Presbytie: pour y voir plus clair...

A la pointe de la technologie, l'appareil Activisu réalise des mesures de la vue d'une incroyable précision. Sur le plan esthétique, l'outil s'avère également précieux, puisqu'il permet à la clientèle de visualiser simultanément toutes les photos réalisées avec différentes paires de lunettes. © Wollodja Jentsch

Impossible d'échapper à cette malédiction de l'âge. Mais on peut y faire face avec des lunettes, des lentilles ou une opération. A vous de choisir, en connaissance de cause.

Vous n’arrivez plus à passer un fil dans le chas d’une aiguille ou à trouver la bonne distance pour lire un journal? C’est sans doute que votre presbytie progresse. Il est alors temps de consulter un opticien. En effet, ce processus normal de vieillissement de l’œil, qui altère la vision de près, commence dès la naissance, mais ne fait sentir ses effets – le cristallin se sclérose en se durcissant – que vers la quarantaine. Ensuite, jusque vers 50 ans, il faut compter devoir changer de correction en moyenne tous les deux ans. La presbytie se poursuit moins vite et, en général, un changement de correction tous les cinq ans suffit jusqu’à la stabilisation de ce trouble, entre 55 et 60 ans.

Un geste utile?

Lunettes à verres progressifs ou lentilles, que choisir? Le geste commercial d’offrir au client une deuxième paire, pour la lecture ou solaire, présentée comme gratuite ou proposée à prix réduit, est-il vraiment utile lorsqu’on est presbyte? Ne vaut-il pas mieux opter pour un équipement tout-en-un? Réponse, avantages et inconvénients des corrections disponibles sur le marché.

Sandrine Fattebert Karrab

 

Lunettes: des solutions personnalisées

Le principe: les verres progressifs permettent de corriger l’ensemble des défauts de la vision (par exemple: myopie + presbytie) ou de traiter la presbytie seule. Il faut compter entre quelques heures et une semaine pour s’y adapter. Comme les doubles foyers, les verres progressifs sont nés de l’observation du comportement humain. Pour voir au loin, on relève la tête, et pour la lecture, on baisse le regard. La partie supérieure des verres permet donc de voir net à longue distance et la partie inférieure garantit une vision de près. Si l’on est myope, on peut retarder le passage aux progressifs. La myopie est alors sous-corrigée. Ce compromis permet de lire sans avoir recours aux verres progressifs. Le désavantage est de voir moins bien de loin, mais de pouvoir lire de près jusqu’à 50 ans environ.

 

Les avantages: moins délicates que les lentilles, les lunettes offrent aussi une vision plus précise. Pour la préservation de l’œil, il est recommandé de privilégier le port de lunettes et de ne recourir aux lentilles que pour des situations particulières (sorties, sport, etc.).

 

Les inconvénients: la monture la mieux adaptée, comme les verres les plus polyvalents, permet rarement de répondre à tous les besoins. Raison pour laquelle il est parfois nécessaire de recourir à plusieurs équipements. «Nous n’offrons pas la deuxième monture, car la gratuité n’existe pas, précise Marc-Etienne Berdoz, directeur de Berdoz Optic. En revanche, nous offrons une remise de 70 % sur la deuxième paire de verres de même qualité, à l’achat d’une monture et de verres correcteurs.»

 

Les nouveautés: «Les récents progrès concernent essentiellement l’élargissement des champs visuels et la neutralisation des ondulations de l’image», souligne Gilles Pizzetta, opticien diplômé et responsable des achats verres chez Berdoz Optic. Anti-reflets, -rayures, -poussières et anti-salissures, les verres peuvent aussi lutter contre la buée, avec l’application renouvelable d’une goutte d’un concentré. Quant aux verres photochromiques (qui se teintent selon la quantité d’UV à laquelle ils sont soumis), ils gagnent en rapidité face au rayonnement du soleil. Certains d’entre eux peuvent réagir même derrière un pare-brise protégeant des UV. Très confortable si l’on est sujet à l’éblouissement, une particularité que partagent de nombreux presbytes. Autre nouveauté visant le confort: des verres sous forme de clips, à poser à l’intérieur de vos lunettes de sport, si votre correction est trop forte. Comme quoi, un seul équipement peut difficilement couvrir un ensemble d’activités.

