Yoga, une posture gagnante

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Cette pratique millénaire, qui se décline en plusieurs courants, séduit toujours davantage les Occidentaux et, notamment, les 50 ans et plus. Pourquoi un tel engouement, marqué par la sortie d’une encyclopédie sur cette discipline ?  

En se mettant dans la position du chien tête en bas ou de l’arbre, les adeptes du yoga cherchent « à combattre les tensions de la vie contemporaine et à se procurer un répit dans la marche forcée que devient, souvent, le quotidien », note le tout nouvel ouvrage YOGA L’encyclopédie, publié chez Albin Michel. Dominique Rentsch, enseignante de yoga à Genève, abonde : « Sa popularité tient sans doute à un besoin de se reconnecter à son corps, à ses sensations, mais aussi d’apaiser son mental. » 

Née il y a 5000 ans, en Inde, cette pratique millénaire se décline, aujourd’hui, en une multitude de courants. Selon son style et la personne qui l’enseigne, il peut être très physique ou plutôt ressourçant. Un large spectre qui permet de contenter tout le monde. « Les 50 ans et plus sont bien représentés au sein des pratiquants, constate la Lausannoise Isabelle Daulte, enseignante et responsable des relations publiques pour Yoga Suisse. C’est une discipline plus douce que le fitness ou la course, qui repose sur le calme et la détente. La notion d’équilibre, très importante pour éviter les chutes à partir d’un certain âge, est également très présente. Ce n’est pas pour rien que Pro Senectute Vaud a ouvert, cette année, une large palette de cours de yoga. »

Et Dominique Rentsch de poursuivre : « Peut-être que, après des années d’activité physique, les seniors souhaitent développer autre chose. Il se peut également que certains sports aient fait des dégâts ou ne puissent tout simplement plus être pratiqués. Le yoga a l’avantage d’être très complet. Il a des effets sur la posture, la souplesse, la force, l’endurance, les différents systèmes du corps (cardiovasculaire, respiratoire, digestif, hormonal, etc.), le souffle, le mental et les émotions, tout en respectant les limites du corps. Et, pour ceux qui le désirent, il offre aussi la possibilité d’explorer une dimension énergétique et spirituelle. » 

 

Des bienfaits reconnus par la science 

De nombreuses études confirment ses bienfaits sur les seniors, comme le confirme Mathilde Hyvärinen, chargée de projet en Activités physiques adaptées à Unisanté, le Centre universitaire de médecine générale et santé publique, à Lausanne : « Il a été scientifiquement prouvé que le yoga réduit les douleurs articulaires, augmente la mobilité, agit sur la pression artérielle, améliore l’équilibre, réduit la fatigue grâce à un meilleur sommeil, soulage le stress et l’anxiété ou lutte contre les inflammations chroniques. S’il ne permet pas de soigner une pathologie précise, il améliore la qualité de vie globale. Cette activité est d’autant plus intéressante qu’elle permet de s’adapter aux capacités de la personne, puisqu’on peut très bien s’y adonner assis. » Si bien que, depuis quelques années, le yoga a poussé la porte de certains hôpitaux français, notamment pour diminuer les symptômes de la chimiothérapie.

 

 

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Qu’en est-il en Suisse ?

Aux HUG, le yoga n’est pas utilisé dans le cadre des soins aux patients, mais au CHUV, au Département des neurosciences, une physiothérapeute formée en yoga propose des cours dans un contexte de séjours prolongés. « J’ai aussi assuré des suivis externes de patients qui m’ont été adressés en partie par les Services de neuro-oncologie et d’oncologie du CHUV, ajoute Sian Grand, à la fois enseignante de yoga et psychologue. Quand on est touché par la maladie, c’est un gros stress et on oublie souvent les potentialités qui existent autour de la pathologie. Le yoga possède des propriétés bénéfiques sur le corps, la respiration et le mental, et permet aussi de réfléchir à ses propres ressources. Aujourd’hui, les initiatives dans le milieu hospitalier romand restent timides; certains projets ont toutefois commencé à voir le jour, notamment en Suisse allemande. » 

 

 

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En studio, à l’extérieur ou à domicile ?

Toujours est-il que, depuis une vingtaine d’années, le yoga a trouvé un écho singulier en Occident, où il ne cesse de se développer. Les studios qui en proposent fleurissent un peu partout, certaines piscines offrent des cours gratuits à leurs visiteurs, les groupes qui se réunissent dans les parcs ou au bord des lacs sont légion. Quel est l’endroit le plus propice à sa pratique ? « A l’extérieur, cela peut permettre une connexion avec la nature, un ancrage de l’énergie, mais encore faut-il parvenir à ne pas se laisser distraire par le monde qui nous entoure ou s’y adonner tôt le matin, répond Dominique Rentsch. Dans un studio, on se retrouve généralement à plusieurs, dans un environnement suffisamment vaste et souvent zen. Seul bémol, on doit se déplacer et les prix sont habituellement un peu plus élevés, contrairement à une pratique à domicile.

