Cancer de la prostate : qui surveiller et qui traiter ?

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En Suisse, 6100 nouveaux cas de cancer de la prostate sont diagnostiqués chaque année. Bien que très répandue, cette forme de la maladie n’est toutefois que rarement agressive. Une opération n’est ainsi pas toujours nécessaire. Explications.

Le cancer de la prostate (appelé « carcinome de la prostate ») touche principalement les hommes de plus de 65 ans, mais parfois il s’attaque aux plus jeunes. « La prostate grossit naturellement avec l’âge », explique Yannick Cerantola, urologue à la Clinique de La Source. Des patients peuvent ainsi avoir de la difficulté à uriner sans pour autant être atteints d’un cancer. Le cancer de la prostate localisé n’entraînant que rarement des symptômes, il est donc très difficile de faire de la prévention en se basant sur d’éventuels signes cliniques.

L’hérédité, en revanche, joue un rôle important sur le risque de développer un cancer. Un homme, dont un ou plusieurs membres de sa famille proche ont été diagnostiqués d’un carcinome de la prostate, aura de deux à onze fois plus de risques de développer un tel cancer à son tour. Parmi les autres facteurs de risques, il y a encore l’âge et l’appartenance à une ethnie africaine.


 

Dépistage de masse ?

Comme ce cancer est discret, ne faudrait-il pas faire un dépistage de masse dès 65 ans ? Non, répondent de concert Christian Gygi, Florian Meid et Yannick Cerantola, tous les trois médecins urologues à la Clinique de La Source. « Le cancer de la prostate est le plus fréquent de l’homme et est de surcroît responsable de 14 % des décès par cancer chez l’homme, souligne Florian Meid. La maladie se développe lentement. Il est donc préférable de dépister principalement les personnes intéressées ou présentant un facteur de risque élevé de développer une maladie agressive. »
En cas de suspicion après un toucher rectal ou après discussion avec le patient, le médecin traitant peut proposer un dosage du PSA, une molécule sécrétée par la prostate et présente dans le sang. Si les valeurs sont élevées, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) est alors proposée. Elle met en évidence d’éventuelles lésions cancéreuses. Elle permet alors au médecin de décider si une biopsie est indiquée. Et c’est là toute la difficulté du diagnostic. Non seulement, certaines IRM peuvent être trompeuses, mais aussi des valeurs élevées de PSA peuvent indiquer une prostatite qui n’a rien d’un cancer. Par ailleurs, une fois la biopsie effectuée et le cancer détecté, traiter n’est pas forcément la meilleure solution. Attendre peut s’avérer plus sage. « Entre le diagnostic et les problèmes de santé imputables à la maladie, il peut s’écouler entre cinq à dix ans, explique Christian Gygi. Nous avons donc une fenêtre d’opportunité assez large pour traiter le patient. Selon le type de cancer, nous proposons au patient une surveillance active. » En d’autres termes, aucune intervention chirurgicale ni séances d’irradiation ne sont envisagées. Le patient doit, en revanche, se soumettre à une série d’examens deux fois par année, ce qui peut engendrer un stress supplémentaire chez lui.

 

Risques et bénéfices

Lorsque le carcinome de la prostate est diagnostiqué et qu’il convient d’intervenir, les traitements les plus pratiqués en Suisse sont l’ablation par chirurgie et l’irradiation. Dans le premier cas, la prostate est enlevée. Lors de cette opération, en fonction de l’agressivité de la tumeur et de son étendue, le médecin n’a d’autre choix que de sectionner un ou les deux nerfs érecteurs. Cela engendre donc des problèmes d’érection. Ces derniers touchent un nombre variable d’hommes et à des degrés divers, selon les capacités érectiles du patient avant l’opération. Pour rappel, 20 % des hommes sont impuissants à partir de 40 ans. Toutefois, une sexualité satisfaisante peut être récupérée chez certains patients douze à vingt-quatre mois après l’intervention, à l’aide de médicaments ou d’injections. Les orgasmes sont souvent perçus comme décevants, car aucune éjaculation ne se produit.
Autre effet secondaire important à la suite de la chirurgie : l’incontinence urinaire. Celle-ci est fréquente. Elle peut avoir un impact négatif sur la vie sociale du patient. Des séances de physiothérapie permettent d’améliorer la situation dans la grande majorité des cas, seulement 10% des hommes présentent des fuites un an après la chirurgie. Depuis 2012, les urologues de la Clinique de La Source utilisent le robot Da Vinci® pour l’ablation des cancers de la prostate. Grâce à cette technologie et à l’expérience acquise, les effets indésirables ont pu être diminués sans compromettre le taux de guérison du cancer.

 

Au cas par cas

Autre traitement: la radiothérapie. Bien que le taux de succès du traitement soit équivalent à la chirurgie, le profil des effets secondaires est différent. Juste après les rayons, la fatigue, un besoin d’uriner irrépressible et des troubles du transit intestinal peuvent se manifester. Ces troubles disparaissent généralement après quelques mois. La dysfonction érectile et d’autres effets secondaires peuvent apparaître bien des années plus tard. Une manipulation hormonale est souvent associée à la radiothérapie. Les conséquences de ce traitement sur la santé sont nombreuses : obésité, ostéoporose, insuffisance cardiaque, entre autres.
Ce tableau contrasté montre tout l’intérêt d’une surveillance active des cancers à un stade précoce et des tumeurs peu agressives. Une discussion à propos des risques et des bénéfices de chaque traitement doit être proposée au patient. Il faut garder à l’esprit que, au stade métastatique, la mortalité du carcinome de la prostate à cinq ans est de 75 %.

 

Yseult Théraulaz


Cancer de la prostate : une conférence pour nos lecteurs

Le 31 octobre 2019, à 17 h 30, à la Clinique de La Source, Lausanne

Pour faire le point sur le cancer de la prostate — dépistage, traitements, indications et suites de traitements — le magazine générations et la Clinique de La Source vous invitent à une conférence à l’issue de laquelle des spécialistes pourront répondre à vos questions.

Au programme : conférence des Dr Yannick Cerantola, Christian Gygi et Florian Meid, spécialistes en urologie et urologie opératoire.

LIEU: Clinique de La Source – Lausanne
HORAIRE17 h 30 – 19 h (accueil à 17 h 15 – apéritif 19 h)
INSCRIPTIONSjusqu’au 22 octobre , écrire à ibosson@generations-plus.ch/ 021 321 14 29, générations rue des Fontenailles 16, 1007 Lausanne

 

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