La neuralthérapie fait son grand retour

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Dès le début de l’année 2012, cinq médecines complémentaires sont à nouveau remboursées. Parmi elles, une mystérieuse discipline enfin dévoilée dans un ouvrage en français. 

La neuralthérapie se sert d’un anesthésique local dérivé de la cocaïne (la procaïne) pour traiter des maladies aiguës ou chroniques. Ce produit, administré sous forme d’injections, se caractérise par une durée d’action très courte: 20 minutes environ. Comment se fait-il dès lors qu’il soit capable de faire disparaître pour toujours des états pathologiques?

Pour éclaircir ce mystère, le Dr Alain Pellet publie un ouvrage, au terme d’une carrière qui l’a mené de la chirurgie aux médecines douces, en passant par de périlleuses missions humanitaires. Premier chirurgien urologue établi en Valais, il est l’un des rares médecins romands à pratiquer la neuralthérapie, et pour cause: la formation complémentaire officielle proposée par la Société des médecins suisses en thérapie neurale selon Huneke est donnée dans la langue de Goethe.

Débusquer les champs perturbateurs

D’origine essentiellement germanique, la neuralthérapie est née dans le sillage de deux chirurgiens allemands, les frères Huneke. Ils sont parmi les premiers à mettre en évidence les vertus curatives de la procaïne, en traitant les migraines de leur sœur. Mais leur grande découverte a lieu quinze ans plus tard, en 1940, lorsque l’injection destinée à calmer l’épaule enflammée d’une patiente n’a d’autre effet que de réactiver une cicatrice indolore située sur la jambe. Ferdinand Huneke injecte alors la procaïne dans la cicatrice et constate que la douleur à l’épaule disparaît instantanément. Il en conclut que les maladies trouvent parfois leur origine dans un foyer muet, nommé «champ perturbateur».

Pour débusquer ce foyer, qui réside souvent dans une dent ou une ancienne lésion, le neuralthérapeute reconstitue l’histoire médicale du malade, traque les cicatrices, demande des radiographies dentaires panoramiques et, plus spectaculaire, pratique des «injections tests». C’est par ce moyen que le Dr Pellet a guéri une skieuse de l’équipe suisse victime d’une inflammation du périoste touchant les deux tibias. «J’ai commencé par des infiltrations de procaïne dans les jambes, qui ont entraîné un mal de gorge. Constatant que cette patiente avait été opérée des amygdales, j’ai instillé le produit sur les cicatrices laissées par l’opération. Une semaine plus tard, elle reprenait la compétition.»

Des guérisons surprenantes

Aux côtés de cette neuralthérapie à distance qui demande à être validée par des études statistiques, existe une neuralthérapie «segmentaire», reconnue par la neurolologie académique, qui agit localement. De simples injections intradermiques à la surface de la peau près du site douloureux ou dans la zone nerveuse correspondante suffisent parfois à résoudre le problème. Mais le neuralthérapeute pratique aussi des injections plus délicates, notamment dans un nerf ou un ganglion nerveux, gestes risqués réservés aux médecins FMH expérimentés. Exemple: l’instillation de procaïne dans le ganglion stellaire (à la base du cou) a permis de guérir des patients dont la pulpe des doigts était nécrosée (maladie de Raynaud).

L’ouvrage du Dr Pellet fourmille de cas analogues: des patients atteints de Sudeck et autres affections inflammatoires, migraine, mycose, cystite et prostatite, angine, vertiges, eczéma, etc. Tous soulagés ou guéris après des années de souffrance... Pour ce médecin atypique, nul doute, la neuralthérapie, ça marche! Reste à savoir comment. L’auteur avance plusieurs pistes, étayées scientifiquement, qui convergent vers ce postulat: «La neuralthérapie est une médecine de régulation qui relance le processus d’autoguérison par le biais du système neurovégétatif.»         

Anne Zirilli

 

Qu’est-ce que la neuralthérapie?, par le Dr Alain Pellet, chirurgien-urologue et neuralthérapeute FMH, membre fondateur de la Société des médecins suisses en thérapie neurale selon Huneke (SANTH-SMSTN)

Pour trouver un neuralthérapeute compétent:
www.santh.ch (dans toute la Suisse), www.therapie-neurale.net (en Suisse romande).

 

A la page jusqu’en 2017

La neuralthérapie est remboursée provisoirement jusqu’à fin 2017– et au-delà si elle réussit à démontrer scientifiquement son efficacité – à condition d’être dispensée par un médecin qui a suivi la formation complémentaire officielle. Il en est de même de l’homéopathie, la médecine traditionnelle chinoise, la phytothérapie et la médecine anthroposophique.

 

La rhumatologie classique préfère la mésothérapie

La neuralthérapie n’étant pas encore bien validée par des études cliniques effectuées selon les standards internationaux, le Dr Daniel Uebelhart, directeur médical et médecin-chef du service de réadaptation de l’appareil locomoteur de la Clinique Valmont à Glion (VD), n’inclut pas pour l’instant cette approche dans sa palette de techniques anti-douleur et anti-inflammatoires.

En revanche, il recourt occasionnellement à la mésothérapie. Cette technique née en 1952, en France, fait appel à des injections intradermiques de médicaments, dont la procaïne et ses dérivés. Une séance de mésothérapie implique plusieurs micro-injections sous-cutanées avec une fine aiguille, à proximité immédiate d’une lésion. «Ces injections sont toujours très superficielles et très faiblement dosées (1-2 ml); une goutte d’anesthésique suffit», précise cet éminent spécialiste qui a chapeauté pendant des années l’Institut de médecine physique (clinique de rhumatologie) de l’Hôpital universitaire de Zurich.

La mésothérapie est utilisée dans plus de 80% des cas pour des indications rhumatologiques, traumatologiques et en médecine du sport. «Nous injectons le produit dans la zone de projection de la douleur, afin de brouiller le signal de la douleur, poursuit le spécialiste. Si ça marche, nous complétons le traitement avec des micro-injections associant parfois plusieurs substances médicamenteuses, toujours faiblement dosées, ce qui permet de prolonger l’effet antalgique.»            

A. Z.

Pour trouver un mésothérapeute compétent: www.mesotherapy.ch

Plus d’infos: Dr Daniel Uebelhart, Clinique Valmont, 1823 Glion-sur-Montreux, 021 962 35 35.

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