L’orang-outan, un grand singe pas comme les autres

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Le singe roux est victime de la déforestation qui se produit à Bornéo et à Sumatra, les deux îles où il vit encore à l’état sauvage. Le spécialiste Marc Ancrenaz nous en parle.

Avec ses grands yeux qui lui confèrent un regard placide teinté d’interrogations, sa calvitie naturelle et ses poils hirsutes, l’orang-outan ne peut que nous attendrir. Mais ce que loue avant tout le vétérinaire français Marc Ancrenaz, directeur scientifique de HUTAN, un programme de conservation des orangs-outangs à Bornéo, c’est « sa personnalité exceptionnelle et son intelligence rare (NDLR, les mâles ont la capacité de planifier un itinéraire 24 heures à l’avance et de l’indiquer par leurs cris à leurs congénères, aptitude qu’on a longtemps cru réservée à l’homme) ». Et le spécialiste de poursuivre : « A la différence des autres hominidés actuels, il n’est pas grégaire, le père ne participant d’ailleurs pas à l’élevage de sa progéniture. Du coup, c’est captivant d’étudier son mode de vie, qui est vraiment distinct du nôtre. Cela dit, comme il se déplace dans la canopée, il est très difficile à repérer. » Marc Ancrenaz sait de quoi il parle, puisqu’il les observe dans la forêt de Bornéo depuis plus de vingt ans. « Je reste fasciné face aux processus d’émancipation et d’apprentissage des jeunes, qui restent neuf à treize ans avec leur mère, apprenant à se nourrir (sur notre site, plus de 400 espèces de plantes sont consommées) ou à se déplacer au sommet des arbres, ce qui n’est pas évident quand on pèse 40 à 50 kilos. »

 

Plus que 40 000 à 100 000 individus sauvages

Mais pour combien de temps encore ce spécialiste aura-t-il le privilège de les admirer ? Car le sort de notre proche cousin est aujourd’hui incertain. L’« homme de la forêt » (traduction du malais) — qui ne vit à l’état sauvage que sur les îles asiatiques de Bornéo et de Sumatra (en 2017, une troisième espèce a été décrite au nord de Sumatra : l’orang-outan de Tapanuli) — est une des espèces de grands singes la plus menacée de la planète, puisque sa population totale est estimée de 40 000 à 100 000 individus, soit une diminution d’au moins 80 % en septante-cinq ans. Le bois tropical des forêts qu’il fréquente est coupé pour être revendu à prix d’or en Occident, avant que ne soient replantés des palmiers qui servent à produire la fameuse et tant décriée huile de palme. A cela s’ajoute le taux de natalité le plus faible de tous les mammifères actuels : un petit tous les six à neuf ans ! En danger critique d’extinction, le singe roux voit donc son avenir s’écrouler au même rythme que les arbres sur lesquels il aime se balancer. A l’inverse, les centres de réhabilitation qui lui sont consacrés — dont l’un d’eux se trouve notamment sur la route entre Penang et Kuala Lumpur, en Malaisie — se remplissent, que ce soit avec des animaux perdus, blessés ou même des jeunes abandonnés par leur mère.

 

Un avenir possible

Comment Marc Ancrenaz perçoit-il l’avenir des orangs-outans ? « Ces singes sont bien plus « plastiques » et adaptables que ce que nous pensions, répond-il. Cette espèce pourrait tout à fait survivre dans des milieux anthropiques, à partir du moment où elle n’est pas menacée par la chasse, qu’il reste un minimum de couvert forestier et que l’homme apprenne à cohabiter en paix avec elle. Il ne faut pas croire ce que l’on dit à propos de son extinction annoncée, certaines populations étant stables ou en augmentation, surtout dans la partie malaisienne de l’île de Bornéo. Néanmoins, si les méthodes de développement agraires ne sont pas améliorées rapidement, des dizaines de milliers d’entre eux pourraient disparaître d’ici à cinquante ans. Comme leur préservation et celle des autres ressources naturelles sont nécessaires à la survie de l’homme, cela fait d’autant plus réfléchir … »              


 

La Suisse lutte aussi pour sauvegarder les orangs-outans

Bien que les milieux naturels dans lesquels vivent les orangs-outangs se trouvent à des milliers de kilomètres de la Suisse, celle-ci participe bel et bien à leur sauvegarde, notamment grâce à ses deux parcs animaliers les plus emblématiques : Bâle et Zurich. L’un comme l’autre présentent quelques individus de l’espèce de Sumatra et ont d’ailleurs eu des naissances. Outre leur participation au programme européen d’élevage, ces deux établissements soutiennent des projets de protection de ces singes, que ce soit à Bornéo s’agissant de Bâle — par le biais, notamment, du programme HUTAN — ou à Sumatra concernant Zurich, qui collabore entre autres avec la Fondation suisse PanEco, dont le but est de préserver les dernières forêts pluviales dans le nord de Sumatra, où se trouve la plus grande concentration d’orangs-outans du monde. L’avenir du singe roux passe donc aussi par la Suisse.

 

   Frédéric Rein

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