Nos yeux: il n’y a pas d’âge pour voir clair sans lunettes

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Une patiente de 75 ans, qui portait des lunettes depuis plus de cinquante ans, n’en croit pas ses yeux. Alors qu’elle subissait une opération de la cataracte, le médecin en a profité pour corriger ses défauts de vision : « Voir sans lunettes, c’est comme marcher sans béquilles, s’exclame-t-elle. La liberté retrouvée ! » 

Depuis une vingtaine d’années, la chirurgie réfractive s’est en effet beaucoup développée. Cliniques et hôpitaux ophtalmiques disposent de diverses techniques permettant de corriger tous les problèmes de vue en seulement quinze à trente minutes. Les patients peuvent rentrer chez eux le jour même de l’intervention. Conditions pour bénéficier d’un traitement : avoir une vision stable depuis deux ans et ne souffrir d’aucune maladie de l’œil.

Utilisé pour les myopies et les astigmatismes faibles à modérés, le laser PRK agit sur la surface de la cornée pour en modifier la forme. Un autre laser (LASIK) est utilisé, après création d’un « volet » sur la surface de l’œil, pour traiter myopie, astigmatisme et hypermétropie. Il agit en profondeur en modifiant la forme de la cornée. Troisième sorte d’intervention : la pose d’implants intraoculaires. Ce sont des lentilles posées à la place du cristallin.

 

Les yeux des seniors

« L’œil est comme un appareil photo, explique Kate Hashemi, médecin associée, spécialiste en chirurgie réfractive et cornéenne à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin à Lausanne. L’œil a son système d’autofocus : quand vous regardez quelque chose de loin, puis dirigez votre regard vers un objet proche, des muscles se contractent pour changer la courbure du cristallin et accommoder votre vision. A partir de 40-45 ans, le cristallin de l’œil devient plus rigide et perd sa souplesse : c’est la presbytie. Avec le temps, les muscles essaient de changer la forme du cristallin, mais y parviennent de moins en moins bien. Il devient difficile d’accommoder sa vision selon la distance. J’opère alors la presbytie soit avec le laser, soit avec un implant. Vers 50-55 ans, le cristallin se rigidifie encore. Et, si le patient est à risque de développer la cataracte, si son cristallin devient jaunâtre, je remplace le cristallin par un implant qui corrige la presbytie. »

 

Diverses sortes d’implants

Les implants multifocaux permettent de bien voir à toutes les distances. Les inconvénients sont une légère perte de sensibilité aux contrastes et des halos autour des phares quand on conduit la nuit. D’autres implants augmentent la profondeur de champ. Ils sont moins performants pour voir de près, mais excellents pour une vision à distance. L’avantage, c’est qu’ils limitent les halos autour des lumières sans perte de contraste. 

L’opération elle-même est brève et indolore. Pour la chirurgienne, ce sont les examens et les entretiens préalables avec les patients qui prennent le plus de temps : « Je passe au moins deux heures avec chacun pour connaître son mode de vie, sa profession, ses hobbies. Si quelqu’un conduit beaucoup la nuit ou en hiver, comme un conducteur de car, je ne lui poserai pas un implant multifocal, mais un implant qui augmente la profondeur de champ. » 

La monovision consiste à opérer un œil pour la vision de près et l’autre pour la vision de loin, un compromis auquel le cerveau s’adapte généralement très bien. « Afin de choisir la méthode qui convient le mieux à chacun, poursuit Kate Hashemi, je propose au patient de se livrer, avant l’intervention, à une simulation de monovision. En portant des lentilles classiques pendant une ou deux semaines, il peut se rendre compte de ce que donnera l’opération. Pendant ce temps, je lui dis de vaquer à ses occupations habituelles, comme le sport, l’ordinateur, la conduite, la lecture. S’il est satisfait du résultat, c’est la technique que j’utiliserai. Sinon, j’opterai pour l’implant multifocal ou à profondeur de champ. »

 

Combien ça coûte ?

