Mistinguett, chanteuse-danseuse et espionne par amour

Fabrice Guillaume, metteur en scène, Jenny Lorant dans le rôle de Mistinguett et Filipe Resende (de g. à dr.) qui joue Maurice Chevalier dans le spectacle proposé par le Théâtre du Jorat. © Fabien Ayer

Elle fut sans doute la première star du music-hall français. Un spectacle retrace le parcours étonnant de cette femme de caractère qui devint barbouze durant la Grande Guerre pour retrouver son homme, Maurice Chevalier.

 

«Une artiste populaire, une reine du music-hall. On avait envie de l’aimer.» Filipe Resende a beau n’avoir que 33 ans, il évoque avec une admiration sincère cette femme née en 1875 et décédée en 1956, à l’âge de 80 ans. Au point, avec deux amis, de mettre sur pied une comédie musicale pour lui rendre hommage. Il est vrai que la vie de Mistinguett, de son vrai nom Jeanne Florentine Bourgeois, a été tout sauf un long fleuve tranquille. Preuve en est son passage dans les services secrets français. Mais revenons en arrière.

Fille d’une couturière et d’un journalier, celle qu’on appelait communément Miss s’est faite toute seule, avec deux arguments chocs, sa gouaille et ses gambettes. Avec une obsession… fuir la pauvreté. Elle trouvera sa voie, au début des années 1900, sur scène où elle rencontrera Jacques-Charles, père de la revue moderne. Mais c’est avec «La valse chaloupée», en 1908, qu’elle devient véritablement une star. «Une danse d’apaches, autrement dit de voyous sur une musique d’Offenbach, souligne Filipe Resende. Au sortir d’une période guindée, on découvrait, alors, une chorégraphie où l’homme posait les mains sur la femme, lui tenait les cheveux.»

Trop long

Trois ans plus tard, Maurice Chevalier débarque dans sa vie. Les deux amants filent le parfait amour et leur duo éclate aux Folies-Bergère. Mais arrive la Grande Guerre, le régiment de «son homme» est décimé et le soldat Chevalier porté disparu. Ni une ni deux, Mistinguett devient alors espionne au service de la France pour le retrouver. Et c’est à Genève qu’elle déniche une piste et parvient à le faire libérer. «A vrai dire, ce fut une piètre espionne, commente son jeune admirateur. Elle l’a fait uniquement pour sauver son amoureux, alors prisonnier en Allemagne. Mais elle y est parvenue grâce à ses relations.»  Hélas, de retour à Paris, le couple se déchire. C’est qu’elle refuse de partager le haut de l’affiche avec lui. Le couple se sépare. En guise de commentaire la Miss dira: «Il avait quelque chose, j’en ai fait quelqu’un.» Il restera à la postérité son plus grand tube: «Mon homme». 

Pour raconter l’histoire de cette artiste, Filipe Resende a donc sorti sa plus belle plume. Il en est résulté, avant l’arrivée de la pandémie, une comédie musicale d’une durée de trois heures quarante-cinq. «Je me suis rendu compte que c’était trop pour un public pas habitué à l’opéra.» C’est donc une version de deux heures «seulement» qui sera proposée au Théâtre du Jorat, à Mézières, avec la mise en scène de Fabrice Guillaume et Bernard Novet, Jenny Lorant étant directrice vocale de ce spectacle «qui met les femmes en avant. Ce n’est que justice, estime le librettiste. Dans les comédies musicales classiques, la plupart du temps, les hommes occupent les places d’honneur. Il n’y a qu’à voir "West Side Story" ou "Les Misérables" pour s’en rendre compte. J’ai juste voulu inverser et donner un rôle prépondérant aux femmes.»

Jean-Marc Rapaz

>> «Mistinguett en haut de l’affiche», vendredi 16 septembre à 20 heures, Théâtre du Jorat à Mézières (VD).

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