Louis Bodin douche nos idées reçues sur la météo

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Il fait la pluie et le beau temps sur TF1 : le météorologue français sort un livre dans lequel il décrypte la carte de nos humeurs affectées par le climat. « Oui, nous sommes tous météo sensibles ».

 

Quel temps fait-il, ce matin ? Qu’est-ce qu’ils annoncent pour demain ? Que nous le voulions ou non, nous subissons tous les impacts du climat. « N’oublions pas que nous faisons partie de la nature », nous confie, au téléphone, Louis Bodin, météorologue. Le vent, l’humidité, la chaleur agissent sur notre santé et notre mental. Notre corps réagit à l’exposition à la lumière naturelle, on respire 10 000 à 15 000 litres d’air par jour. Cela a forcément un impact. Eh oui, comme l’indique le titre du livre du célèbre Monsieur Météo de TF1, Nous sommes tous météo sensibles.

Sauf que nous ne réagissons pas tous de manière identique aux aléas climatiques. Chaque individu ressent le monde qui l’entoure, ses paysages avec son vécu, sa physiologie et son affect particuliers. « Il en va de notre météo sensibilité comme de nos attirances amoureuses ! lit-on dans cet excellent ouvrage de vulgarisation. Certains préfèrent les blondes, d’autres les brunes… Ces différences n’empêchent pas que nous tombions tous amoureux ! » Alors quoi, serions-nous tous des « baropathes », toutes nos humeurs sous influence atmosphérique ? « Bien plus que les conditions météorologiques elles-mêmes, c’est leur harmonie ou, au contraire, leur décalage avec les émotions du moment qui provoquent le bonheur ou la contrariété, relate Bodin. J’ai été frappé de voir que, en fonction de nos préoccupations, de nos espoirs ou de nos sentiments, la pluie, le soleil, le vent ou même le froid peuvent, tour à tour, apparaître comme de bonnes nouvelles. »

 

Ces vieilles expressions

Et de décliner quelques-unes de ces bonnes vieilles expressions qui donnent le bulletin de notre mental : « d’humeur printanière », de «caractère orageux », « le moral au beau fixe ». Cela posé, n’allons pas croire que la météo règne en despote sur nos têtes. Comme il le fait tout au long de son livre, Bodin se fonde sur diverses études et autre spécialistes pour tordre le cou à certaines idées reçues. Ainsi, en 2008, une étude néerlandaise relativise l’influence du climat sur notre santé. Si la météo influence considérablement notre comportement et nos humeurs, elle ne les déclenche pas automatiquement. Suivant les individus et leur histoire, leur situation, la perception même du « beau » ou du « mauvais » temps varie du tout au tout : «Pour certains, le soleil brillant un jour de deuil peut apparaître comme un affront ou une injustice. Et puis, il y a nos acquis culturels. Le soleil n’a pas la même symbolique pour un Touareg qui vit au Sahara que pour un Norvégien ou un Irlandais. Si, en Europe, nous croyons que le soleil nous donne des ailes et que la pluie gâte notre moral, c’est parce que nous vivons dans un pays tempéré, où l’eau n’est pas attendue comme un cadeau du ciel ! » S’il est un domaine où la météorologie a une réelle influence, c’est bien celui de nos amours, explique Bodin : « Médecins, sociologues, économistes s’accordent, tous, pour désigner la belle saison comme le moteur de notre désir sexuel. Mais ce n’est pas tout ! Le temps et la saison jouent aussi un rôle sur notre envie de construire un petit nid amoureux, voire de fonder une famille.»

 

Allergies : la météo pas coupable !

Avec son air badin, Bodin n’en demeure pas moins très sérieux dans son propos. Au chapitre des allergies, par exemple, l’ingénieur prévisionniste s’exprime en scientifique : « Non, le climat n’est pas responsable de nos allergies! Les phénomènes météorologiques ne sont pas allergènes en eux-mêmes. Mais il est vrai que certains états du ciel peuvent aggraver l’effet d’éléments bien connus pour provoquer des allergies parfois sévères. C’est le cas des fameux pollens, pourtant si nécessaires à la fécondation des plantes et à la survie des abeilles. » Alors en quoi la météo joue-t-elle un rôle dans ces affections très épisodiques, puisque, après tout, les pollens sont très présents dans l’air huit mois sur douze ? « Simplement parce que, pour provoquer une réaction allergique, les pollens doivent être fortement concentrés dans l’atmosphère, et que cette concentration est le fait d’une météo particulière. De même, c’est aussi à la faveur de certaines conditions climatiques que des pollens étrangers à nos latitudes y apparaissent d’un seul coup-autant de particules microscopiques dont nos organismes n’ont pas l’habitude et contre lesquelles nos défenses immunitaires ne sont pas préparées ! » Parmi les chapitres intéressants, celui consacré aux vents est décoiffant : car, oui, si certains vents tapent sur le ciboulot, d’autres nous requinquent. Rien là, de bien révolutionnaire. Or, grâce aux progrès scientifiques, nous sommes en mesure de comprendre pourquoi des masses d’air peuvent avoir à ce point autant d’effets différents sur nos humeurs. Et, là, il faut chercher du côté de l’électricité dans l’air: suivant la répartition des ions positifs (effets néfastes) ou négatifs (effets bénéfiques) charriés par les vents, notre comportement et notre santé sont affectés. Et, comme rien n’est simple, le vent qui souffle l’été en mer Egée fait un bien fou au moral pour autant que l’air marin ne soit pas surchargé d’humidité. Le mistral, lui aussi, joue des tours : il commence par alléger la canicule et il nettoie le ciel en apportant un « bon soleil » et un « magnifique ciel bleu ». Mais s’il dure, il devient «redoutable ».

