Compléments alimentaires: utiles ou superflus ?

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A l’approche de l’hiver, la tentation est grande de se ruer sur les suppléments vitaminés. Mais en avons-nous vraiment besoin? 

Pour mesurer le succès des compléments alimentaires, il suffit de voir le nombre de rayons qui leur sont consacrés dans les pharmacies et les supermarchés. Aussi faciles d’accès que les bonbons ou le chocolat, ils s’en distinguent par une promesse commune : celle d’améliorer la santé des consommateurs. Quelle est la part du vrai et du faux derrière ce packaging séduisant orné de fruits, de légumes et de plantes à profusion?  

 

Le naturel 

« Les études scientifiques n’ont jamais pu apporter la preuve de l’efficacité des compléments chez des personnes en bonne santé », remarque Esther Guex, diététicienne clinicienne au CHUV. « Une alimentation équilibrée et diversifiée contribue à fournir à l’organisme les vitamines, minéraux et éléments dont il a besoin. Les compléments n’ont pas exactement les mêmes propriétés que les nutriments apportés par les aliments. Les vitamines et les minéraux contenus dans l’alimentation sont accompagnés de substances nutritives secondaires qu’on ne retrouve pas dans les comprimés. » Esther Guex ajoute que le terme naturel pour les compléments n’est pas clair : « Parler de complément naturel ou de vitamine naturelle ne veut rien dire. Si vous buvez un jus d’orange ou mangez des légumes, c’est sûr, les vitamines sont naturelles. Mais quand elles proviennent d’un complément, il faut rester vigilant : celles fabriquées en laboratoire ont de fortes chances d’être de synthèse, surtout si elles sont à bas prix. » 

 

Les risques

Il ne faudrait pas avaler de compléments alimentaires sans demander conseil à son médecin ou au pharmacien. Et encore moins les commander sur Internet, où les compositions des produits sont parfois opaques et peuvent êtres toxiques. La diététicienne met en garde aussi contre les excès et les interactions médicamenteuses. « Par exemple, la vitamine C est éliminée par l’organisme dans les urines lorsqu’elle est consommée en excès. Mais l’abus de certains compléments peut conduire à des problèmes rénaux ou hépatiques très sévères. D’autre part, surtout chez les personnes âgées, il existe un risque réel d’interaction avec des médicaments. » Chez les seniors, un bilan sanguin permet d’évaluer les besoins réels en compléments alimentaires et d’éviter des erreurs. 

 

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L’immunité

Désireuses de booster leurs défenses en hiver, des personnes prennent des compléments spécifiques comme l’échinacée ou la composition or-argent-cuivre. Utile ? « Là encore, il n’existe aucune preuve scientifique. Gardons à l’esprit que toutes les vitamines et les minéraux que l’on trouve dans la nourriture ne sont pas altérés. En consommant suffisamment de fruits et de légumes de saison, leurs vitamines et minéraux sont mieux assimilés par l’organisme que ceux des compléments. » 

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié, en 2020, une mise en garde contre certaines substances censées renforcer les défenses immunitaires, comme « l’échinacée, qui perturberait les défenses immunitaires naturelles ».

 

Les régimes

C’est seulement en cas de carences avérées que les suppléments se révèlent utiles. La question se pose lors d’un changement du mode alimentaire. « La personne qui adopte un régime végétalien, explique Esther Guex, risque de manquer de certains minéraux, mais aussi de micronutriments comme des acides gras essentiels. Le médecin pourra lui conseiller de prendre une supplémentation en vitamine B12, en fer et même en acide gras oméga 3. » En cas de régime sans gluten qui ne comporte pas les céréales telles que blé, seigle, orge et avoine, il importe de consommer d’autres céréales sans gluten comme le riz et le millet ainsi que des légumineuses pour retrouver les vitamines du groupe B.

 

L’âge

Avec le temps, la vitamine D est moins bien métabolisée par l’organisme malgré une exposition régulière au soleil. Nombreuses sont les femmes à qui le médecin recommande une supplémentation en vitamine D après la ménopause, pour éviter les risques de fracture et d’ostéoporose. Elles doivent cependant faire attention à ne pas s’auto-complémenter si elles prennent déjà un supplément de calcium. En effet, celui-ci est très souvent associé à la vitamine D. En prendre davantage pourrait provoquer des problèmes rénaux ou hépatiques. A noter également que la vitamine B9 (acide folique) ainsi que la vitamine B12 jouent un rôle de prévention dans le déclin cognitif. 

« C’est pourquoi, conclut Esther Guex, il est important d’informer son médecin s’il y a un changement alimentaire, une exclusion de certains aliments ou une perte de poids. En cas d’alimentation déséquilibrée, il conseillera de réinstaurer des bases alimentaires saines et, si nécessaire, pourra déceler une carence et y remédier sans danger. »

 

Marlyse Tschui

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