Covid-19: le vaccin en onze questions

@DR - Prix Nobel de chimie en 2017, Jacques Dubochet a été parmi les premiers Vaudois à se faire vacciner  à Morges, le 11 janvier.

Stop aux rumeurs et aux angoisses diverses ! Anne-Claire Siegrist, directrice du Centre vaccinologie HUG, et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) démêlent le vrai du faux sur les vaccins et leur administration.

A-t-on le choix du vaccin proposé ? Et d’ailleurs, en existe-t-il un meilleur que l’autre ?

« Nous avons la chance, en Suisse, que les vaccins présélectionnés au printemps et à l’été 2020 soient les plus efficaces, affirme Anne-Claire Siegrist. Les vaccins de Pfizer et de Moderna sont si semblables que recevoir l’un ou l’autre n’a aucune importance : ils ont la même efficacité et induisent le même type d’effets secondaires : inflammation pendant un à deux jours, réactions allergiques chez une personne sur cent mille. »

 

Combien de temps serons-nous immunisés ?

Pour Anne-Claire Siegrist, c’est impossible de le prédire, puisque la vaccination est récente. « Avec une efficacité à trois mois de 95 %, on peut cependant espérer une protection prolongée. Et, dans le pire des cas, il faudrait un rappel régulier pour les personnes à risques, comme pour la grippe. »

 

En quoi la vie avec un vaccin sera-t-elle différente d’aujourdhui ?

« Lorsque je serai vaccinée, je continuerai à respecter les recommandations (masque, mains, mètres) tant que l’on ne sait pas si on peut tout de même rester contagieux pour les autres, indique Anne-Claire Siegrist. Mais je n’aurai plus peur de tomber malade et de risquer des semaines ou des mois de problèmes. »

 

Le vaccin est-il assimilable une thérapie génique, comme certaines voix le disent jusque dans les médias?

Cette idée, toute faite, court aussi vite que la pandémie. « Bien sûr que non, sinon j’aurais vraiment la trouille ! », lance Anne-Claire Siegrist. En résumé, la vaccination telle que nous la connaissions jusqu’à maintenant consistait à injecter dans l’organisme des virus inactivés ou des protéines. Alors qu’un vaccin dit à ARN est un simple code génétique qui demande aux cellules de fabriquer une protéine, Spike, pour faire croire au système immunitaire qu’il est infecté par le virus et qu’il fabrique des anticorps pour s’en protéger. Rien à voir donc avec une quelconque thérapie génique. « Désolée pour celles et ceux qui espéraient voir repousser leur cheveux, combler leurs rides ou fondre leurs kilos en trop! Cela n’arrive ni après l’infection ni après la vaccination. » 

 

Le vaccin sera-t-il à reconduire chaque année, selon le modèle de celui proposé contre la grippe ?

Anne-Claire Siegrist : « Dans le pire des cas. Mais il est aussi possible que la protection dure plus longtemps. A voir donc. »

 

N’est-ce pas suspect qu’il ait été fabriqué si vite ?

A ce propos, Anne-Claire Siegrist se montre surprise : « Suspect de quoi ? C’est juste la preuve que lorsqu’on veut, on peut : la technologie était connue depuis vingt ans, mais n’avait été utilisée qu’à petite échelle, faute de ressources. Il a suffi que les gouvernements investissent des milliards pour que tout le monde s’y mette et nous permette enfin d’imaginer sortir du tunnel de cette pandémie. A ce jour (7 janvier), 15 millions de personnes sont rapportées comme ayant déjà été vaccinées dans le monde, dont au moins 8 millions avec les vaccins de Pfizer/Moderna. Cela commence à faire une bonne base... et promet le développement de nouveaux vaccins grâce à cette technologie simple, efficace et dont la sécurité se confirme de jour en jour. »

 

Devra-t-on garder le masque, même vacciné ?

La parole est à l’OFSP, par le biais de son porte-parole Grégoire Gogniat : « Pour l’instant oui. A l’heure actuelle, même si la vaccination protège de la maladie, on ne sait pas encore avec certitude si elle empêche aussi la transmission du virus. En attendant, les règles d’hygiène et de distance continueront donc à nous accompagner. Seul, le temps permettra de déterminer l’efficacité des différents vaccins et la durée de leur protection. »

 

Le vaccin n’est pas obligatoire. Verra-t-on toutefois des obstacles se dresser devant les personnes non vaccinées : interdiction d’activités, restriction de voyages, limitation d’accès à des soins hospitaliers, par exemple ? Dès lors, comment prouver qu’on a été vacciné. Avec un passeport Covid-19 ?

Sur ce point, l’OFSP demeure prudent : « Nous ne pouvons pas exclure que certains pays exigeront une vaccination contre le Covid-19 pour une entrée dans leur territoire, comme c’est déjà le cas pour certaines maladies, reconnaît Grégoire Gogniat. Les vaccinations, comme toute prestation médicale, doivent être documentées par le médecin. Toute personne vaccinée reçoit un certificat de vaccination signé par son médecin, qui mentionne notamment l’identité de la personne vaccinée et le vaccin administré. Cela concerne aussi le vaccin contre le Covid-19. A noter que la Confédération ne tient pas de registre de vaccination. »

 

Le vaccin contre Covid-19 est-il efficace contre la « variante » anglaise, plus contaminatrice?

« Oui, affirme Anne-Claire Siegrist. Les données dont nous disposons ce jour montrent que les anticorps induits par le vaccin de Pfizer (aucune raison de penser que cela ne soit pas le cas pour celui de Moderna) neutralisent la souche anglaise. En plus des anticorps, on peut compter sur toute l’immunité cellulaire qui se fiche pas mal de mutations ponctuelles, même nombreuses. Donc pas d’inquiétude actuellement, même si on ne peut exclure que les vaccins Covid futurs auront peut-être des codes d’ARN messager un peu différents pour rester le mieux adaptés possible aux souches qui circulent. »

 

Quel horizon raisonnable pour une vaccination de la majorité de la population suisse ?

L’objectif du Conseil fédéral est d’avoir vacciné d’ici à cet été toutes les personnes qui le souhaitent, affirme l’OFSP. Grégoire Gogniat : « Il n’est pas possible de savoir, aujourd’hui, combien de personnes se feront vacciner. Ce qui est clair, c’est que plus il y a de gens vaccinés, moins les conséquences, à tous les niveaux de l’épidémie, se feront sentir dans la société. »

Le vaccin sera-t-il payant à l’avenir ?

Non. Foi d’OFSP, pour la population, la vaccination sera entièrement prise en charge. 

 

Infoline nationale sur la vaccination COVID-19 (tous les jours de 6 à 23 heures) : +41 58 377 88 92

 

 

Propos recueillis par Nicolas Verdan

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Trouver un vaccin contre l’actuel virus est peut-être utile, mais en chercher les causes me paraît essentiel et surtout plus efficace, mais plus compliqué à résoudre puisqu'il semble que cela soit dû à la chute de la biodiversité. La prédiction des scientifiques est que d’autres épidémies, pire que le covid-19, suivront tous les 15-20 ans, puisque nous sommes passés d'une épidémie par siècle à six de 1918 à nos jours!