Alzheimer: un nouveau médicament porteur d’espoirs

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Débarrasser le cerveau des plaques amyloïdes accumulées à cause de cette terrible maladie, c’est la promesse faite par l’aducanumab, un anticorps mis sur le marché américain en juin dernier. Une avancée scientifique d’envergure. Explications.

Peut-on éviter aux personnes à risque de développer la maladie d’Alzheimer ? A l’heure actuelle, non. Des médicaments permettent toutefois de limiter les symptômes et de ralentir la progression de la maladie. La recherche a toutefois fait un bon de géant récemment grâce, notamment, à l’autorisation sous condition de la mise sur le marché américain de l’Aduhelm. Pour l’heure, seuls les Etats-Unis autorisent ce produit et sous condition que d’autres études à venir confirment son efficacité. Une autorisation a toutefois été déposée en Suisse auprès de Swissmedic.

Un médicament à base d’aducanumab, un anticorps monoclonal humain  (NDLR, les anticorps sont des protéines de défense fabriquées par le système immunitaire. Dans le cas des monoclonaux, ils ont été élaborés en laboratoire pour traiter des maladies spécifiques.) Ce traitement, mis au point par la firme pharmaceutique Biogen, pourrait en effet changer la vie de millions de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer. « Ce médicament arrive après plus de vingt ans de recherche, explique le Prof. Giovanni Frisoni, responsable du Centre de la mémoire des HUG. Les anticorps monoclonaux sont déjà utilisés pour traiter d’autres maladies. Dans le cas de celle d’Alzheimer, c’est la première fois qu’une substance permet de modifier la trajectoire de la maladie de manière sensible et mesurable. » 

L’aducanumab réduit en effet les plaques amyloïdes, ces amas de protéines qui s’accumulent dans le cerveau des personnes atteintes d’alzheimer. « On voit clairement la diminution des plaques sur les IRM des personnes à qui l’on a administré de l’aducanumab. En revanche, les améliorations cognitives de ces patients sont moins flagrantes », explique le Dr Oscar Daher, membre de la Commission scientifique et du comité d’Alzheimer Vaud. En d’autres termes, les personnes qui ont déjà des symptômes avancés, tels que perte de mémoire, troubles de l’humeur, confusion, délire, ne vont pas retrouver leur état d’avant la maladie grâce à cette nouvelle thérapie. « Le médicament de Biogen s’adresse aux patients qui sont à un stade précoce de la maladie, poursuit le Dr Daher. Dans leur cas, l’aducanumab pourrait permettre de ralentir la survenue des symptômes et d’améliorer leur qualité de vie pendant de nombreuses années.»

 

 

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De sacrées questions

Lorsque le diagnostic d’alzheimer tombe, la maladie est en réalité présente depuis bien longtemps. Ce mal sournois peut mettre plus de vingt ans avant que les premiers symptômes n’apparaissent et transforment un être cher en quelqu’un de méconnaissable qui finit par perdre son autonomie, ses capacités cognitives et sa qualité de vie… Le Prof. Jean-François Démonet, directeur du Centre Leenaards de la mémoire du CHUV reste prudent : « Ce nouveau médicament s’attaque à la racine du mal plutôt qu’aux symptômes. C’est donc une étape scientifique essentielle, et cette découverte va certainement stimuler d’autres recherches. Il faut cependant avoir à l’esprit que les dépôts de protéines amyloïdes dont le cerveau ne parvient plus à se débarrasser témoignent d’un processus pathologique qui a déjà eu lieu. En d’autres termes, ces plaques sont une sorte de cicatrice. Grâce à l’aducanumab, elles s’en vont, mais encore faut-il démontrer que cela représente un intérêt pour le bien-être des patients.

Le traitement de Biogen est extrêmement cher, il est estimé à 56 000 francs par année. Est-ce vraiment utile de dépenser autant pour des résultats qui sont, pour l’heure, peu concluants d’un point de vue cognitif ? » Le Prof. Frisoni est plus enthousiaste : « Jusqu’à présent, les études menées avec l’Aduhelm concernent des personnes qui ont déjà des troubles de la mémoire avérés. Il faudrait étudier les effets d’un tel traitement sur celles qui sont asymptomatiques et voir s’il parvient à leur éviter le développement des symptômes. » Le professeur fait une analogie avec les accidents vasculaires cérébraux (AVC) : « En traitant les personnes qui font de l’hypertension, on parvient à éviter une grande partie des AVC. Il ne faut pas attendre qu’ils se produisent pour agir. » Pour le spécialiste, le salut passe par un dépistage précoce des personnes à risque. Celles qui ont de l’amyloïde dans le cerveau, mais aussi celles qui souffrent d’hypercholestérolémie, de problèmes cardiovasculaires, de diabète ou encore d’hypertension.

 

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Dépistage simplifié 

Un avis partagé par le Dr Daher : « Des tests sanguins sont en cours d’élaboration et devraient permettre de faire un dépistage simple chez le généraliste. On pourrait les proposer aux personnes de plus de 50 ans qui présentent des facteurs de risque et agir ainsi en amont. » A l’heure actuelle, le diagnostic se fait en plusieurs étapes et passe par des examens coûteux et invasifs (IRM, scintigraphie, ponction lombaire) qu’on ne peut pas proposer au plus grand nombre. Les futures prises de sang, qui mesurent la concentration de protéines Tau, permettraient de faire un premier tri et d’écarter celles et ceux qui ne sont pas concernés par la maladie. 

Reste que l’administration d’aducanumab n’est pas sans conséquences. « Environ 40 % des patients sous Aduhelm ont des effets secondaires, poursuit le Prof. Démonet. Dans la plupart des cas, ils sont bénins : maux de tête, vertiges, entre autres. Mais cette molécule peut aussi créer des saignements dans le cerveau plus ou moins graves. » Ce risque d’œdème cérébral implique une surveillance rigoureuse des patients par IRM après chaque injection mensuelle. Et il faut parfois interrompre le traitement, le temps que l’œdème se résorbe. 

 

La recherche avance 

Aujourd’hui, lorsqu’un patient a un diagnostic d’alzheimer, il bénéficie d’un accompagnement global. « On lui propose de prendre des médicaments qui stimulent certains neurotransmetteurs, ce qui permet de booster les connexions entre les neurones et ainsi limiter les troubles cognitifs », explique Oscar Daher. L’activité physique, l’entraînement cognitif et une bonne hygiène de vie sont aussi des outils à mettre en place, le plus tôt possible pour améliorer la qualité de vie des malades. Parfois, des antidépresseurs sont nécessaires pour réguler l’humeur. 

Biogen pourrait bientôt avoir de la concurrence, car d’autres entreprises pharmaceutiques devraient demander prochainement une autorisation pour des anticorps monoclonaux. Et cette voie thérapeutique n’est pas la seule. « Nous sommes sur le point de commencer un nouvel essai avec un médicament contre le diabète qui s’attaque à un autre mécanisme de la maladie d’Alzheimer dans les cellules. Une des difficultés des traitements de type anticorps monoclonal, comme l’Aduhelm, est qu’ils ne peuvent pas pénétrer à l’intérieur des neurones affectés par la composante intracellulaire de cette pathologie qui reste très complexe », explique Jean-François Démonet. 

 

 

En conclusion, l’Aduhelm n’est pas la pilule miracle anti-alzheimer, mais elle donne un grand coup d’accélération à la recherche. De quoi redonner espoir à des millions de personnes. 

Yseult Théraulaz

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