Dans les Pouilles, au pays des trulli

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Ces charmantes maisons-champignons, uniques au monde, témoignent du lointain passé de cette région du sud de l’Italie. Visite guidée.  

Avec leurs chapeaux ronds et pointus en tuiles calcaires assombries par les rayons du soleil, ces maisons-champignons étroitement serrées nous plongeraient presque dans un conte de fées où l’on s’attend, à chaque instant, à voir surgir des personnages de fiction. D’autant plus qu’elles sont décorées de marques mythologiques ou religieuses singulières faites de cendres blanches et d’un pinacle où figurent les armoiries familiales, supposées éloigner le mauvais sort. Pourtant, les trulli représentent bel et bien une réalité architecturale. Ces huttes atypiques en pierre sèche, chaulées d’un blanc très méditerranéen, sont même devenues le symbole des Pouilles, région du sud de l’Italie. Et plus particulièrement de la vallée d’Itria, entre Bari et Brindisi. « Les trulli renvoient à une image traditionnelle, à une culture populaire et familiale, confirme Stefano Giotta, guide local. Y déambuler revient à entamer un voyage dans le temps qui permet de s’imprégner de la communauté agricole qui habitait ici à l’époque. » 

 

Ces petites maisons centenaires ramènent en effet les visiteurs au XIVe siècle, quand a débuté leur construction. Un seigneur forçat alors des agriculteurs à s’installer là pour y travailler la terre. Ils prirent la roche calcaire qu’ils trouvèrent pour en faire les murs, à double épaisseur de blocs de pierre, et les toits des trulli. De quoi assurer une excellente isolation, été comme hiver. Leur conception a pour particularité de ne pas faire appel à un mortier, technique héritée de la préhistoire, et vraisemblablement venue de Turquie. « Il y avait deux raisons à cela, détaille Stefano Giotta. La première est que, au début, ces édifices servaient seulement de lieu de repos pour le bétail ou d’entreposage momentané du matériel agricole. La seconde tient au fait que les paysans qui ont commencé à les habiter pouvaient ainsi facilement les démanteler, ce qui leur permettait d’échapper au paiement des impôts sur les établissements et habitations ! »

 

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Alberobello, la « Mecque » des trulli

Ces maisons uniques au monde, dont le plan d’habitation résulte des besoins et du nombre de membres dans les familles de l’époque, sont dotées d’une mezzanine qui joue le rôle de chambre à coucher — exception faite du trullo Sovrano, qui compte deux vrais étages. Aujourd’hui, certains trulli servent encore parfois d’entrepôts ou de logements, essentiellement pour des seniors (les jeunes étant souvent partis chercher du travail ailleurs), garants de la 
tradition comme de leur maintien en bon état. Les touristes en profitent aussi pleinement, car plusieurs d’entre eux ont été transformés en chambres d’hôtes, voire, à Alberobello, la « Mecque » des trulli, en échoppes de souvenirs. 
Positionnée à flanc de colline, cette ville en rassemble plus de 1500. Cette concentration singulière lui a valu un classement au patrimoine mondial de l’Unesco et une grande fréquentation, surtout en été. Elle abrite également le Museo del Territorio, constitué d’une quinzaine de trulli reliés entre eux. L’occasion de mieux comprendre les traditions locales liées à ces habitations, que l’on retrouve également ailleurs dans la vallée d’Itria, comme le long de la route SS 172, entre Alberobello et Martina Franca, où elles partagent les terres avec des oliviers, des vignes, des arbres fruitiers et, sur les hauteurs, des villages perchés. Un vrai et beau condensé d’Italie. 

 

Frédéric Rein   

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