Madame Tricot fait le tour du monde

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Depuis sa première exposition en 2012, la psychiatre Dominique Kähler Schweizer n’a cessé de faire parler de ses créations originales en tricot. Un passe-temps qui apaise.

Elle expose en ce moment à Neuchâtel et à Zurich, mais ses créations en tricot ont séduit les musées à travers le monde. Plats de fromages, botte d’asperges, bouquet d’artichauts, saucisses et autres délicatesses prennent vie grâce à l’imagination, la persévérance et le talent de Dominique Kähler Schweizer, 72 ans, alias Madame Tricot. « J’ai commencé à tricoter à l’âge de 8 ans », explique-t-elle depuis Wil, dans le canton de Saint-Gall.

Pour cette psychiatre, née à Paris et arrivée en Suisse alémanique par amour, tricoter n’est pas uniquement un passe-temps zen : « Lors d’un traumatisme, les connexions entre les deux hémisphères du cerveau sont arrachées. En faisant des mouvements répétitifs avec les deux mains, on parvient à recréer des synapses. Plusieurs thérapies post-traumatiques utilisent des techniques de mouvements alternés des mains. Le tricot est un excellent moyen de détente, mais aussi de réparation des traumatismes vécus. »
Cette grand-mère de deux petits-enfants admet ne pas avoir eu une enfance toute rose. « Etre artiste permet de voir le monde d’une façon particulière.

 

Créer est un acte de résilience. Tricoter me détend énormément. Plus jeune, je faisais beaucoup de méditation assise en tailleur. Avec l’âge, cela devient plus compliqué. Tricoter me fournit le même apaisement et c’est une activité que l’on peut faire partout. »

Un travail de bénédictin

Elle tricote ses aliments en laine « couche par couche », à la façon d’une imprimante 3D. Elle peut passer de longues heures sur une œuvre. A titre d’exemple, pour un artichaut, il faut vingt minutes pour ne réaliser qu’une seule feuille ! « Parfois, je tricote six heures par jour. Quand on aime, on ne compte pas ! » Elle n’a ni méthode ni bouquin sur lesquels s’appuyer, elle y va à l’instinct. Pour celles et ceux qui voudraient lui emboîter le pas, de nombreux tutoriels sont proposés sur internet, mais ils proposent la technique du crochet plutôt que celle du tricot.

Pas de chaussettes en laine

Des chaussettes ou des gants pour ses petits-fils, Dominique Kähler Schweizer n’en a jamais tricotés : « Je déteste faire deux fois la même chose. Je crée parfois des vêtements, mais assez rarement. » L’idée de tricoter des aliments lui est venue par hasard, un soir alors qu’elle faisait cliqueter ses aiguilles en regardant une émission culinaire à la télévision. « Le cuisinier apprêtait du poisson. Je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un en tricot. » C’était en 2012 et, depuis, elle ne cesse de reproduire tout un tas d’aliments avec sa laine et ses aiguilles. 

Elle doit sa notoriété à la propriétaire d’une mercerie de Winterthour : « Je cherchais de la laine pour tricoter des salamis. Cela a éveillé la curiosité de la vendeuse. Elle m’a proposé de faire une exposition de mes œuvres dans sa vitrine, et ça a été un tel succès que des classes d’écoliers ont défilé devant le magasin. » La septuagénaire aime aussi bien cuisiner que manger, mais elle précise : « Je ne mange pas de tout, mais je tricote tout ce qui se mange pour autant que cela soit techniquement faisable. » Sa passion n’a pas déteint sur ses deux filles qui préfèrent la couture, ni même sur ses petits-fils. « Le plus jeune, 7 ans, a dit à son maître qu’il n’avait pas besoin d’apprendre le tricot, car sa grand-mère était Madame Tricot ! »

En 2015, Dominique Kähler Schweizer a reçu le Prix d’encouragement de la culture du canton de Saint-Gall. Aujourd’hui, elle a plus d’une dizaine d’expositions à son actif. En ce moment, on peut admirer quelques-unes de ses créations au Musée Dürrenmatt à Neuchâtel et au Museum für Gestaltung de Zurich.

Vous pouvez également découvrir ses ouvres sur son site internet sur madametricot.ch ou sur son compte Instagram : @madametricot

Yseult Théraulaz

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