la baignade en eau froide connaît toujours plus d’adeptes

©Sandra Culand, DR

Antidépresseur, détox, stimulant le système immunitaire et hormonal, bon pour le moral : la baignade en eau froide a tout pour elle et connaît toujours plus d’adeptes.

L’hiver, quand le ciel est plombé et que la nuit tombe vite, les baigneurs désertent les bords de nos lacs et cours d’eau pour se mettre au chaud. Tous ? Non, car, sur nos rives, se rassemblent toujours plus d’irréductibles amateurs de bain en eau froide. Peu importe la météo, qu’il vente ou qu’il gèle, on peut les voir se tremper, parfois même nager, dès potron-minet ou au crépuscule et par tous les temps. 

 

Par des groupes sur la messagerie WhatsApp facilitant des rendez-vous aquatiques collectifs, en solitaire, en couple, le rendez-vous avec l’eau froide fait tache d’huile et les initiations vont bon train en Suisse romande. Sur les réseaux sociaux, les témoignages enthousiastes ne sont pas rares. En 2015, Agnes Reothlisberger, d’Yvonand (VD), a fait partager sa passion sur Facebook en y tenant un journal lacustre agrémenté de photos de son expérience quotidienne dans le lac de Neuchâtel.

 

Une discussion avec ces givrés suffit à s’en persuader : cette pratique est tout sauf masochiste. Bien au contraire, comme l’explique Sébastien Haemmerli, 38 ans, hydrothérapeute à Vevey depuis 2014 : « Il s’agit d’une expérience vivifiante qui procure de la joie et un appétit pour les choses de la vie. »  Loin de se limiter à un trip de dépassement de soi, déjà intéressant en soi, l’immersion en eau froide provoque des effets mesurables sur le corps. A commencer par une vasoconstriction des vaisseaux périphériques et une vasodilatation des vaisseaux centraux. « Le simple fait de se mouiller le visage à l’eau froide provoque une baisse du rythme cardiaque de 20 % », précise Sébastien Haemmerli.

 

Exposition mesurée au froid dans l’eau a des bienfaits

Baisse du stress chronique, relâchement musculaire, mise sous pression du système immunitaire avec, pour conséquence, une meilleure résistance aux maladies, l’exposition au froid agit sur le corps et le mental aussi. « Elle provoque également une rupture salutaire avec l’hypermentalisation exigée par notre mode de vie en société », ajoute ce passionné de philosophie qui étudie et « collectionne » les états de transe. « Un enfant n’a pas peur d’entrer dans l’eau, l’hiver. C’est l’adulte qui le conforte dans le besoin de se réchauffer. La relation au froid résulte de certaines formes de croyance. » 

 

En ces temps de pandémie, de toute évidence, la pratique a séduit un public toujours plus important. Idéale pour lutter notamment contre les effets parfois lourds du confinement, la baignade en eau froide ne se limite pas à un effet de mode. Véritable discipline, elle peut s’acquérir à travers des séances d’initiation, comme celles proposées par Sébastien Haemmerli. Lui qui commence toujours par inscrire sa méthode dans une longue tradition : « Les bains froids sont une activité présente dans bon nombre de cultures à travers le monde. On retrouve des textes écrits dans diverses religions du monde : chrétienne, bouddhiste, shinto et également dans les arts martiaux.

 

C’est d’ailleurs une pratique obligatoire pour les corps de sauvetage et pour les troupes d’élites des armées. A ma connaissance, la première étude du froid a été réalisée en 2015 sur le Néerlandais Wim Hof, surnommé l’homme de glace et ses élèves. » Si l’exposition mesurée au froid dans l’eau a des bienfaits, comme toute chose, c’est une question d’équilibre. « C’est une expérience personnelle, souligne Sébastien Haemmerli. Il ne faut pas se comparer aux autres. Des douleurs peuvent se faire sentir durant les trois premières immersions, le temps que les tissus du corps se réorganisent. Avec le temps, elles partiront. »

 

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Cette pratique n’est pas aussi anodine qu’il peut paraître en observant un groupe de baigneurs s’égailler sur une plage en plein hiver.

 

« Vous ne le voyez pas, mais les gens maîtrisent leur respiration au moment d’entrer dans l’eau. Ils pratiquent la ventilation profonde consistant à utiliser un maximum le volume pulmonaire et à laisser ressortir l’air sans vider les poumons. Elle est en place grâce aux séances de préparation. »

 

Ecouter son corps

Une fois dans l’eau, des alertes corporelles se manifestent. Il s’agit de les connaître et, bien entendu, de les écouter. « Avec la durée du bain apparaît le danger de l’euphorie, prévient Sébastien Haemmerli. Quand le corps voit sa température chuter, il sécrète une quantité d’adrénaline. Cette arrivée d’hormones est vécue comme un bien-être incroyable, avec l’impression d’avoir chaud. » Le pire serait d’en profiter pour s’éloigner du rivage, avec la décision de prolonger cette sensation qui signifie, en réalité, le début d’un état d’hypothermie.

 

Les médecins le disent, un bilan de santé est conseillé avant de se lancer. Cela permet d’éviter des pièges, tels que l’hydrocution et l’hypothermie. Même si les études scientifiques commencent tout juste à être conduites sur le sujet, les professionnels de la santé s’accordent pour reconnaître que la baignade en eau froide renforce les systèmes immunitaires, vasculaires et neurovégétatifs et stimule la circulation.

 

« Le thermomètre interne est la chose à faire grandir et dont il faut prendre soin, affirme Sébastien Haemmerli. Les inconvénients de l’existence seront toujours là à la sortie de l’eau, mais le poids qu’ils représentent ne sera plus le même. Quand vous ferez face à un problème, demandez-vous quelle est sa température. »

 

 

A chaque âge son rythme

Bon pour la santé des seniors, le bain en eau froide ? « La réponse est médicale et propre à chaque personne, soutient Sébastien Haemmerli. Il est bien de solliciter l’avis de son médecin généraliste. C’est important avant tout de mesurer le risque éventuel encouru. Le bain froid provoque un choc qui réveille des réflexes reptiliens du cerveau. » 
Pour les aînés, plus la santé est bonne, plus c’est facile de s’exposer. Les pathologies propres à chacune et à chacun sont à prendre en considération. L’accompagnement d’un aîné se fait différemment d’une personne très jeune. La rapidité d’adaptation est fonction de l’âge. Un aîné aura besoin d’une semaine entière pour se faire à l’immersion en eau froide s’il ne la pratiquait pas auparavant.

« Ensuite, il va rajeunir de vingt ans, sourit Sébastien Haemmerli. Une fois qu’il a fait son exposition, l’hormone de croissance fait son apparition. Le froid entraîne une meilleure activité des cellules souches dans le corps. » Cette pratique a des effets sur l’hypertension, sur la consommation des graisses et opère comme ralentisseur sur le fonctionnement du diabète. « Là où il faut être méfiant, c’est en lien avec les troubles cardiaques et respiratoires, avertit Sébastien Haemmerli. C’est crucial d’avoir conscience que le bain froid, ce n’est pas juste se tremper dans l’eau. Je dirais que c’est un cadre qui pousse à mieux utiliser sa respiration. Ce qui fait que les organes vitaux se réoxygènent. C’est pour cela que je propose plus de vidéos sur la respiration que sur le froid. »

Une règle d’or: 1 minute par degré, soit le temps maximum qu’il convient de passer immergé dans une eau froide lorsqu’on n’en a pas l’habitude.

 

Nicolas Verdan

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