettent quelques semaines à cicatriser. C’est douloureux au début, raison pour laquelle le patient est placé sous antalgie. Il se voit aussi prescrire un médicament pour ramollir les selles, mais il peut manger et boire normalement. 

Et la prévention ?
La première recommandation importante à faire aux patients, c’est : "Passez le moins de temps possible sur les toilettes, n’en profitez pas pour lire ou pour consulter vos mails sur votre téléphone ! " La cause la plus fréquente des problèmes d’hémorroïdes est que les gens s’attardent au petit coin. Quand on passe beaucoup de temps dans cette position, une pression s’exerce sur la zone anale, qui n’est pas soutenue, et les hémorroïdes se mettent à gonfler. Une autre cause de problème est la constipation, qui oblige à pousser pour déféquer. Elle peut être due à une alimentation trop pauvre en fibres. Dans ce cas, il est important d’augmenter la consommation de fibres. Enfin, la pratique d’une activité physique est fortement recommandée.

 

Message aux seniors

S’il est vrai que les troubles hémorroïdaires touchent davantage les personnes entre 45 et 60 ans, il ne faut pas négliger les risques si l’on constate des saignements au-delà de cet âge. Le diagnostic le plus fréquent, ce sont les hémorroïdes. Mais, si le saignement persiste, il faut absolument se faire examiner par un spécialiste, parce que les polypes et le cancer se manifestent aussi par des saignements. Dans ce cas, la coloscopie est indispensable. Elle est d’ailleurs recommandée dès l’âge de 50 ans et l’examen est offert gratuitement dans plusieurs cantons. Certaines personnes s’abstiennent ou retardent le moment de subir cet examen. C’est regrettable, car le fait d’enlever les polypes évite la survenue d’un cancer du colon. »

 

Propos recueillis par Marlyse Tschui

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