Vous prendrez bien un thé... au Japon?

Derrière les cerisiers en fleur, le château de Himeji, l’une des trois forteresses en bois encore existantes au Japon. © S.R.Lee Photo Traveller 

Le réalisateur Maximilien Dauber nous emmène dans l'Empire du Soleil levant. Son film présenté par Exploration du monde dévoile l’âme mélancolique de cette nation, loin de la folie  des temps modernes. 

C’est le plus nordique de tous les singes du monde: le macaque japonais. Vivant dans le nord du pays, il n’hésite pas à se réchauffer dans les sources thermales quand la température chute en dessous de 5 degrés. Dès l’ouverture de son film, le cinéaste Maximilien Dauber donne le ton de sa balade dans l’Empire du Soleil levant. Elle se déroule paisiblement, loin des néons, de la haute technologie et de la folie des mégapoles. C’est bel et bien à une promenade hors du temps, entre temples cachés dans la campagne, petits villages et geishas qu’il convie les fidèles d’Exploration du Monde.

Intitulé Un thé au Japon, le documentaire est empreint d’une douce nostalgie, comme dans la plupart des films de cet auteur d’ailleurs. Spécialiste du Sahara et de l’Egypte, Maximilien Dauber reconnaît spontanément un parti pris: «Mon goût du passéisme traverse la plupart de mes films et il me semble nécessaire de porter un regard sur le passé pour mieux comprendre l’avenir.»

Une part de rêve

Les commentaires accompagnant ces images superbes sont d’ailleurs révélateurs. Alors qu’il évoque avec douceur son amour du Japon éternel, des paysages immaculés, des jardins zen et des traditions ancestrales, le cinéaste bascule dans un autre registre pour évoquer une société moderne, un «monstre» où la «frivolité» de la jeunesse saute aux yeux. Il reste toutefois persuadé que tous les Japonais cultivent cette nostalgie: «Qu’on ne s’y trompe pas; au cœur de cette modernité, il cultive son jardin posé sur un minuscule balcon, où reposent l’indispensable parc miniature et son bonsaï qui lui permettent de rêver.»

Ce qui fait donc s’évader voyageurs et Japonais d’aujourd’hui est à chercher du côté du mont Fuji, de ces hameaux, où les artisans travaillent comme il y a des centaines d’années, et des campagnes encore traversées par les cinq anciennes routes impériales, du temps où Tokyo s’appelait encore Heido. Des lieux que «le peintre Hokusai aimait représenter dans ses estampes. C’est un de mes artistes préférés», confie Maximilien Dauber.

Et que serait le Japon sans ses geishas? Pour la caméra, une photographe du journal L’Equipe a accepté de prêter son visage et son corps pour une séance impressionnante de maquillage du visage, du haut du buste et de la nuque. Aujourd’hui, le fond de teint blanc ne comprend plus de plomb, mais est élaboré à base de poudre de riz. Il est appliqué en lourde couche sur une peau préalablement enduite d’huile, avant d’être lissé avec une éponge. Les apprenties geishas ont seulement la lèvre inférieure colorée en rouge pour les différencier de leurs aînées.

Une question d’obi

Attention, ces dames ne sont pas des prostituées, mais des hôtesses versées dans tous les arts traditionnels. Pour reprendre la formule, «elles n’ont aucune obligation de partager l’oreiller». La différence est seulement perceptible à l’obi, ce nœud qui s’attache dans le dos pour les premières et sur le devant du kimono pour celles qui font commerce de leur corps.

Titre du film oblige, un chapitre est évidemment consacré à la fameuse cérémonie du thé, un rituel codifié au XVe siècle déjà et qui peut durer, pour les puristes, jusqu’à quatre heures. Etre zen est la première qualité requise pour maîtriser cet art qui a séduit des amateurs dans le monde entier par son caractère intemporel. Maximilien Dauber fait sans doute partie du lot, lui qui avoue tout aimer au Japon: «Ce pays est une autre planète où j’aurais aimé naître et vivre.»        

Jean-Marc Rapaz

 

0 Commentaire

Pour commenter