Plastic Bertrand « Le temps n’est pas un problème pour moi »

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Plastic Bertrand, 66 ans, sort un dixième album aux accents electro-pop. Plus de quarante ans après son tube planétaire Ça plane pour moi, « L’expérience humaine » le remet en pleine lumière. 

« Vous les humains, vous avez de la chance, si vous saviez, d’avoir un monde à changer, rien que pour ça je serais bien resté. » Ces paroles, extraites du titre de son album éponyme L’expérience humaine, pourraient tromper sur l’état d’esprit de Plastic Bertrand. En réalité, l’auteur-compositeur-interprète de 66 ans, aux mèches non plus peroxydées mais blanches, n’envisage pas de disparaître. Il se sent bien sur la Terre. Très bien, même. Son dixième album génère de bonnes critiques et le projette sous les feux des médias. (Il a même été invité sur France Culture !)

Et puis, l’humanité ne l’inquiète pas. « Je suis quelqu’un de positif. Pour moi, l’homme est bon et il saura imaginer un futur agréable. La science me rend confiant. Qu’on ait réussi à inventer un vaccin contre le Covid-19 en si peu de temps est fantastique. Alors, je suis sûr qu’on parviendra à arranger les erreurs accumulées depuis le début de l’industrialisation. »
Si Plastic Bertrand croit à la résilience, c’est qu’il l’a éprouvée pour lui-même. Plastic, né Roger, revient de loin. 

 

« Chérrri, tu es différrrent, mais tu es merrrveilleux »

Le fait même qu’il existe relève d’une forme de miracle. Ses parents se sont en effet rencontrés dans un camp de concentration en 1943. « Mon père était Français, ma mère, Ukrainienne, ils ont eu un coup de foudre et se sont enfuis. Ils sont arrivés à Bruxelles par hasard. » Né en 1954, le petit dernier de la famille s’avère remuant. A 9 ans, il chante et fait de la batterie. Chez les scouts, il monte un premier groupe, Le Bison Scout Band. « Ma mère me disait souvent, avec son accent inimitable, qui lui faisait rouler les « r » : « Chérrri, tu es différrrent, mais tu es merrrrveilleux. » Adolescent toujours remuant, Roger écoute Salut les copains sur Europe 1 et pressent que le monde est en train de changer. Il a envie d’en faire partie. Il prend l’habitude d’aller à Londres, la patrie de la pop music, la ville natale de David Bowie, son idole, pour écouter des concerts. En 1975, le groupe Hubble Bubble dont il est le chanteur-batteur sort un album aux accents punk. « Ce disque date d’avant que ne surgissent les Sex Pistols », précise Plastic. Le groupe se disloque peu après, à la suite du décès du bassiste, mais Roger, qui est étudiant au Conservatoire de Bruxelles, ne lâche pas le tempo.

 

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Acteur prisé de  romans-photos italiens

En 1977, le revoici ! Cette fois, en solo, sous le pseudonyme de Plastic Bertrand, avec Ça plane pour moi. Le succès est immédiat et planétaire. Plastic le Belge devient l’un des rares artistes francophones à entrer dans le hit-parade américain. Les Italiens font partie des fans de la première heure. « Ils avaient déjà des radios libres qui passaient des artistes émanant de labels indépendants », explique Plastic… dont la plastique participe aussi à le rendre célèbre en Italie. Ses traits slaves, ses yeux bleus et sa fine silhouette inspirent les producteurs de romans-photos dont les exemplaires s’arrachent par millions, à cette époque. Il anime aussi des émissions de radio et de télévision. « J’associe les années 80 au Concorde (NDLR : le célèbre avion qui ralliait Paris à New York en 3 heures 30), tout allait très vite. Les projets musicaux s’enchaînaient, les tournées aussi. J’allais d’un excès à un autre. » 

Dans ces années-là, Plastic mène la vie qu’il imagine qu’une star internationale de la scène se doit de mener . Toujours en mouvement, sans cesse happé par de nouvelles aventures, curieux de tout, au risque de connaître des descentes difficiles. Un jour, en rentrant chez lui, où vivent sa femme — épousée en 1979 à Los Angeles — et ses deux enfants, il déchante. Il réalise qu’il n’a plus sa place dans la famille. « Mes enfants me connaissaient à travers les cassettes vidéo des émissions de télévision auxquelles je participais. Mais, en ma présence, ils n’avaient rien à me dire. Je les laissais complètement indifférents. J’ai compris que je passais à côté de quelque chose d’important. » Dès lors, Plastic Bertrand apprend à dissocier ses vies : être, d’un côté, un artiste décalé et inventif et, de l’autre, un chef de clan que ses enfants appellent « Paps » et ses deux petits-enfants « Papsi ». « Attention, je me sens chef de clan par rapport à l’attention que je porte à mes proches et aux racines que j’essaie de construire pour eux. Je ne me suis jamais replié dans une maison à la campagne autour de valeurs bourgeoises. D’abord, je viens d’un milieu modeste. Et l’argent n’a jamais été une fin en soi. Et puis, j’ai la bougeotte. Je vis entre Bruxelles, Paris et le Maroc où je possède une maison. Avec la mère de mes enfants, toujours mon épouse, on a passé un contrat de grande liberté. » 

S’il a fait partie des tournées Age tendre et tête de bois et Stars 80, Plastic affirme que ça n’est pas par nostalgie du passé. « Le public de ces spectacles est très jeune. Et puis, ce sont de grosses productions où il est confortable, pour un artiste, de se produire : beaux éclairages, bons professionnels. Enfin, ce que j’apprécie, c’est que, en plus de mes chansons, j’interprète le répertoire d’artistes que je vénère comme Bowie ou Depeche Mode… »

 

Un son dans sa tête pendant dix ans 

Si Plastic Bertrand n’a jamais disparu des radars du showbiz — il est l’homme aux 16 disques d’or — il associe la naissance de son dixième album à un nouveau départ. « L’expérience humaine » m’a trotté dans la tête pendant une dizaine d’années. J’avais envie de créer un son electro-pop bien particulier. Je savais qu’il me faudrait la coopération du pape de l’electro, l’héritier du son Kraftwerk, à savoir Dan Lacksman (NDLR : ex-cofondateur du groupe new wave belge Telex). Mais je ne voulais pas seulement de la musique au kilomètre. J’avais envie de dire quelque chose, de parler d’humanité. » Bien joué Plastic, que seuls les gens des impôts continuent à appeler Roger ! Mais, jusqu’à quand se voit-il parcourir le monde avec ses spectacles-concepts ? « Il faut être en forme pour aller au-devant du public. Tant que ma santé tient le coup, je serai là. Le temps n’est pas un problème pour moi. Ma préoccupation n’est pas de rester joli… mais vivant. 

 

Véronique Châtel 

 

 

Plastic Bertrand L’expérience humaine (Sing or Swing/PIAS).

 

 

 

 

 

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