Eblouissante et éternelle Pétra

© Pachaio Caipi

Habitée depuis la préhistoire entre la mer Rouge et la mer Morte, cette antique cité en Jordanie fut un carrefour majeur entre l’Arabie, l’Egypte et la Syrie-Phénicie.

D’ aucuns veulent voir Naples et mourir. Pour moi, c’était Pétra », sourit Nadia — une sexagénaire montreusienne — en extase devant l’un des plus beaux sites du Moyen-Orient. A lui seul, il justifierait son voyage en Jordanie. « Au cinéma, j’avais été fascinée par le fabuleux tombeau à colonnades devant lequel Indiana Jones se lançait à cheval à la poursuite du Saint Graal (NDLR, une scène culte de La dernière croisade) », ajoute encore notre bourlingueuse en baskets et sac à dos. 
Ignorerait-elle que, avant Hollywood, Agatha Christie — également fascinée par ce cadre — avait situé l’action d’une nouvelle et de son roman Rendez-vous avec la mort, en 1937 ? Hergé — dans Coke en stock — n’a pas manqué non plus de parachuter Tintin dans ce décor biblique abandonné au VIIe siècle après avoir été gravement endommagé par un séisme. Détail intéressant : c’est un Bâlois, Johann Ludwig Burckhardt, qui l’a redécouvert en 1812. Cet archéologue est aujourd’hui considéré comme le fondateur du tourisme local, un quasi-héros national au royaume hachémite.

 

Habile mise en scène

Naturellement théâtralisée, la révélation du monument emblématique se mérite au terme d’une traversée du Siq, un canyon pourvu d’un antique système de canalisations, aujourd’hui à sec. Chemin faisant, on comprend pourquoi les Nabatéens avaient choisi ce cirque minéral pour l’édification d’une mégapole promise à la prospérité.
Le prologue s’achève au fond du goulet, lorsque les parois abruptes s’écartent comme un rideau d’opéra pour dévoiler, enfin, la huitième Merveille du Monde (selon un récent sondage planétaire mené sur internet), bien évidemment inscrite au patrimoine mondial par l’Unesco.
L’émotion ressentie au pied des 43 mètres de ce Khazneh (tombeau) supporte la comparaison avec les grandioses constructions égyptiennes. Et, comme s’il en fallait encore, s’ensuit une enfilade de 800 autres monuments taillés dans la roche : tombes royales, théâtre romain, temples et palais !
Vous avez dit « théâtre » ? A quelques pas, celui creusé dans l’Antiquité par les Edomites — puis occupé vers le VIe siècle avant J.-C. par les Nabatéens — pouvait accueillir jusqu’à 6000 personnes, notamment pour des cérémonies religieuses. Les Romains l’ont modifié à leur goût, comme en témoignent les statues de marbre qui le décoraient, exposées au musée voisin.

 

Désert vivant

Menacé de saturation, l’œil exige une pause. Il la trouvera à deux heures de route au sud-est de Pétra, dans les vastes étendues désertiques du Wadi Rum, décor naturel d’un autre film encore : Lawrence d’Arabie. C’est bien là, face aux Sept piliers de la sagesse, que le lieutenant anglais rédigea son best-seller autobiographique.
A l’intéressant Visitor’s Center, on apprend que les sables rouges et jaunes recouvrent une immense nappe phréatique fossile (entendez : une eau d’une grande pureté — hélas non renouvelable — que d’aucuns voudraient pomper). Leitmotiv de toute conversation jordanienne, le lancinant problème de la pénurie hydraulique et de la fragilité des ressources ressurgit ainsi en plein désert.                


Vers la fin d’un scandale ?

Si Pétra attire des centaines de milliers de visiteurs par an, c’est aussi le théâtre d’une grande souffrance animale. On recense quelque 1300 ânes, chevaux, mules et chameaux affectés au transport quotidien des touristes sous un soleil de plomb. Malgré la récente installation d’aires de repos et d’une clinique vétérinaire, ces équidés ont été trop longtemps maltraités, contraints à emprunter des chemins escarpés, parfois glissants.
Heureusement, leur triste condition est en passe de s’améliorer. Leurs propriétaires peu scrupuleux s’exposent désormais à des sanctions. Surtout, à l’initiative du prince saoudien Khaled ben Walid — devenu végane et engagé pour le bien-être animal — des voiturettes électriques devraient enfin remplacer les bêtes de somme pour trimballer les touristes paresseux. Ces derniers ne savent pas ce qu’ils manquent, car explorer le site à pied est une expérience unique, nécessitant néanmoins un bon sens de l’orientation et quelques précautions en raison de la roche (grès) très friable.

 

  Bernard Pichon

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