 

Sus aux croyances !

Toujours avec l’air de ne pas y toucher, Bodin s’attaque aussi à des croyances bien ancrées : « Non, le temps ne change pas avec les phases de la lune » (sinon pourquoi ne changerait-elle pas les conditions météo partout en même temps ?). Foi d’études médicales australiennes et américaines, « ni l’humidité, ni le vent, ni la direction du vent, ni les précipitations n’auraient un impact sur les douleurs articulaires » (les personnes vivant dans les climats plus chauds ne sont pas exemptes d’arthrose). « C’est plutôt à partir d’avril, au moment où les jours rallongent vraiment et que l’on commence à ressentir les effets du printemps et la joie procurée par l’annonce des beaux jours, que les suicidaires passent à l’acte » (et non en hiver quand le ciel est bas et la lumière faible). Quand on signe, aujourd’hui, un livre sur la météo, pas question d’éluder le changement climatique. L’auteur de Nous sommes tous météo sensibles y est particulièrement attentif, lui qui est aux premières loges pour observer des signaux inquiétants : la multiplicité des phénomènes météo extrêmes, comme en juin 2019, avec ces orages particulièrement violents qui se sont abattus sur la région lyonnaise et la Drôme, avec des trombes de grêle et des vents d’une force digne de celle d’un cyclone. Louis Bodin voit toutefois des raisons d’espérer, en particulier quand on parle de C02: « Une étude scientifique a établi que le climat pouvait être régulé par la plantation de 12 000 milliards d’arbres, puisqu’ils absorberaient les deux tiers des gigatonnes de carbone émises par nos activités. » Planter des forêts ? Il est vrai que, aujourd’hui, elles ont plutôt tendance à disparaître dans certaines régions du monde. Or, comme le dit ce météorologue optimiste : « Nous vivons certes une époque critique, mais, vous le voyez, rien n’est désespéré ! Et chacun peut apprendre à faire le geste qui contribuera à sauver notre climat de tous ces désagréments…»

 

Un météorologue convaincu

Proche de ses lectrices et de ses lecteurs, Louis Bodin apparaît dans son livre comme il est à l’antenne de TF1, excellent communicateur. De nos jours, où chacun peut consulter la météo sur son smartphone, à toute heure du jour ou de la nuit, le rendez-vous météo avant ou après les nouvelles a-t-il encore raison d’être ? « Lorsque cette connectivité avec la météo a commencé à se développer, les météorologues ont eu peur de voir leur métier disparaître. Or, on le constate en tout cas à TF1, la météo reste un rendez-vous privilégié auquel on assiste en famille, dans une relation de confiance avec la présentatrice ou le présentateur. » Louis Bodin, et son livre en témoigne, privilégie cette approche pédagogique de son métier : « J’ai en tête le fait que les gens nous écoutent pour savoir ce qu’on a à leur dire sur la météo. Il s’agit de la raconter et de bien l’expliquer également. »

 

                 

Nicolas Verdan

 


Un petit quiz météo

A la fin de son ouvrage, ce passionné de météorologie propose un test «pour mesurer notre degré de sensibilité à la météo qui nous entoure ». Loin de viser une quelconque objectivité, ce quiz permet d’estimer sa dépendance au temps qu’il fait ou qu’il fera. Les questions sont d’un registre très variable. Du genre: «Sortez-vous même lorsque la température est négative ? » ou «Faites-vous moins d’activité dès qu’il pleut ? » Mais encore: «Etes-vous timide ? » «Etes-vous contemplatif ? » Y répondre, entre autres, c’est savoir si vous êtes une vraie station météo à vous tout seul ou si vous êtes imperméable aux aléas climatiques.

 

Nous sommes tous météo sensiblesComment la météo influence notre vie, Louis Bodin, Editions Albin Michel

 

 

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