Chez soi, les autres personnes présentes ou les animaux de compagnie peuvent en revanche devenir des éléments perturbateurs. » A chacun, dès lors, de choisir le lieu qui lui sied le mieux. Au plus fort de la pandémie, le Covid avait d’ailleurs imposé les séances par écrans interposés. Conséquences directes : si certains ont cessé ou diminué leur pratique régulière, car ils ne voulaient pas passer en mode virtuel, d’autres en ont profité pour s’initier au yoga. « Quand le style de yoga nécessite peu de corrections posturales, on s’en accommode très bien, avoue Dominique Rentsch. Cela pourrait devenir un complément au présentiel, mais jamais le remplacer complètement, le fait de se voir apportant une autre dimension. » Un vrai lien social, comme le prouvent les belles amitiés qui se nouent parfois lors des séances. 

 

Etre bien guidé

Et, comme dans toute activité physique, mieux vaut être bien guidé pour prévenir les blessures, notamment en raison de la répétition des mouvements. « L’acquisition de bases solides, au début, permet d’éviter les lésions, souligne l’enseignante genevoise. Une fois qu’on a une bonne connaissance de son corps et de ses limites ainsi que de sa proprioception, c’est plus facile d’évoluer seul. » Et, du même coup, de limiter un peu les coûts. Le prix moyen d’une séance collective en studio oscille environ entre 20 et 35 francs, contre 15 à 20 francs en ligne.   

Mais comment savoir si on est en présence d’un professeur compétent ? « La certification nationale de Yoga Suisse ou internationale de l’Union européenne de yoga représente notamment un gage de qualité, car il y a une vraie formation, et ce n’est pas juste le résultat d’un séjour de trois semaines en Inde ou à Bali, répond Isabelle Daulte. On peut aussi se fier au parcours de l’enseignant et aux avis des élèves. » Pour Dominique Rentsch, la labellisation américaine de la Yoga Alliance fait aussi office de référence.

Si « le yoga s’est sécularisé en entrant dans un autre bain culturel, sous l’égide de la mondialisation marchande », comme on peut le lire dans YOGA L’encyclopédie, sera-t-il en mesure de perdurer ? « Si cette tradition a traversé le temps, c’est qu’elle a d’innombrables vertus, répond Dominique Rentsch. En plus, comme l’humain est curieux et se posera toujours des questions existentielles, cette manière de se découvrir devrait l’occuper encore longtemps ! » 

 

« Le yoga m’apporte de la souplesse, tant mentale que physique »

Sa première initiation au yoga nous ramène près de 45 ans en arrière. « J’en ai fait quelques mois vers l’âge de 23 ans. Cela m’avait beaucoup plu », se souvient Dominique Centeno. Malgré tout, ce Lausannois de 68 ans n’a renoué qu’il y a cinq ans avec cette activité. « Une école se trouvait à proximité de chez moi », note-t-il. L’occasion faisant le larron, il s’y remet. Assidument, même, comme pour rattraper le temps perdu. « En hiver, je prends trois ou quatre fois une heure de cours par semaine, et cela peut monter à huit ou dix en été, car où je pratique, les séances à l’extérieur sont nettement moins onéreuses », souligne cet enseignant à la retraite. Au programme : souvent du vinyasa, le yoga le plus souvent enseigné aujourd’hui, mais aussi du hatha, du yin, du viniyoga ou encore du kundalini. « Si les postures sont généralement les mêmes d’un yoga à l’autre, la différence se faisant, entre autres, au niveau de l’intensité, le kundalini, durant lequel on chante, ne ressemble à aucun autre au niveau des positions comme des effets, explique-
t-il. Dans l’heure qui suit, j’ai une pêche incroyable. » Les effets, détaillons-les en sa compagnie : « Le yoga m’apporte de la souplesse, tant mentale que physique ainsi qu’un renforcement musculaire certain. » Des bienfaits qui se calquent parfaitement sur la mission première de cette activité. « Grâce à l’union du corps, du souffle et de l’esprit, sa pratique vise à dompter son mental et ses émotions pour les maîtriser. J’y tends, même si j’en suis encore loin ! » 

 

Les courants les mieux représentés du yoga

Ashtanga, Hatha, Kundalini, Power, Nidra... Il existe une constellation de sortes de yoga. Bref descriptif de ceux qui sont actuellement le plus en vogue sur le Vieux-Continent. 

 

Le hatha yoga, le classique 

C’est de lui que découlent tous les autres. Les postures sont généralement tenues un moment, calées sur le souffle. Le rythme est lent et il est pratiqué en conscience.

 

Le vinyasa yoga

L’athlétique Enchaînement postural à un rythme soutenu pour une pratique fluide où le mouvement a toute sa place. Cette forme de yoga peut être assez physique et créative.

 

Le yin yoga, le ressourçant

Focus sur le lâcher-prise par le biais de postures statiques dans lesquelles on reste longtemps, en respirant profondément. Ce yoga travaille sur le système nerveux et les tissus conjonctifs profonds.

 

Le kundalini yoga l’énergétique

Moins connu en Suisse que les trois autres, mais en plein essor depuis deux ou trois ans, il incarne une pratique complète, à la fois énergétique, corporelle et spirituelle. Il est appelé « voie royale », car les effets se font immédiatement sentir. 

Frédéric Rein

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