Cancer du foie : améliorer le dépistage pour sauver des vies

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Deuxième cause de mortalité par cancer, la maladie est souvent diagnostiquée à un stade si avancé que la guérison n’est plus possible. Interview du médecin-chef du Service d’hépatologie à l’Inselspital de Berne, le Pr Jean-François Dufour.

Vous avez fait de la prévention du cancer du foie votre combat. Comment améliorer la détection des patients vulnérables ?

Lors des check-up effectués par les médecins généralistes. C’est à eux qu’il revient de pratiquer des tests sanguins pour déceler éventuellement un problème lié au foie, comme on le fait systématiquement pour le diabète ou le cholestérol. Je suis toujours étonné quand je vois des patients hospitalisés chez lesquels on découvre fortuitement un cancer du foie à un stade déjà avancé. Un de nos derniers cas est celui d’un homme qui avait perdu connaissance sur un quai de gare. En faisant des tests pour cette syncope, un cancer du foie a été découvert par hasard.

 

Donc en tant que patient, on a peut-être un foie malade sans le savoir…

Oui, car le foie malade n’est pas douloureux et permet de garder une bonne qualité de vie, même en présence d’une cirrhose. C’est sur le terrain de la cirrhose que se développe un cancer du foie. Au médecin, le test sanguin indique la présence d’un problème. Reste à en déterminer la cause, ce qui nécessite des investigations spécifiques. Or, souvent le patient n’est pas investigué plus avant et reçoit le conseil de boire moins d’alcool.

 

Ce n’est pas surprenant, puisque l’alcool est l’une des principales causes de la cirrhose.

C’est un facteur de risque parmi d’autres, et il faut bien comprendre qu’une exposition régulière à l’alcool n’est pas synonyme d’alcoolisme. La quantité d’alcool toxique pour le foie varie d’un individu à l’autre et n’est pas forcément importante. Certaines personnes peuvent boire beaucoup sans abîmer leur foie et d’autres, qui boivent peu, endommager leur foie. La cirrhose peut aussi avoir une cause virale, comme l’hépatite B ou C, ou d’autres maladies hépatiques comme le diabète, et surtout la NASH, « la maladie du foie gras ».

 

En Suisse, environ 1000 nouveaux cas de cancer du foie sont déclarés chaque année. Ce chiffre serait moins élevé si les patients à risque étaient suivis de près ?

C’est la réalité, et c’est dommage, car l’histoire de beaucoup de patients aurait été changée si certains tests avaient été faits antérieurement. Des gens meurent alors qu’on aurait pu l’éviter. Le pronostic du cancer dépend entièrement du stade auquel il est diagnostiqué. Les recommandations sont claires : tout patient souffrant d’une cirrhose doit être placé sous surveillance et bénéficier d’un ultrason tous les six mois. Si, lors d’un de ces examens, on découvre une tumeur, celle-ci mesurera environ un centimètre, et il sera possible de guérir la personne. Un diagnostic précoce est une bonne indication pour une résection ou une transplantation. Mais sans surveillance, la tumeur progresse silencieusement et, lorsqu’elle atteint une taille de plusieurs centimètres, on ne peut plus lui offrir de traitement curatif. Nous disposons, depuis peu, de plusieurs médicaments qui permettent de prolonger la survie de ces patients. 

 

C’est la raison pour laquelle la fondation contre le cancer du foie que vous avez créée soutient activement la recherche de nouveaux médicaments ?

Oui, il s’agit d’un domaine de recherche très actif. Ce qui est en train de changer, depuis l’année dernière, c’est la percée de l’immuno-oncologie, ces médicaments qui activent le système immunitaire contre le cancer. Jusqu’ici, on pouvait empêcher une tumeur de grandir. Alors que, aujourd’hui, chez les patients qui répondent à ces nouveaux traitements, on voit littéralement la tumeur disparaître.

 

Vous venez de lancer une deuxième fondation, la Swiss NASH Foundation dont l’objectif est de combattre la progression inquiétante de la NASH, qu’on appelle aussi la « maladie du foie gras »*

Il y a vingt ans, je ne voyais pas autant de patients souffrant de la NASH. Leur nombre a doublé en moins de trente ans. On estime que 25 % de la population a un foie gras. En soi, ce n’est pas grave, c’est entièrement réversible. Le problème, c’est qu’une minorité de personnes, environ 1 % de la population, développe une inflammation qui provoque la déposition de tissus cicatriciels dans le foie et augmente le risque d’évoluer en cancer. Or, pour l’instant, il n’existe aucun médicament reconnu. Il faut absolument mettre au point des médicaments efficaces. La fondation a pour objectif de diffuser l’information, d’encourager la recherche ainsi que la collaboration entre les partenaires.

 

La NASH est la deuxième cause de cirrhose aux Etats-Unis…

Parmi les autres pays les plus touchés, il y a aussi ceux d’Amérique du Sud et du Proche-Orient. Les cas d’obésité et de diabète sont très nombreux. Ils sont liés au mode de vie, à l’alimentation et au manque d’exercice physique. On trouve des cas de NASH chez des adultes jeunes, ceux qui ne pratiquent pas de sport, passent beaucoup de temps devant leurs écrans et souffrent d’obésité. Sinon, cela touche surtout des adultes plus âgés en surpoids, qui sont moins mobiles et souffrent parfois de diabète.

 

Comment éviter de développer une NASH ?

Demander aux gens de changer leurs habitudes alimentaires n’est pas très efficace. La relation à l’alimentation est très émotionnelle et la plupart n’y parviennent pas. En revanche, leur demander de bouger, ça leur donne du pep et ils se sentent mieux. Ce que je recommande à mes patients, c’est d’avoir un chien. Ils sont alors obligés de se promener deux fois par jour avec leur compagnon à quatre pattes. C’est magnifique pour la NASH !

 

Propos recueillis par Marlyse Tschui


*NASH: issu de l’anglais «nonalcoholic steatohepatitis», en français «stéatohépatite non alcoolique»

• Fondation suisse contre le cancer du foie: https://cancer-du-foie.ch

• Swiss NASH Foundation: https://swissnashfoundation.org

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