Cancer du sein : la reconstruction mammaire aide à se sentir mieux

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En ce mois de sensibilisation au cancer du sein, il est important que les femmes touchées par ce mal sachent qu’il existe différentes techniques innovantes pour retrouver une poitrine aussi harmonieuse que possible. Explications.

Le cancer du sein met à mal la santé de la patiente, mais aussi son image corporelle, sa féminité. Heureusement, de nouvelles techniques de reconstruction mammaire permettent aux femmes frappées par ce genre de maladie de retrouver une poitrine comparable à celle d’avant l’intervention d’ablation de la tumeur (tumorectomie) ou du sein tout entier (mastectomie). Mais la reconstruction reste un choix, certaines patientes ne souhaitent pas y avoir recours et préfèrent vivre avec une prothèse externe qui vient simplement combler le vide laissé dans le soutien-gorge.

 

Celles qui demandent une reconstruction ont à disposition différentes techniques leur permettant de retrouver une certaine poitrine. « Lorsqu’on parle de reconstruction, les chirurgiens plasticiens sont confrontés à des cas de figure très différents, explique Dr Jean-François Emeri, spécialiste en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique à la Clinique Cecil de Lausanne. Nous devons parfois reconstruire totalement un sein après une mastectomie, ce qui implique non seulement de redonner du volume, mais aussi de fabriquer un mamelon et de tatouer une aréole, car tout a été enlevé lors de la chirurgie. En cas de tumorectomie, le vide peut être comblé en utilisant les tissus adjacents. »

 

Gain de temps opératoire

Qui dit mastectomie dit souvent pose d’une prothèse en silicone, semblable à celles utilisées en chirurgie esthétique pour des augmentations mammaires. « Il est important que les patientes soient informées avant une mastectomie que la reconstruction peut débuter en même temps que la chirurgie d’ablation du sein, précise Dr. Jean-François Emeri. Nous pouvons poser une prothèse gonflable, appelée « expanseur », directement après l’ablation. Cela permet de gagner un temps opératoire. Par la suite, nous allons progressivement gonfler cet expanseur, en le remplissant de sérum physiologique, afin que la peau se distende, petit à petit. Au bout de quatre à six mois, on peut l’enlever et placer une prothèse souple en silicone. En agissant ainsi, la femme évite de passer par le stade plat qui peut être très difficile à vivre. »

Si les prothèses sont une option offrant de bons résultats finaux, elles sont rarement proposées aux femmes qui ont dû faire de la radiothérapie, comme c’est très souvent le cas après une tumorectomie. « La peau irradiée est très difficile à opérer, car elle est mal vascularisée, elle cicatrise difficilement, explique la Dre Samia Guerid, spécialiste en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique à Lausanne. Il est souvent difficile de mettre des prothèses dans un tel cas. Nous privilégions alors la reconstruction autologue utilisant des lambeaux de tissus prélevés ailleurs sur le corps de la patiente. Ces techniques ont pris de l’essor, ces dernières années, et permettent d’obtenir de très bons résultats. » 

 

 

Par exemple, le muscle grand dorsal (muscle qui s’insère sous l’omoplate et descend latéralement jusqu’à la taille) est déplacé avec de la peau sur l’avant et est modelé de telle sorte à ce qu’un sein de substitution soit formé. D’autres muscles et tissus peuvent être utilisés, comme le lambeau de DIEP (à partir de la peau et de la graisse abdominale) qui est alors transféré par voie microchirurgicale. Grand avantage : aucun corps étranger n’est utilisé. Il y a toutefois des inconvénients : « Pour utiliser des lambeaux, nous sommes obligés de faire des dégâts ailleurs, précise le Dr Emeri. Déplacer un grand dorsal ou un grand droit (NDLR, l’un des muscles abdominaux) n’est parfois pas sans conséquences, et cela implique de faire des cicatrices là où le tissu a été prélevé. Pour ma part, je n’utilise ces techniques que lorsqu’il n’y a pas de solution simple avec implants. »

 

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Agent de réparation

Une fois le galbe du sein retrouvé, les chirurgiens plasticiens doivent souvent faire des retouches. La liposculpture est une technique qui donne des résultats impressionnants, tant esthétiquement que d’un point de vue thérapeutique. « Nous prélevons des cellules graisseuses sur certaines zones du corps de la patiente, comme le ventre, les cuisses, les flancs et nous les injectons dans le sein pour redonner du volume, combler un trou, mais également décoller une cicatrice, explique Dr Samia Guerid. La graisse a des vertus anti-inflammatoires avérées.

 

 

C’est un important agent de réparation. » Malheureusement, cette technique n’est pas accessible aux femmes très minces, faute de cellules graisseuses à prélever. Sans oublier que, pour avoir recours à la liposculpture, il faut s’armer de patience. Dernière étape pour retrouver un corps plus harmonieux : la symétrisation des seins. Que l’un d’eux ait été totalement enlevé ou juste abîmé par les traitements et la tumorectomie, l’autre a forcément un aspect, une tenue et un galbe différents du sein opéré. « Quasi 90 % des femmes souhaitent que l’on fasse la symétrisation, afin que les deux seins soient le plus semblables possibles, explique Dr. Jean-François Emeri. Il y a toutefois certaines patientes qui ne veulent absolument pas que l’on touche au sein sain, afin de le garder intact, sans cicatrice et sans un éventuel trouble de la sensibilité qui peut survenir après la pose d’une prothèse, par exemple. »

Liposculpture, prothèse, lifting sont des outils à disposition des chirugiens pour une telle symétrisation. Qu’elle commence directement au moment de la mas-tectomie ou une fois les différents traitement terminés, la reconstruction mammaire nécessite souvent plusieurs interventions et prend du temps. « Malgré une reconstruction, les patientes sont obligées de faire le deuil de leur sein, explique Dr Samia Guerid. Mais avec des seins reconstruits, les femmes vivent généralement plus facilement après le cancer. »

 

Yseult Théraulaz

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