Les tarifs varient selon les établissements hospitaliers. Il faut compter entre 2500 fr. et 4600 fr. pour l’opération des deux yeux avec la technique du laser, entre 7000 fr. et 10 000 fr. pour des implants intraoculaires des deux yeux. Ces prix comprennent tous les tests, examens et consultations. Bon à savoir : quelques caisses maladie offrent à leurs assurés un rabais de 500 fr. ou 1000 fr. pour ces interventions. Enfin, certaines cliniques accordent aux patients la possibilité de payer à crédit. 

 

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Marie-Rose Giner-Guarino, 62 ans, gestion d’entreprise, Jorat-Mézières

« Pour moi, une nouvelle vie a commencé »

Myope dès l’adolescence, Marie-Rose Giner-Guarino portait des verres de contact depuis l’âge de 16 ans. A l’âge adulte, sa myopie a fortement augmenté. « Je supportais bien les lentilles, raconte-t-elle, mais je ne respectais pas les consignes. Je les portais plus longtemps que ce qui était préconisé et mes yeux en ont souffert. J’avais 45 ans quand l’ophtalmologue m’a conseillé de laisser tomber les lentilles pendant quelques années et de passer aux lunettes. A cette époque, j’envisageais déjà de me faire opérer. Je m’étais renseignée et je connaissais d’autres personnes qui avaient subi cette intervention.

J’ai donc pris ma décision en toute confiance, à 52 ans, alors que ma vision était stable depuis quelques années. A l’hôpital, je me souviens avoir regardé l’horloge au mur, juste avant d’être opérée. Sans lunettes, je ne voyais pas l’heure. Aussitôt après l’opération, je la voyais parfaitement. Pour moi, une nouvelle vie commençait ! Je n’ai pas ressenti la moindre douleur. J’ai dû mettre des gouttes dans les yeux pendant trois mois. Puis, lors d’un contrôle, le médecin a constaté que j’avais perdu un peu de vision dans un œil. Une nouvelle intervention a permis de corriger ce défaut. Je suis enchantée par le résultat. Le seul inconvénient que j’ai constaté, c’est quand je conduis la nuit : je suis plus facilement éblouie par les phares des voitures. »

 

 

 

Anne Montandon, 39 ans, artiste lyrique, Grandvaux

« Impensable de chanter sur une scène avec des lunettes ! »

Aujourd’hui, elle voit clair grâce à la chirurgie réfractive. Cette artiste lyrique qui a chanté sous la direction de grands chefs comme Michel Corboz, Ton Koopman et Daniel Barenboim, confie que, en cette période de Covid-19, la scène et le public lui manquent. Or, c’est justement pour son métier qu’elle avait choisi de se faire opérer, il y a deux ans : « J’étais myope et astigmate. Les lunettes n’étaient pas compatibles avec ma profession. Il est impensable de chanter sur une scène d’opéra avec des lunettes ! Même chose pendant un concert, car la lumière des projecteurs se reflète sur les lunettes et empêche le contact avec le public. C’est pourquoi j’ai porté des verres de contact pendant plusieurs années.

Mais mes yeux étaient de plus en plus secs. A la longue, les lentilles ont provoqué des irritations, ce qui m’a décidée à me faire opérer, il y a deux ans. La chirurgie au laser n’était pas douloureuse, mais j’ai eu mal le lendemain. J’avais l’impression d’avoir du sable dans les yeux et je ne supportais pas la lumière. Pendant deux jours, je suis restée au lit en gardant les yeux fermés. Heureusement, ma maman est venue me tenir compagnie et s’occuper de moi. C’est le conseil que je donnerais à ceux qui vont se faire opérer : ayez quelqu’un à votre côté les jours qui suivent l’intervention ! Au début, ma vision était un peu trouble et, au bout de dix jours, je voyais parfaitement. Pendant six mois, j’ai dû mettre des gouttes dans les yeux et porter des lunettes de soleil dès que je sortais, car j’étais vite éblouie. »

 

Marlyse Tschui

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