Question d'âge, comment vieillit-on ailleurs ?

 Julia Mourri et  Clément Boxebeld, deux globetrotteurs pas comme les autres
© Jerome Panconi

Deux trentenaires scandalisés par les représentations négatives de la vieillesse sont partis à la découverte des vieux de la planète. Comment vit-on ailleurs l’avancée en âge ? Parfois bien mieux que par chez nous. Tour de piste.

Ils ont eu du mal à comprendre dans quel monde ils vivaient, Julia Mourri et Clément Boxebeld, pas encore trentenaires. Ils avaient noué avec leurs grands-parents des relations très complices, au point d’aborder, avec eux, des questions intimes sur leurs techniques de drague ou de les filmer dans leurs gestes quotidiens de vieilles personnes. Ils les trouvaient vivants, drôles, libérés de la peur du regard de l’autre ; bref, ils se sentaient bien en leur compagnie. Et, dans le même temps, ils entendaient partout les vieux présentés comme une menace pour les jeunes générations et la vieillesse comme une étape de la vie rimant uniquement avec dépendance, perte, naufrage, dépression ...

Pourquoi un tel décalage entre les gens âgés, et plutôt bien dans leur peau, qu’ils côtoyaient et ces représentations sinistres véhiculées dans les médias et le bouche à oreille ? Et, surtout, pourquoi un tel dénigrement des aînés à un moment démographique où il faudrait justement que les générations apprennent à se regarder telles qu’elles sont ? Sans a priori ?  « Ces constats nous ont donné envie de parler des gens âgés de façon différente, un peu moins triste, avec humour », explique Clément Boxebeld. Pendant un an, lui et sa comparse Julia ont sillonné la planète pour comprendre comment on vieillit au Japon, en Chine, en Inde, au Brésil, en Colombie, aux Etats-Unis, au Canada, au Sénégal, en Afrique du Sud et dans plusieurs pays d’Europe. « On a interrogé des experts de toutes les disciplines, anthropologues, sociologues, médecins, etc., et établi des contacts avec des entrepreneurs sociaux qui montent des projets impliquant des personnes âgées qui n’existent pas chez nous. » En 2017, les deux globe-trotteurs quittent leurs pénates (en France), leur travail respectif (de photographe pour l’un et de communicante pour l’autre) et s’envolent pour leur tour du monde de la vieillesse avec l’intention de ramener de la matière pour un livre et des vidéos. Objectif réussi. Ils ont glané de quoi changer le regard sur la vieillesse, montrer comment vivre tous ensemble sans conflit de générations et goûter à la vie jusqu’au bout. 

 

Leur palmarès de cœur

« Dans la catégorie des actions qui nous ont particulièrement emballés, il y a celles qui accordent une place aux personnes âgées comme actrices du progrès de la société. Je pense notamment à Grandmother Project au Sénégal, raconte Clément Boxebeld. L’idée est de sensibiliser les grands-mères aux problèmes de l’excision, des mariages précoces et forcés et de les inviter à jouer de leur influence dans les familles pour permettre aux jeunes filles de poursuivre leurs études, en échappant à ces destins. Les ONG se sont rendu compte que ces femmes étaient indispensables pour faire évoluer les mentalités et les pratiques. »
Autre projet qui a enthousiasmé les deux voyageurs : une maison multigénérationnelle en Allemagne. Un complexe de 10 000 mètres carrés qui rassemble une grande terrasse, un jardin, un café, un restaurant, un accueil de jour pour les personnes âgées et une garderie. Chaque jour, 600 personnes fréquentent l’endroit. « Quand on parle d’intergénérationnel, on a souvent en tête des tout-petits qui se mélangent avec des très vieux. L’exemple type, c’est la crèche en face de la maison de retraite. C’est émouvant, mais surtout symbolique. Dans la maison de Salzgitter, toutes les générations sont représentées, car elles se retrouvent autour de la nourriture, une bonne cuisine pas cher. » Des liens se créent, du bénévolat s’organise, l’isolement se dissipe. Le succès du lieu a amorcé une dynamique dans d’autres Länder. Il existe aujourd’hui plus de 540 maisons multigénérationnelles en Allemagne, financées par les régions. »

Au terme d’un an, Julia et Clément sont rentrés en France avec la conviction qu’il fallait témoigner de la pluralité de la vieillesse. Et balayer l’idée absurde d’une limite d’âge au-delà de laquelle notre ticket pour la vie ne serait plus valable.

 

           Véronique Châtel


Et si les vieux n’avaient pas envie de changer de mode de vie ?

Ce paysan chinois de 87 ans bêche sa terre depuis soixante-dix ans et n’a pas envie d’arrêter au prétexte qu’il est vieux. Il aime ça et alors ?

 

Si les vieux n’étaient pas nostalgiques ?

Au Sénégal, les grands-mères se moblisent pour l’avenir et remettent en cause les traditions imposées aux jeunes filles.

 

Et si les vieux n’étaient ni aigris ni rigides ?

En Belgique, les vieux se mobilisent pour offrir un avenir aux jeunes qui galèrent à trouver du travail et font voler en éclats l’idée d’un conflit entre générations.

 

Et si les vieux n’étaient pas usés ? 

En Afrique du Sud, des grands-mères se sont mises au foot sur le tard, et cette activité est désormais vitale pour elles.

 

Et si les vieux n’étaient pas inaptes au travail ?

En Inde, les personnes âgées travaillent pour une durée infinie … Et inventent des systèmes d’échange de services.

 

Et si les vieux adoraient sortir de l’entre-soi ?

A Salzgitter, dans la première maison multigénérationnelle d’Allemagne, les vieux créent des liens et vivent au présent.

 


Oldyssey, un tour du monde de la vieillesse, Julia Mourri, Clément Boxebeld, Editions Seuil

www.odlyssey.org

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