Faut-il craquer pour les objets connectés ?

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Les technologies numériques s’imposent de plus en plus souvent dans notre quotidien. Mais nous apportent-elles une réelle plus-value ? Retour sur leur utilité et leurs travers. 

Tablettes, appareils auditifs, tensiomètres ou encore piluliers. Ils envahissent petit à petit nos vies depuis une quinzaine d’années. Les objets connectés sont de tous les instants. Ils pallient à certains de nos oublis ou nous donnent accès à toutes sortes d’informations, plus ou moins pertinentes. Aujourd’hui, huit personnes sur dix estimeraient même que le monde numérique simplifie leur quotidien. En cette période de pandémie, on pense naturellement aux tablettes, qui ont permis à de nombreuses personnes de maintenir un lien social avec leurs proches.

Des avantages derrière lesquels se cache le risque de voir sa vie personnelle être analysée, ses données divulguées. « La protection des données médicales représente un véritable enjeu, car le danger de les voir être mal utilisées par les géants du web existe, déplore la doctoresse Sanae Mazouri, médecin adjointe au Service de cybersanté et télémédecine des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Une solution pourrait être la technologie blockchain, qui permet le stockage et la transmission de données de manière infalsifiable, mais sa grande consommation en énergie n’est pas adaptée à tous les objets. » Entre risques et bénéfices, il s’agit, plus que jamais, de faire une pesée des intérêts.

 

Gros plan sur quelques objets connectés 

 

Les tablettes 

La tablette a su s’imposer dans le monde. Certaines ont spécifiquement été conçues pour les seniors, déployant une interface ergonomique et intuitive et des fonctionnalités simplifiées, afin de faciliter la navigation. « Les tablettes présentent des avantages indéniables, notamment pour toutes les personnes (les enfants et les personnes âgées, notamment) qui souhaitent ou ont besoin de disposer d’un outil simple, ergonomique et immédiatement utilisable, explique l’avocat Sébastien Fanti, préposé à la protection des données et à la transparence du canton du Valais. Les inconvénients sont corrélés et ils se résument aujourd’hui, à mon sens, à des logiciels encore mal adaptés. En termes de protection des données, en revanche, il existe de nombreux logiciels spécifiques qui permettent de minimiser le risque. » 

 

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Les piluliers connectés

Généralement, plus les années passent, plus la liste des médicaments se rallonge. D’où l’intérêt d’avoir recours à des piluliers connectés. Ceux-ci s’allument lorsque le médicament doit être pris. Et, en cas d’oubli ou de surdosage, il alerte la personne désignée (médecin ou proche). « C’est un vrai moyen de renforcer le message d’éducation thérapeutique et l’adhérence au traitement, ajoute la doctoresse. Et, plus il est simple d’utilisation, mieux il est accepté. Il gagne d’ailleurs en intérêt si les données sont transmises au médecin traitant ou au pharmacien. » Sanae Mazouri y voit toutefois, comme pour tous les appareils connectés, le risque de se reposer trop dessus et, de ce fait, de perdre en autonomie et en jugement critique face à des outils qui ne sont jamais fiables à cent pour cent.   

 

L’appareil auditif connecté 

Les prothèses ont perdu en volume et gagné en technologie. Certaines peuvent même être couplées à la technologie Bluetooth et ainsi recevoir des appels téléphoniques. Un avantage, quand on a des problèmes de vue ou qu’on perd régulièrement son téléphone. « A contrario, cela peut perturber les personnes ayant des troubles cognitifs ou celles qui sont en train de réaliser une activité qui demande de la concentration, comme la conduite », tempère Sanae Mazouri. 

 

Le stéthoscope intelligent et autonome

Inventé aux HUG, le stéthoscope SIA permet à la fois d’ausculter un patient et de connaître sa température. « Dans un proche futur, nous espérons pouvoir le prêter aux patients atteints du Covid-19 suivis à distance ou aux enfants asthmatiques, afin de prévenir une décompensation, explique la spécialiste des HUG. Seul bémol : la fiabilité et la qualité de l’enregistrement avec le micro doivent préalablement être testées et validées. » 

 

Les prises connectées 

Appelées « smartplugs », elles permettent de piloter et de programmer n’importe quel appareil électrique par l’entremise d’une application mobile installée sur smartphone ou tablette. L’ingénieur et écologiste Marc Muller: « Ce domaine peut engendrer un véritable gain d’un point de vue de l’énergie et du confort. Cela dit, si c’est pour allumer une lampe avec son Natel, il s’agit plutôt de consommation inutile. Il faut donc veiller à ce que cela réponde à un besoin, d’autant que les pannes sont courantes et les synchronisations se perdent souvent en quelques mois, ce qui peut vite devenir un casse-tête. De fait, mieux vaut favoriser les grands fabricants qui proposent un système de maintenance sur le long terme et limiter, autant que possible, le nombre de marques. » 