 

A votre première visite: quelles sont vos activités, êtes-vous principalement en plein air ou à l’intérieur, quel est votre environnement lumineux, dans quelle position regardez-vous la télé et conduisez-vous, quel est votre budget, etc.? Le but de votre opticien est de cerner au plus près votre style de vie. «Si l’on ne connaît pas les besoins du client, le meilleur verre ne sera pas satisfaisant», prévient Marc-Etienne Berdoz. Face à Activisu, un appareil permettant de réaliser des mesures de la vue, une caméra (invisible) analyse tous les angles possibles de votre vue. En moins de 40 secondes, des centaines de photos sont traitées et les dimensions précises s’affichent: distance verre-œil, galbe précis, écarts et hauteurs... Grâce à ce bijou de technologie, vous pouvez aussi voir simultanément les différentes paires que vous avez essayées (avec comparatif de l’épaisseur du verre) et choisir celle qui vous plaît.

 

Les prix: chez Berdoz Optic, par exemple, le coût d’un verre progressif oscille entre 129 fr. et 725 fr. Les montures sont accessibles dès 39 fr. et le tout est couvert par une garantie de trois ans. Seule une assurance complémentaire permet d’être partiellement remboursé.

 

Ni vu ni connu avec les lentilles progressives

Le principe: les lentilles souples sont les plus courantes. Le changement de correction s’opère par cercles concentriques incorporés dans la lentille. Leur centre corrige la vision de près, par exemple pour la lecture, et leur extérieur permet la vision de loin ou inversement selon la demande visuelle. Le cerveau reçoit donc à la fois des images nettes et floues qu’il doit apprendre à sélectionner dans l’immédiat. D’où un temps d’adaptation d’environ 7 à 10 jours. Si, en plus de la presbytie, on est myope, hypermétrope ou astigmate, le principe de correction de la presbytie reste le même. Mais selon les cas, la concentration de plusieurs corrections dans la même lentille peut provoquer un inconfort visuel de près ou de loin. A noter que les résultats sont meilleurs si le client porte déjà des lunettes.

 

Les avantages: la discrétion, doublée de la sensation de liberté!

 

Les inconvénients: les fabricants ont réalisé d’immenses progrès ces dernières années, les lentilles de contact offrent de plus en plus de précision. Leur qualité de vision n’est toutefois pas similaire à celle des lunettes. Le résultat s’avère néanmoins satisfaisant si l’objectif est, par exemple, esthétique. Par ailleurs, l’hygiène doit être stricte. Se laver les mains avant toute manipulation, éviter les poussières et l’eau (sous la douche, mais en particulier celle de la piscine), chargée en micro-organismes, constitue les règles de base. Une utilisation correcte du produit d’entretien est aussi primordiale. En cas de doute ou de problème, il est recommandé de consulter au plus vite un ophtalmologue.

 

Les nouveautés: les lentilles progressives journalières pour presbytes sont encore rares. Représentant plus de 70 % du marché, les lentilles progressives à renouvellement mensuel – dites mensuelles – sont le plus souvent en silicone hydrogel. Ce matériau de dernière génération améliore considérablement l’oxygénation de l’œil et réduit la sensation de sécheresse. Un avantage important pour les presbytes, puisque la sensibilité de l’œil augmente avec l’âge. Les lentilles d’une durée de vie de six mois à un an, appelées aussi sur mesure, répondent aux corrections plus complexes, comme la presbytie avec un fort astigmatisme. On trouve de tout sur le marché, donc tout dépend des besoins et de l’utilisation du client. D’où l’importance de l’anamnèse faite par votre opticien. La principale différence réside dans le fait que les lentilles d’une durée de vie trimestrielle et de six mois à un an tiennent compte exactement des défauts visuels et des paramètres de la cornée, alors que les lentilles journalières se contentent de s'en approcher.

 

A votre première visite: l’opticien contrôle la vue et effectue des mesures complémentaires, notamment pour définir la forme de l’œil. Il vérifie qu’il n’y a pas de contre-indication au port de lentilles (médicament, allergie, maladie, etc.). Il va aussi déterminer quel est l’œil dominant pour la vision de près, l’autre privilégiant la vision de loin. «Le principe de correction dépend de la règle d'adaptation donnée par le fabricant de la lentille. En général, on va renforcer la dominance naturelle de chaque œil», explique Mathieu Regamey, de Visilab.

Le spécialiste va également conseiller une lentille adaptée aux besoins du client: sport, ordinateur, raison esthétique. «Pour le sport, je conseillerais plutôt des lentilles corrigeant uniquement la vision de loin, précise-t-il. Mais des lentilles progressives peuvent très bien convenir, et elles seront de toute façon plus confortables que des verres progressifs, car il n'y aura pas l'effet "tangage" que ressentent quelques porteurs de verres progressifs. De plus, le fait de ne pas avoir de lunettes et que le champ visuel soit plus grand offre un confort supplémentaire.» Durée: environ 45 minutes.

