Entre bien-être et transmission, le tricot revient à la mode

Un bel exemple du retour de la maille, à Lausanne : des travaux réalisés par un collectif hors pair ! ©DR

Vous pensiez que la maille était vouée à la naphtaline ? Archifaux : aujourd’hui, il n’y a plus d’âge pour aimer tricoter. Aiguilles et pelotes sont remises au goût du jour, et la pratique de ce loisir utile et créatif est désormais multigénérationnelle.

A votre avis, quel est le point commun entre les acteurs Ryan Gosling, Julia Roberts et Russell Crowe ? Bingo : le tricot ! Comme de nombreux adeptes à travers le monde, ils contribuent à offrir à cette activité ancestrale un nouveau souffle branché. Ce n’est pas la Finlande qui nous contredira, elle qui, en 2019, a organisé les premiers Championnats du monde de tricot heavy metal durant lesquels les participants ont œuvré, tout en se trémoussant en rythme devant un jury de trois personnes. 

Plus sérieusement, le tricot aurait des vertus inattendues, inexplorées jusqu’ici. A tel point que, aux Etats-Unis, certains membres du corps médical prescrivent des séances pour combattre le stress, l’arthrite, soulager les douleurs chroniques, réduire l’hypertension ou lutter contre l’insomnie. Certains assurent même que ce passe-temps créatif est l’un des meilleurs moyens pour arrêter de fumer.

Entre les tutos qui fleurissent sur YouTube, les communautés Facebook consacrées au sujet, les publications Instagram et les livres d’initiation dont l’un des plus connus nous explique que le tricot est le nouveau yoga*, il n’est pas étonnant que les jeunes succombent, eux aussi, à l’appel des pelotes. L’âge des adeptes a considérablement évolué au cours des dix dernières années. Désormais, dans les apéros ou thés-tricot, toutes les générations se côtoient. 

 

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On tricote, on médite...

L’apaisement et la détente que procure le joyeux cliquetis des aiguilles accompagnant la naissance d’une écharpe, d’un pull ou autre nid d’ange séduisent autant les débutantes que les expertes. Parmi elles, Lise Jeanbourquin, 34 ans, thérapeute au Mouret (FR), a découvert le tricot, alors que, enceinte de son deuxième enfant, elle a dû rester alitée plusieurs semaines : « J’ai relu tous mes livres et fait le tour des programmes TV, et j’ai fini par m’acheter une paire d’aiguilles et des pelotes. Puis, j’ai cherché des vidéos sur internet et j’ai appris à tricoter avec des tutos sur YouTube. J’ai commencé par une écharpe au point mousse pour laquelle j’ai bien galéré ! » 

Six ans plus tard, Lise tricote toujours et s’est bien améliorée. Terminé le temps où le premier pull qu’elle a réalisé a servi à habiller... l’épouvantail du jardin, souvenir qui la fait sourire, aujourd’hui : « Au moins, c’est moi qui l’avais fait ! Depuis, j’ai progressé et c’est devenu une activité plaisir, rien que pour moi, qui me fait du bien. Il y a le plaisir du toucher, la détente que cela me procure et qui me permet d’entrer en méditation, tout en tricotant. Et, sans parler d’ego, on est fière d’enfiler le pull que l’on a créé. J’ai fait une jaquette en laine mérinos et soie, et j’ai un réel respect pour elle. Nous n’avons pas la même relation avec un vêtement que nous avons confectionné. Cela n’a rien à voir avec un habit acheté bon marché dans une grande surface, que l’on jette lorsqu’on s’en lasse. On réapprend la valeur des choses... » Aujourd’hui, la jeune femme fréquente assidûment les forums de tricoteuses et caresse un rêve : aller à Paris pour se rendre au Salon « Aiguilles en fête », destiné aux passionnés du fil et des aiguilles.

 

Des amours de pelotes

Lors de ses premiers pas dans l’univers du tricot, Lise a pu compter sur Anne Joray, 54 ans, tricoteuse avertie, qui lui a transmis ses conseils et ses astuces. Créatrice de La TricotAnne, dans le canton de Fribourg, elle accompagne enfants et adultes de tous âges sur le chemin du tricot, s’appliquant à leur démontrer que l’activité n’a rien de ringard : « Mais il suffit de peu pour que ça le soit. Si vous utilisez une mauvaise laine, votre ouvrage aura un aspect démodé. La beauté de la laine utilisée fait la valeur et le charme de l’objet. »

Si le profil des adeptes s’est élargi, le matériel proposé a beaucoup évolué, lui aussi. Les laines nobles de mouton, alpaga , mérinos, cachemire, yak ou mohair, mélangées à des fils acryliques ou polyamides, font toujours partie des grands classiques de base. Mais ils sont complétés par d’innombrables autres textures. Les unes sont légères au poil court ou long, apportant un aspect « peluche », d’autres sont constituées d’un et d’une frange mousseuse pour la touche fantaisie. Il existe même des matières particulièrement épaisses à tricoter...avec les bras, pour un résultat à la fois spectaculaire et très visuel. Qu’elle soit multicolore, hirsute, bouclée, brillante ou incrustée de filaments dorés ou argentés, la laine répond à toutes les envies créatives et surfe, pour qui le souhaite, sur la tendance écoresponsable dans une démarche écologique. Les grandes marques vendent désormais des fils à tricoter issus du recyclage de T-shirts repelotés. De quoi séduire tous les publics !

