Quand les Suisses étaient les migrants

Les Suisses n'étaient pas les seuls à s'exiler. Dans toute l'Europe, les candidats à une nouvelle vie embarquaient pour les mondes nouveaux.

Deux cents ans après le départ physique de centaines de Suisses pour Nova Friburgo, au Brésil, un spectacle leur rend hommage au Théâtre du Jorat. Cette reprise d’une création de 1985 donne à réfléchir.

Le texte de Croix du Sud date de 1985. Il conte les aventures de ces centaines de Suisses dans le besoin ayant migré au Brésil, il y a tout juste deux siècles. Depuis, les Helvètes sont mieux lotis, mais la thématique est hélas toujours d’actualité. « Terriblement même, souligne Philippe Savoy, directeur de l’Ensemble vocal DeMusica. Que ce soit les Boat People ou plus près de nous, Lampedusa, tout montre que l’histoire est un éternel recommencement et que seule l’origine des migrants change. »

Et Philippe Savoy de rappeler que « pendant longtemps, nous, les Suisses, étions les pauvres ». D’où l’exil, après deux années de famine et une période de grande misère, de centaines de Suisses vers le Brésil. Cette épopée avait inspiré le regretté Emile Gardaz qui avait créé et monté, en 1985, Croix du Sud, au Théâtre du Jorat. « Cette grande fresque avait alors connu un immense succès populaire », relève le musicien. Qui, aujourd’hui, se retrouve aux commandes, avec le metteur en scène Yves Senn, de cette nouvelle version que les spectateurs romands pourront apprécier, en septembre.

 

Une grosse troupe

On rassure les puristes, les deux hommes ont respecté au maximum l’œuvre : une ou deux toutes petites coupures dans le texte, la fusion de trois personnages en un seul ainsi qu’un nouveau fond musical qui viendra, en plus, de la musique originale d’André Ducret. Pour le reste, on retrouvera l’écriture et le ton de Emile Gardaz qui a évité le pathos, préférant garder une part de rêve, de l’humour et beaucoup de bienveillance, tout au long des quatre actes. Et le côté grande fresque populaire sera bien là. « C’est une grosse troupe effectivement, reconnaît Yves Senn avec une trentaine de comédiens et pas moins de 40 chanteurs qui seront aussi utilisés comme acteurs. On peut rajouter que tout le monde est très motivé. » 

C’est d’ailleurs peu dire que la troupe aura travaillé « de manière très intensive » pour présenter ces quatre tableaux : le départ d’Estavayer-le-Lac en barque en juillet 1819 ; la longue attente avant l’embarquement aux Pays-Bas ; l’éprouvante traversée (un mort) et, finalement, la reconstruction en Amérique latine. Au total, près de 1500 Suisses avaient alors tenté l’aventure. Jusqu’alors, la région de l’actuelle Nova Friburgo était occupée par les Indiens. Mais le Brésil, désireux de promouvoir la civilisation, proposa une colonisation notamment au canton de Fribourg. Ce sont évidemment les nouveaux arrivés qui donnèrent son nom à une cité qui compte maintenant près de 180 000 habitants. Plus personne ne parle le patois fribourgeois, mais, en revanche, de nombreux noms de famille indiquent toujours la participation helvétique à cette incroyable histoire.

 

J.-M.R.

 


A Voir       

Croix du Sud, 22 septembre, Théâtre du Jorat, à Mézières

   

 

 

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