Adhésion thérapeutique: des pilules difficiles à avaler

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C’est un fait : 50 % des personnes souffrant de maladies chroniques ne respectent pas leur traitement médical. A Genève, les HUG proposent aux patients des entretiens motivationnels avec un médecin et un pharmacien, afin de les encourager à prendre soin de leur santé.  

Beaucoup de patients ont du mal à se faire à l’idée de devoir prendre un médicament toute leur vie, surtout si leur maladie ne se manifeste par aucun symptôme et nécessite un traitement préventif. Les prescriptions sont encore plus difficiles à suivre quand elles impliquent un changement des habitudes quotidiennes, par exemple en matière d’alimentation, de consommation d’alcool ou d’activité physique. Déstabilisées par trop de contraintes, de nombreuses personnes n’observent ainsi que partiellement, ou plus du tout, les recommandations du médecin. Avec, pour conséquences, tant de complications, d’hospitalisations et de décès prématurés que le problème est pris très au sérieux par l’Organisation mondiale de la santé. 

Directrice de Pharma24, située au cœur des HUG, la professeure Marie-Paule Schneider-Voirol est membre fondatrice de la Société internationale d’adhésion thérapeutique. Elle décrypte trois moments-clés que traverse le patient atteint d’une maladie chronique :
« Le premier moment, c’est l’initiation. Il est difficile de commencer un premier traitement. Parfois, il faut des mois, et même des années, avant qu’une personne puisse réellement démarrer un traitement. Et 15 % à 20 % des patients ont même de la peine à faire le premier pas pour se rendre à la pharmacie avec leur ordonnance. 

Au cours de la deuxième phase, qu’on appelle « l’implémentation », le patient doit apprendre à ritualiser le traitement, en prenant son médicament à la bonne dose, à la bonne fréquence, au bon moment de la journée et dans les bonnes conditions. Cela implique une certaine forme de discipline qui n’est pas forcément simple pour chacun.La troisième étape est la persistance au traitement. Après un certain temps, des patients en ont marre et interrompent le traitement. Le phénomène est sous-estimé. Ainsi, au bout d’une année, sur 100 personnes qui ont commencé à prendre un médicament pour le cholestérol, 40 ont déjà arrêté leur traitement. »

 

Adhésion thérapeutique, des raisons diverses à la résistance

Plusieurs raisons expliquent la résistance de certains patients. Elle peut être liée à la caractéristique d’une pathologie qui ne provoque aucun symptôme : la personne qui ne se sent pas malade ne voit pas pourquoi elle prendrait un médicament. Le problème peut venir du médicament lui-même, parce qu’il a mauvais goût, est difficile à avaler ou a des effets indésirables au quotidien. Marie-Paule Schneider évoque d’autres facteurs, comme le manque de confiance dans le système de santé ou une difficulté de communication avec le médecin. « Les facteurs socio-économiques jouent également un rôle. Le patient est-il soutenu par ses proches ou, au contraire, son entourage cherche-t-il à le dissuader de suivre son traitement ? Enfin, il arrive que des patients dont les franchises sont élevées, renouvellent de façon insuffisante leurs médicaments pour des raisons budgétaires. »

C’est pour mieux comprendre les besoins, les questions et les motivations de chaque patient que se déroulent, aux HUG, des entretiens motivationnels en présence d’un médecin et d’un pharmacien. L’objectif est de comprendre les perspectives du patient, de l’informer et de trouver ensemble la solution qui convient à chacun, parfois en changeant l’horaire de la prise des médicaments ou, même, en modifiant le traitement. 

« Prendre un médicament n’est pas anodin, remarque la spécialiste. Cela nécessite des connaissances et une compréhension qui ne s’acquièrent pas du jour au lendemain. Il est important que le patient puisse s’approprier ces informations avec son ressenti et ses croyances, afin qu’elles fassent sens pour lui et qu’il décide de prendre ses médicaments à long terme. »

 

La peur des statines

La méfiance envers un médicament peut conduire un patient à interrompre son traitement et à mettre sa vie en danger. Dans un article publié par la Revue médicale suisse, la professeure Marie-Paule Schneider-Voirol cite l’exemple d’une femme de 67 ans au risque cardiovasculaire élevé et qui, après avoir vu une émission télévisée sur les statines, a cessé de prendre son médicament par crainte des effets secondaires.

Quelques mois après avoir arrêté son traitement, cette patiente a été hospitalisée pour deux AVC. Les médecins de l’hôpital ont alors insisté pour qu’elle reprenne une statine, de surcroît plus fortement dosée. La patiente a été en proie à des sentiments ambivalents, se culpabilisant à l’idée qu’elle avait peut-être provoqué l’AVC en renonçant à son traitement, mais en même temps, s’interrogeant sur les risques encourus en consommant un médicament encore plus fortement dosé.

De telles situations illustrent l’importance des entretiens proposés au patient par les professionnels de la santé en vue de l’adhésion thérapeutique : c’est après avoir pu poser toutes les questions qui le préoccupent et obtenu des explications claires et détaillées que le patient est en mesure de décider de la suite de son traitement et d’en prendre le contrôle. 

 

 

Une menace pour le système de santé

En Europe, plus de 194 000 décès sont dus chaque année à un dosage incorrect des médicaments ou à d’autres formes de non-adhésion thérapeutique. Ce chiffre est publié dans une étude menée par l’Association européenne des pharmaciens d’officine (PGEU). Selon cette étude, 20 % à 30 % de patients n’observent pas le traitement recommandé pour guérir ou atténuer les symptômes de la maladie et 30 % à 40 % ne suivent pas le traitement destiné à prévenir les problèmes de santé. Pour l’Union européenne, le coût annuel de la non-adhésion thérapeutique est estimé à 1,25 milliard d’euros. 

Au niveau mondial, l’OMS estime que ce problème représente un risque économique majeur pour les systèmes de santé.

 

Marlyse Tschui

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