 

Tricot solidaire

Le tricot n’est pas forcément un plaisir solitaire et peut prendre des dimensions inattendues, voire internationales. Le Tricothon, campagne annuelle de confection de minibonnets se retrouvant sur des bouteilles de smoothies, existe depuis une quinzaine d’années dans plusieurs pays européens parmi lesquels figure la Suisse. Un pourcentage de la vente de ces produits est ensuite reversé pour venir en aide aux aînés isolés. Des tricoteuses et des tricoteurs de tous âges y participent, rivalisant d’imagination pour créer des bonnets séduisants et rigolos. Dans un autre registre, les Petites Pieuvres proposent aux mains agiles de réaliser des pieuvres en coton pour des bébés fragiles, prématurés ou malades, que la présence de ces jouets calme et rassure.

Et, comme le confirme Emilie Ruch, présidente de l’association Petites pieuvres fils de douceur Suisse : « Parmi les personnes qui crochètent ou tricotent les pieuvres toutes les tranches d’âges sont représentées, de très jeunes à très âgées. » Les pieuvres sont ensuite offertes aux CHUV, à Lausanne, et à l’Hôpital de Sion. Le tricot urbain fait fureur à Lausanne Sous l’impulsion de Julie Chanel, créatrice de la boutique et des ateliers créatifs Little Maille, à Lausanne, le tricot est descendu dans la rue dans le cadre du projet Tricot Graffiti. Comme ont pu le constater, ces derniers mois, les passants qui ont arpenté l’avenue de la Harpe, le mobilier urbain de l’artère a été habillé sur un kilomètre poétiquement et originalement. Et le concept a eu un succès inespéré, comme le relève son instigatrice : « Vu la conjoncture, comme il s’agissait pratiquement de la seule exposition accessible au public, beaucoup de monde s’est déplacé pour la voir. Nous avons eu beaucoup de retours. Une soixantaine de bénévoles, de 20 à 85 ans, se sont mobilisés pour réaliser ce projet qui se termine en ce mois d’avril. »

L’aventure ne s’arrête pas là... Un autre collectif a pris contact avec l’équipe lausannoise afin de lui demander de participer à une exposition de tricot urbain à Milan. 

« Pour le lancement de Tricot Graffiti, nous avions mis des posters un peu partout, créé un groupe WhatsApp, et profité d’annonces dans les journaux locaux pour rechercher des bénévoles. Nous avions volontairement utilisé plusieurs moyens afin de cibler un public intergénérationnel. Nous avons également reçu beaucoup de dons de laine, qui ont tous été utilisés. Aujourd’hui, les bénévoles se retrouvent toujours trois fois par semaine à la bibliothèque locale, en groupes limités, et nous avons recommencé à travailler pour ce nouveau défi. » Non seulement les diverses générations profitent du regard des autres et mettent leur savoir-faire en commun pour porter ce projet, mais la bibliothèque s’est trouvé une vocation supplémentaire de lieu de vie et de rencontres où se créent des liens.

Dans sa boutique, Julie confirme que l’univers du tricot a beaucoup évolué. Les fils d’alpaga et de mérinos apportent une douceur aux ouvrages qui fait oublier le spectre des « pulls qui piquent », phénomène provoqué par l’utilisation de laines de mouton autrefois trop rêches. Un détail qui importe peu pour habiller le mobilier urbain, le seul impératif pour réussir une œuvre de rue étant son aspect coloré. 

 

Envie de vous y (re)mettre ?

Si l’envie vous prenait d’intégrer le riche univers de la maille, sachez qu’il existe des groupes de tricoteuses et de tricoteurs un peu partout en Suisse romande, ravis d’accueillir de nouveaux adeptes... mais, souvent en veilleuse, le temps que la situation sanitaire soit revenue à la normale. Et, si vous craignez que ces moments répétitifs ne vous fassent souffrir, des voix s’élèvent dans la communauté scientifique pour dire que, au contraire, ces mouvements activent les circulations tant sanguine, lymphatique que synoviale et, par conséquent, alimentent et régénèrent plus souvent les articulations. De ce fait, le tricot prévient les tendinites, l’apparition d’arthrite et contribue à réduire les effets néfastes de l’arthrose selon Alton Barron, chirurgien orthopédiste américain renommé. Quant aux personnes qui souffrent déjà d’arthrite, il leur est conseillé d’assouplir les articulations en trempant les mains dans de l’eau tiède avant de commencer à travailler, et de choisir des aiguilles ergonomiques ou plus grosses, car plus faciles à tenir.

 

Martine Bernier

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