Nuits blanches sur la Baltique

Le cœur historique de Tallinn, capitale de l’Estonie, est exceptionnellement bien conservé. Sa silhouette singulière se voit de loin, depuis la mer comme depuis l’intérieur des terres. © Richard Cavalleri

En été, le soleil de minuit brille sous les latitudes nordiques. L’occasion de passer plus de temps à admirer des villes comme Tallinn, Helsinki et Saint-Pétersbourg, voisines géographiquement, mais tellement différentes. 

Une fois les beaux jours arrivés dans les pays nordiques, la nuit découche. Elle délaisse ses draps de satin noir et nous incite à en faire autant. Au lieu de tomber dans les bras de Morphée, on se laisse éblouir par les sirènes d’un jour sans fin. Ce clair-obscur offre aux villes du Nord un relief et un charme qui leur sont propres. Si personne n’appuie sur l’interrupteur du jour et de la nuit, c’est certainement pour que l’on puisse profiter un peu plus longtemps de leur beauté féerique.

C’est tout particulièrement vrai à Tallinn, Helsinki et Saint-Pétersbourg, toutes trois bercées par les eaux de la Baltique, cet ancien lac devenu mer après que les glaciers se furent retirés. Trois cités qui, une fois reliées les unes aux autres sur une carte, dessinent un triangle sur les eaux du golfe de Finlande, à l’extrémité est de la mer Baltique. Une sorte de triangle d’or de l’Europe du Nord. Car si la géographie les veut voisines, les méandres historiques et culturels des pays respectifs où elles se trouvent, soit l’Estonie, la Finlande et la Russie, les ont éloignées. Une aubaine pour le touriste, qui passe sans transition – et sans faire trop de kilomètres! – d’un univers à un autre...

Tallinn, harmonie entre passé et présent

A Tallinn, le moderne a trouvé sa place aux côtés de l’ancien dans une sorte d’harmonie respectueuse. Galeries d’art contemporain et cafés dans l’air du temps y partagent la vedette avec les tuiles rouges des toits qui chapeautent des façades colorées, avec les girouettes qui tournent au vent, ou encore avec les tourelles millénaires qui semblent encore monter la garde. De couleur sable et vieux de sept cents ans, les remparts de cette cité médiévale aux rues pavées en font l’une des plus anciennes forteresses d’Europe du Nord. Aujourd’hui, 27 tours sont encore debout. Celles de Paks Margareeta, de Pikk Hermann et de Kiek in de Kök valent vraiment le coup d’œil. Rien d’étonnant, donc, de retrouver le centre historique de la capitale estonienne classé au Patrimoine mondial de l’Unesco! On s’arrêtera aussi à la cathédrale Alexandre-Nevski, dont les clochers sont surmontés de bulbes, dans la plus pure tradition des basiliques orthodoxes russes, mais aussi à l’église luthérienne du Dôme. La place médiévale de l’hôtel de ville, très animée en été et la rue Pikk – la plus ancienne de la ville qui rallie le port – sont dignes d’un intérêt tout particulier. Et que dire du château de Toompea, posé sur la colline éponyme, dont l’architecture aux influences étrangères multiples surplombe Tallinn? Le parc de Kadriorg, le plus grand de la ville, avec ses jardins à la française et ses anciennes demeures ou encore la plage Pirita, dont le sable fin s’étale à perte de vue, sont autant de trésors de la nature à découvrir. Et si on a encore un peu de temps, on fera un détour par le parc national de Lahemaa, écrin de verdure situé à 70 km de Tallinn, duquel s’échappent des plages protégées.  

Helsinki, balades culturelles et naturelles

Avec ses 38 parcs, ses multiples canaux et sa baie de Töölö, Helsinki représente, à la belle saison, une douce invitation aux balades. A pied, à vélo, ou en bateau. Par exemple jusqu’à l’île de Suomenlinna, où se dresse une imposante forteresse.

