En finir avec ces cauchemars !

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Entre 5 % et 7 % de la population souffre de nuits terrifiantes. Et c’est toute la vie de ces victimes qui devient un enfer. Venue des Etats-Unis, une nouvelle méthode serait pourtant en mesure de les aider durablement. Les explications de Benjamin Putois, docteur en sciences cognitives.
 

Qui n’a jamais passé sa nuit à courir derrière un objet ou une personne qu’il ne trouve jamais ? Au réveil, on ne se sent pas reposé, bien au contraire. Ce marathon nocturne vous a épuisé. Mais il y a évidemment pire comme cauchemar. Les victimes d’attentat, d’abus sexuel ou d’agression. Pour ceux-là, la vie devient un réel enfer au moment où ils revivent le drame quand ils sont dans les bras de Morphée.

« C’est à partir d’un cauchemar par semaine, durant le mois, qu’on définit un trouble mental, relève Benjamin Putois, auteur du récent  manuel de guérison des cauchemars. Un ouvrage inspiré des dernières thérapies anglo-saxonnes et, curieusement, encore ignorées sur le Vieux-Continent, « alors qu’elles fonctionnent dans 70 % des cas. » 

Enfin, lorsqu’on dit « dernières thérapies anglo-saxonnes », il faut entendre par là une bonne décennie entre le moment où la revue scientifique American Academy of Sleep Medicine a publié cette méthode et la parution de ce premier livre en langue française. « Effectivement, cela paraît inconcevable, reconnaît Benjamin Putois. Quand, j’ai découvert cette technique, j’ai décidé de mettre en place une recherche, et c’est long. Il faut trouver des assistants, des patients, les suivre sur la durée et publier, ensuite, pour validation dans une revue scientifique, à savoir Psychotherapy and Psychosomatics. Ce n’est que, ensuite, que le livre, fruit d’un travail collectif, est sorti. »

 

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Mécanisme vicieux

Mais attention, cette méthode — qui consiste à rescénariser ses cauchemars en procédant à des exercices d’imagerie mentale durant la journée — n’est pas destinée à tout un chacun. Seuls 5 % à 7 % de la population est classée dans la catégorie des dormeurs aux nuits trop agitées. Donc pas de panique, si vous faites des mauvais rêves, de temps en temps. La durée du traitement est en moyenne de trois à six mois. Qui sont ces malheureux qui vivent un enfer, parfois chaque nuit, au point de craindre le moment d’aller se coucher et de ne plus considérer le lit comme un endroit de repos, mais de souffrance ? Il y a évidemment beaucoup d’enfants, c’est connu. Parmi les adultes, certains sont victimes de maladies psychosomatiques. Mais la plupart sont à ranger dans la case « stress post-traumatique ».
En quoi consiste donc cette thérapie prometteuse par rescénarisation d’images mentales visuelles ? Comme son nom l’indique, à apprendre à transformer ses cauchemars chroniques en rêves. « Ce n’est pas de la superstition, c’est de la science », assure le spécialiste. Depuis le tout début de cette approche, des centaines de personnes en ont bénéficié.

Concrètement, la méthode se décompose donc en trois étapes. D’abord, comprendre le fonctionnement des rêves, un travail qui se fait avec un thérapeute et qui ne doit pas être confondu avec l’interprétation des rêves. « C’est de la foutaise », selon l’auteur. Les rêves sont la résultante des événements des dix jours précédents et toutes les cartes sont mélangées  (les émotions, les images, les souvenirs, les faits, la temporalité). Un vrai foutoir. « C’est pourquoi les interpréter est peine perdue. » Comprendre ce mécanisme est en revanche important pour sortir de la boucle infernale des victimes de cauchemars chroniques. Ces derniers viennent en effet perturber aussi la journée des victimes et reviennent d’autant plus facilement durant la nuit. En d’autres mots, les cauchemars s’autoalimentent !

 

Transformer vos cauchemars en rêves

Deuxième étape, grossièrement résumée, apprendre peu à peu à visualiser mentalement différentes situations et scénarios : par exemple, composer une salade de fruits. Ce sont des exercices — de nombreux exemples figurent dans le livre — a priori gentillets, mais qui, au final, constitueront l’arme nécessaire pour passer à la troisième et dernière étape, à savoir transformer vos cauchemars en rêves! Comment ? En travaillant mentalement durant la journée sur le scénario du cauchemar, en le modifiant peu à peu, en changeant le décor, les acteurs. Cela paraît simple comme chou ? Oui et non.

En travaillant sérieusement, régulièrement à refaçonner le mauvais en bon durant la journée, vos nuits deviendront, par automatisme, plus douces.

On l’a dit, la méthode a été testée par des chercheurs et des cliniciens sur des centaines de malades, elle fonctionne. Alors, pourquoi ne pas l’essayer ?

 

J.-M.R.

 

 

Manuel de guérison des cauchemars, aux Editions Les Arènes

 

 

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