 

Les prix: la diversité des produits et les formules «tout compris» de certains magasins d’optique rendent quasi impossible tout comparatif sérieux. A titre informatif, Visilab propose un forfait pour 6 mois, comprenant 6 paires de lentilles progressives mensuelles, 6 produits d’entretien et au minimum 3 contrôles pour un coût de 350 fr. à 400 fr. Une assurance contre la perte et la détérioration des lentilles est incluse. Quant aux lentilles d’une durée de vie de 6 mois à un an, leur prix se situe entre 900 fr. et 1000 fr., avec adaptation comprise, mais sans produit d’entretien.

 

Avec l'opération, plus besoin de lunettes (ou presque)

Le principe: appelée Presbylasik, cette technique permet de remodeler la forme de la cornée, de manière qu’elle prenne le relais du cristallin en perte d’accommodation, pour améliorer la vision de près. En plein essor, elle s’adresse aux 50-60 ans. Inutile donc d’envisager une telle intervention à 43 ans, par exemple, d’autant moins si vous n’avez jamais porté de lunettes, puisque la presbytie va continuer à évoluer. L’objectif est de garantir un effet correcteur le plus longtemps possible.

 

Les avantages: l’opération au laser ne dure qu’une trentaine de secondes par œil et peut être réalisée en une fois pour les deux yeux. La durée d’adaptation pour la vision de près est très rapide. L’intervention peut traiter en même temps myopie et presbytie. Dans ce cas, la myopie de l’œil dominé (qui est dédié à la vision de près) ne sera pas entièrement corrigée. La différence entre les deux yeux est toutefois minime, afin de préserver une bonne vision binoculaire, qui sert à distinguer la profondeur du champ et les reliefs.

 

Les inconvénients: après l’opération, la vision de loin n’est pas immédiatement optimale. Elle se situe entre 60 % et 80 %, selon les patients. «Elle suffit pour conduire, même si elle n’est pas aussi bonne qu’avant l’opération, avec lunettes. Mais elle s’améliorera au fil des semaines suivantes, jusqu’à récupération complète», précise le Dr Jérôme Blondel. La phase de récupération est variable, de cas en cas. La sécheresse oculaire augmente. Un léger désavantage que pallient les larmes artificielles ou gouttes lubrifiantes. De plus, le recours aux lunettes peut s’avérer nécessaire, comme des verres de repos pour un conducteur hypermétrope ou pour un myope, amené à bricoler dans de mauvaises conditions d’éclairage.

 

Les nouveautés (ou presque): la pose d'implants multifocaux s'adresse aux individus âgés de plus de 55 ans ayant une presbytie plus évoluée. Actuellement, les implants intraoculaires multifocaux représentent une des techniques les plus sûres en matière de traitement de la presbytie. Ils sont positionnés à la place du cristallin que l'on retire, celui-ci n'étant pas forcément atteint de cataracte. Une simple anesthésie locale est pratiquée. Une certaine adaptation est nécessaire.

 

A votre première visite: prévoir une à deux heures pour l’entretien et l’anamnèse.

 

Les prix: Une opération au laser (Lasik) coûte 4600 fr. pour les deux yeux. Elle n’est pas remboursée, mais certaines assurances complémentaires la couvrent partiellement, selon le type de contrat.

Une intervention sur le cristallin sans cataracte (env. 8000 fr.) est entièrement à votre charge. S’il y a cataracte, l’assurance de base couvre l’intervention (4000 fr. env.), sauf le coût de la lentille intra-oculaire. En cas de presbytie et éventuellement d'astigmatisme associé, l’intervention sera peut-être remboursée partiellement par une complémentaire. Tout dépend encore de l'assurance et du contrat.

Sans surprise, les prix pratiqués à l’étranger sont nettement inférieurs. Mieux vaut donc se renseigner au préalable.

Presbytie: la révolution chirurgicale du Pr Yves Bokobza aux Editions Elcy Santé, prix conseillé: 26 fr., www.chirurgie-presbytie.fr

 

Lunettes et lentilles sur internet, à vos risques et périls

En France, en Belgique et au Luxembourg, de plus en plus de sites internet vendent lunettes et lentilles de contact, y compris à la clientèle suisse. Le prix est certes imbattable (jusqu’à 70 % moins cher promettent certains d’entre eux), mais l’achat n’est pas sans risque. Faute de mesures et de réglages pointus, les verres de lunettes risquent de ne pas être correctement centrés, provoquant un inconfort visuel et... de violents maux de tête. Un pari risqué, donc, si l’on sait que la vue est un sens essentiel à notre sécurité.

«Même si c’est rare, il existe des contrefaçons aussi pour les lentilles», prévient Mathieu Regamey, de Visilab Pully. Par ailleurs, chaque lentille nécessite un produit d’entretien spécifique. Changer de lotion nettoyante pour des raisons de coût peut aussi provoquer des allergies. Donc, la plus grande prudence s’impose!

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