Toutes les familles du cirque Knie

© Wollodja Jentsch

Sur scène et en coulisse, des collaborateurs perpétuent la magie du spectacle depuis plusieurs générations.

Depuis près de cent ans, enfants, parents et grands-parents s’installent sur les gradins du cirque Knie pour admirer des prouesses artistiques en tout genre. Autour de la piste aux étoiles gravitent pourtant d’autres familles: celles qui donnent vie au spectacle.

 

Il y a bien sûr ceux qui ont donné leur nom au cirque et qui gèrent l’affaire, mais Knie c’est aussi des familles d’acrobates, monteurs de chapiteau ou encore soigneurs d’animaux qui font marcher l’entreprise depuis plusieurs générations.

 

A quelques heures d’une représentation donnée à Lucerne, trois familles ont accepté de nous raconter leur vocation.

 

Laura et Rebecca Fratellini (3 et 33 ans)

Descendante du célèbre trio de clowns Fratellini, Rebecca est la première génération de sa famille à vivre sa passion du cirque en dehors de la scène. Elle a commencé sa carrière chez Knie il y a 15 ans, en tant que soigneuse d’animaux, et depuis elle n’en est jamais partie.

Le cirque est aussi devenu son espace de vie puisque la jeune femme y a rencontré son époux, un monteur de chapiteau, fidèle lui aussi aux Knie depuis 17 ans.  «Nous travaillons ensemble mais il est souvent en déplacement pour préparer la tournée. » Une distance qui demande une certaine organisation depuis la naissance de Laura. « Quand elle ne marchait pas, je pouvais l’emmener aux répétitions et elle observait mon travail depuis sa poussette. Maintenant c’est plus compliqué. »

Rebecca peut toutefois compter sur l’aide de ses pairs. « Cette année, c’est l’épouse d’un artiste russe qui garde ma fille quand je suis en entraînements ou en soins. » Le reste du temps, la fillette traîne dans le sillage de sa maman.

Si elle fière de perpétuer la tradition, la soigneuse n’obligera pas sa fille à faire du cirque. « Cette vie n’est pas toujours facile. Certains artistes doivent parfois tirer un trait sur leur carrière suite à une blessure. J’aimerais en priorité qu’elle apprenne un métier. Ensuite, libre à elle de choisir. »

 

Sheila et Willer Nicolodi (28 et 55 ans)

Issu d’une famille d’acrobates depuis sept générations, Willer Nicolodi admet n’avoir pas vraiment choisi cette voie. « Quand on est jeune, on est forcément émerveillé par ce monde un peu particulier, alors on ne dit pas non quand on nous propose d’essayer. »

Il a ainsi fait ses premières acrobaties à l’âge de 10 ans, chez Knie, et a virevolté dans les airs aux côtés de ses frères pendant près de 30 ans. Jusqu’à ce qu’un changement s’impose. « J’ai eu envie de développer mon talent à moi. » Ce talent, il l’a trouvé dans la ventriloquie. « Quand j’ai annoncé ma reconversion, tout le monde s’est moqué, y compris ma femme »

Aujourd’hui, c’est dans le public que Willer déclenche les fous rires aux côtés de sa poupée Joselito et c’est désormais sa fille Sheila qui crée la surprise avec ses performances en danse acrobatique le long d’une barre. « J’ai toujours su que je voulais être sur scène mais j’ai longtemps cherché une discipline dans laquelle je me sente bien. C’est finalement dans le pole acrobatique que j’ai trouvé mon talent. »

Néanmoins, Sheila envisage déjà ce qui pourrait être sa future reconversion. « Un jour, je deviendrai trop vieille pour faire ce genre de spectacles. Je pourrais évoluer dans une autre discipline du cirque mais je me verrais bien donner des cours ou ouvrir mon propre studio de pole. »

En attendant, Willer admire les efforts de sa fille et vit son émancipation par procuration. « J’ai toujours voulu essayer de faire autre chose mais c’est difficile. C’est comme une grande famille. Quand on quitte cet univers, on ressent un vide terrible. »

 

Ivan et Frédy Knie Junior (14 et 68 ans)

Chez les Knie, poursuivre sa carrière dans le cirque n’est pas seulement une question de métier; c’est aussi être le garant de l’avenir pour l’entreprise. Pour Frédy junior, formant la sixième génération à la tête du cirque avec son cousin Franco, la continuité de Knie ne tient qu’à un mot: la passion. « Ce métier demande un investissement total. On ne le fait pas par obligation mais parce qu’on l’a choisi. Sans passion, on irait droit à l’échec. »

Son petit-fils Ivan en sait quelque chose. A seulement 14 ans, il dégage autant d’assurance en interview que sur scène avec les chevaux. « Même s’il y a des jours où je me sens découragé, je ne baisse jamais les bras. J’aime le cirque et je donne le meilleur de moi-même pour faire les choses bien. Si un jour j’échoue, je ne pourrai pas m’en vouloir. »

La jeune génération semble donc prête à prendre la relève. Reste pourtant un véritable défi pour les Knie : « Du temps de mon père, il y avait beaucoup moins de divertissements, explique Frédy. Aujourd’hui l’offre est vaste. Pour perdurer il faudra sans cesse offrir le meilleur spectacle possible. »

 

Barbara Santos

 

0 Commentaire

Pour commenter