Théâtre : Que savons-nous de nos paysans ?

Certains qualifieraient cela comme le choc des cultures. La rencontre entre le théâtre et le secteur agricole peut effectivement surprendre. Mais la metteuse en scène Isabelle-Loyse Gremaud est justement une spécialiste d’un art proche de la réalité.

Nous ne me verrez jamais monter un Tartuffe ou tout autre classique et dire que c’est une pièce actuelle. » Le ton est donné d’emblée. Fondatrice de la compagnie fribourgeoise Production d’Avril, Isabelle-Loyse Gremaud regarde le monde autour d’elle. Après la bière et la fermeture de la Brasserie Cardinal, les réfugiés et les spectateurs de théâtre, cette comédienne, âgée de 52 ans, s’est intéressée, cette fois, au monde paysan pour sa nouvelle création. On pourrait expliquer qu’elle fait du théâtre-documentaire, mais elle préfère dire qu’elle crée du « théâtre qui prend sa source dans le réel ».
Cette fois encore, la démarche a consisté à aller interviewer longuement des acteurs de notre agriculture. « Quand on prend le train, c’est une des premières choses qu’on voit par les fenêtres, ces exploitations qui sont alignées comme des perles dans le paysage, parfois des fermes isolées. Cela représente assez la Suisse. Et pourtant, on ignore tout de la réalité des paysans. C’est un monde méconnu, malmené à notre époque où des paysans et des bouchers se font traiter de criminels. En fait, aujourd’hui, la plupart des gens dans notre société ont perdu le lien avec la terre et avec ceux qui nous nourrissent. J’ai donc voulu remettre le paysan au milieu du village global. »
Elle et son équipe ont ainsi réalisé une quarantaine d’entretiens avec, à chaque fois, les mêmes questions. Le tout a ensuite été retranscrit et adapté pour les besoins de la scène. Mais attention, pas question de dénaturer le propos, on reste au plus près de la réalité avec, souvent, des mots simples, pas forcément courants au théâtre.

 

 

Au service du texte

Et le travail des comédiens consiste justement à éviter de tomber dans les artifices habituels de leur profession. « Les acteurs doivent oublier leurs béquilles, être sobres, ils sont au service du texte. On respecte la parole, les mots, le phrasé, les silences et les soupirs. Et, au fil des répétitions, un métapersonnage surgit. » Les comédiens ne sont-ils pas frustrés par ce travail inhabituel ? « Bien au contraire, ils adorent, c’est précieux de porter cette parole sur scène », assure Isabelle-Loyse Gremaud.
Au final, cela donne donc ce spectacle intitulé joliment Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement ? Le point d’interrogation est évidemment important. C’est bien pour offrir des éléments de réponse que la compagnie propose cette création hors des sentiers battus et qui pourrait bien surprendre quelques-uns des spectateurs ou, du moins, rappeler au monde citadin que notre agriculture est une composante historique et sociale de la douce Helvétie.

 

 

                  J.-M.R.


Informations

Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement ?, Théâtre Nuithonie à Villars-sur-Glâne, du 13 au 24 mars

 

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