Mais avant d’aller voir ce qui se passe au large, on commencera par arpenter les rues de la capitale finnoise, qui compte près de 30 musées ou galeries d’art! Le plus connu d’entre eux est l’Ateneum, qui réunit des œuvres d’art finlandaises et internationales du XIXe siècle à nos jours. Vous pourrez peut-être aussi pousser la porte du Musée national, qui expose de belles collections ethnologiques d’objets, ou le Raitioliikennemuseo, le musée du tramway, qui nous plonge dans le passé.

Une vie culturelle fourmillante qui se prolonge dans les venelles de cette capitale à taille humaine, sevrée de buildings gigantesques. En lieu et place, on peut admirer des trésors architecturaux d’Art nouveau. Tout aussi incontournable est la place du marché (qui se tient tous les matins sauf le dimanche), où se trouvent l’hôtel de ville et le palais du président. Ainsi que la place du Sénat, symbole d’Helsinki, avec la resplendissante cathédrale Tuomiokirkko. Toujours proche du centre, arrêt obligatoire à la cathédrale Ouspenski. Puis, après s’être attardé à la terrasse d’un café, on pourra se rendre à l’église du Rocher, taillée à même la... roche, pour y écouter un gospel interprété par des Blancs. Et pourquoi ne pas visiter le superbe atelier du peintre finlandais Gallén-Kallela, à l’ouest de la ville? A Helsinki, la culture est à chaque coin de rue.

Saint-Pétersbourg, un décor théâtral

De l’audace de Pierre le Grand est née la plus grande ville de Russie. Bâtie sur le delta de la Neva, Saint-Pétersbourg – jadis Petrograd, puis Leningrad – a été la capitale des tsars durant deux cents ans. Un héritage que nul visiteur ne saurait ignorer en se baladant dans ces rues aux somptueux détails architecturaux. Les joyaux baroques côtoient des églises surchargées que l’on croirait presque sorties d’un conte de fées, et les canaux sont enjambés par de majestueux ponts, comme le Troïtski. Cette «Venise du Nord» compte pas moins de 4000 monuments aux styles très variés et 250 musées. Un vrai décor de théâtre! Autant dire que l’incontournable Ermitage, l’un des plus grands musées du monde, a été taillé à la mesure de la démesure de cette ancienne capitale des tsars. Imaginez plutôt: un bâtiment principal aux contours rococo composé de 1057 pièces! On s’y presse pour admirer notamment des œuvres de Léonard de Vinci, de Botticelli, de Rembrandt, de Matisse, ou encore de Degas. Puis, de la cathédrale Saint-Isaac, aux divines coupoles recouvertes d’or, on emprunte la perspective Nevski, une avenue rectiligne qui a su conserver ses magnifiques façades de l’époque impériale pour  devenir l'artère commerçante la plus animée, le centre de la vie culturelle et nocturne. Le numéro 12 abrite l’appartement du poète Pouchkine, le 17 le palais baroque Stroganov, devenu une filiale du musée russe. A chaque édifice, une nouvelle surprise...

Bref, le soleil de minuit ne sera pas de trop pour découvrir les mille et un trésors d’une ville qui mérite d’être visitée.

Frédéric Rein

 

Vous aimez la soupe?

Les voyages forment la jeunesse, dit-on, mais aussi le palais! Passer de Tallinn à Helsinki, puis à Saint-Pétersbourg, c’est l’occasion de goûter à différentes spécialités. Des soupes roboratives, beaucoup de soupes... Dans la ville des tsars, le chou est très présent, notamment dans le chtchi, l’un des grands classiques à la saveur généralement acidulée. On y déguste aussi des brochettes de porc marinées dans du lait fermenté, parfumées à l'oignon ou au vinaigre (shashlick) et des poissons (saumon, hareng, maquereau) fumés ou salés. En Estonie, les soupes (avec petits pois, lentilles, gibier ou encore à base de poissons mixés avec des légumes et de la crème) s’accompagnent de beignets, pain de seigle ou noir. Le sprat – une espèce de poisson voisine du hareng – peut aussi se déguster cru, mariné dans la saumure et les épices.

Une fois en Finlande, les bols se remplissent également souvent de soupes, notamment aux chanterelles ou au chou, et les assiettes de ragoût de renne ou de poissons. En dessert, tentez la runebergintorttu, une pâtisserie aux amandes et au rhum. Bon appétit!

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