 

Les appareils de téléassistance

Dans la grande panoplie des appareils de téléassistance, on trouve des pendentifs, des bracelets ou des montres connectés, type Secutel, à porter jour et nuit. Par simple pression, ils alertent un proche ou une organisation en cas de chute ou de malaise, et assurent aussi la géolocalisation. Autres déclinaisons possibles de cette téléassistance : la Smart Pantoufle, une semelle truffée de capteurs qui se glisse dans la pantoufle et envoie un SMS en cas de chute, ou encore la Smartcane, une canne connectée qui dispose d’un bouton d’alerte, d’un système de détection des chutes et de géolocalisation ainsi que de capteurs décrivant la condition physique (rythme cardiaque, température, etc.). Ces appareils possèdent un pouvoir rassurant pour les enfants des personnes qui les portent. « J’ai vécu des situations où des patients étaient tombés et cela a permis d’intervenir rapidement, assure Sanae Mazouri. C’est également un bon moyen de repousser l’entrée en EMS. Cette aide ne doit toutefois pas remplacer le contact humain, ni se substituer aux visites régulières. »

 

Les montres intelligentes

Ces montres-là ne se contentent plus de donner l’heure. Elles sont désormais en mesure d’afficher les pulsations cardiaques, l’activité physique, de se transformer en système de navigation, etc. De vrais couteaux suisses. « S’agissant des applications « santé », elles peuvent être utiles aux patients atteints de maladies chroniques dans le cadre d’un suivi, atteste Sanae Mazouri. Comme outil de coaching bien-être, en revanche, c’est une source d’informations, généralement fiable, mais qui devrait être interprétée par un professionnel. »  

 

Les balances connectées

Comme de bien entendu, elles affichent le poids des personnes qui grimpent dessus. Mais pas seulement. Ces balances-là sont aussi en mesure d’analyser la composition corporelle (graisse, muscles, densité osseuse…). Argument de poids ? « Comme toujours avec les objets connectés, il convient de distinguer l’aspect thérapeutique de la dimension bien-être, souligne Sanae Mazouri. L’utilisation personnalisée d’une balance connectée dans un cadre médical peut être un allié lors de l’accompagnement du patient durant des entretiens motivationnels. En revanche, sans encadrement médical, c’est souvent un gadget, car on ne bénéficie pas d’une interprétation des résultats. »

 

Les traceurs GPS pour animaux domestiques

Ces boîtiers de quelques dizaines de grammes, qui s’accrochent directement aux colliers, permettent de surveiller sur son écran les déplacements des félins domestiques qui sortent et de prévenir les éventuelles fugues des canidés. La vétérinaire romande Caroline Voutaz a testé deux de ces appareils. Ses conclusions : « Cette localisation instantanée possède plusieurs utilités. On peut notamment penser aux chats en liberté qui doivent recevoir un traitement médical à heure fixe ou encore aux animaux en surpoids ou victimes de maladies, comme le diabète, dans la mesure où ces traceurs donnent une idée approximative de leur activité. En outre, il est possible de créer une sorte de clôture virtuelle grâce à laquelle le GPS enverra une alerte quand l’animal dépasse une limite, ce qui est intéressant quand il y a un danger à proximité. Et puis, cela rassure le propriétaire de savoir où se trouve son animal. »   

 

Les tensiomètres connectés

L’hypertension artérielle touche près d’une personne sur deux de plus de 65 ans. Le tensiomètre est donc un instrument important à partir d’un certain âge. Sa version connectée, dont le boîtier est dépourvu d’écran et de touches, puisque tout se passe par le biais d’une application, est par exemple capable d’envoyer par courriel un historique à un professionnel de la santé ou de programmer des rappels pour ne pas oublier de prendre sa tension. « Ces tensiomètres permettent, notamment, de suivre à distance les patients hypertendus et de les sensibiliser à la prise de leur traitement, note Sanae Mazouri. Revers de la médaille : les médecins doivent apprendre à filtrer correctement le flot de données pour ne conserver que les plus pertinentes, alors que les patients, eux, peuvent être faussement inquiétés par des alertes injustifiées, la sensibilité des outils technologiques n’étant pas toujours incroyable. »    

 

 

 

Frédéric Rein 

 

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