Marianne James donne de la voix. Et pas seulement sur scène !

Chanteuse, musicienne, Marianne James est aussi militante, notamment pour la cause des femmes de plus de 50 ans, pas assez visible à son goût.
© Alexandre Delamadelaine

La pétulante diva, également connue comme ancienne jurée de la Nouvelle Star et de La France a un incroyable talent, chantera son nouveau spectacle musical pour les 4 à 104 ans, en Suisse romande, cet automne. En attendant, elle parle...

Elle a chaud, Marianne James, en ce jour de juillet. Elle peut ! Le thermomètre à l’ombre des platanes d’Avignon affiche 40° C et la diva à la crinière blonde vient de passer une heure quinze sur scène à chanter et à se déhancher sur des rythmes de bossa, de samba, de pop et d’electro. Tatie Jambon, son nouveau spectacle musical pour les 4 à 104 ans, exige qu’elle se donne à fond. « C’est compliqué de jouer devant des enfants : s’ils n’aiment pas, ils se lèvent, ils boudent, ils refusent d’applaudir. Au début, j’ai eu peur de ne pas réussir à les accrocher. » Mais elle y arrive la grande — 1,82 mètre — Marianne ! Sans les prendre de haut, ni les considérer comme des demi-portions. Sa voix qui voltige sur trois octaves en témoigne.

 

Et puis, Tatie Jambon, ce personnage pétillant qui envoie les enfants se coucher à coup de « c’est l’heure, petit bouchon », c’est elle. C’est ainsi que la surnomment ses neveux, sa sœur aînée, ses parents et même son petit ami. Drôle de p’tit nom ? « Un jour, j’ai donné un morceau de jambon au chien vegan et peu chaleureux — comme tous les vegans d’ailleurs, hi, hi, hi ! — de ma sœur. Depuis, à chaque fois qu’il me voit, il aboie de bonheur. « Tu l’aimes, hein, Tatie Jambon », s’est exclamée ma sœur, la première fois qu’elle a été témoin de la scène. Si mon entourage a repris ce terme nourricier, c’est que cela doit me correspondre. Cela renvoie à quelque chose du monde de l’enfance. »

 

Premières vocalises

L’enfance de Marianne James se déroule dans la Drôme, à Montélimar, entre un papa pâtissier, chocolatier et nougatier et une maman d’origine italienne, douée pour le bagou. Sur les murs de sa chambre d’adolescente, Marianne a épinglé des chanteuses à voix ... et à corps non filiformes : Ella Fitzgerald, Sara Vaughan, Renat Tebaldi ... « J’avais accroché aussi des posters d’éléphant, d’hippopotame et de percherons, ces chevaux dotés de poitrails larges et poilus. Je me reconnaissais en eux. »

Ses voisins s’appellent Petrucianni. Le père, Tony, guitariste renommé, lui apprend à jouer de la guitare et son fils, Michel (oui, oui, le futur pianiste virtuose) devient un ami. Tous les trois se produisent quelquefois en trio. Marianne chante aussi. Elle intègre différentes chorales avant de créer un groupe et de se produire dans la rue. En 1980, à 18 ans, elle monte à Paris passer une licence de musicologie et faire ses gammes classiques au Conservatoire. Elle en sort avec un premier prix de chant. « Pour gagner ma vie, j’ai gardé des enfants et donné des cours de guitare et de chant. Je recevais mes élèves dans mon studio de 18 mètres carrés. Je devais fermer mon clic-clac et planquer mes affaires dans la salle de bain pour qu’on ait de l’espace. » C’est durant ces années que Marianne devient pédagogue : « J’ai vite compris que, pour faire émerger une personnalité, il fallait utiliser l’existant, y compris les fragilités. » Elle développe son flair de dénicheuse de talents. « Je me souviens d’un élève qui venait pour chanter de la variété et que j’ai poussé dans le répertoire classique, tant sa voix de ténor était bouleversante. Il a fait une carrière depuis. »

Pas étonnant que, plus tard, Marianne James ait cartonné comme jurée de la Nouvelle Star, où elle n’y allait jamais par quatre chemins pour dire ce qu’elle pensait d’une prestation, et comme jurée de La France a un incroyable talent. Mais Marianne piaffe de se réaliser comme chanteuse aussi. Il lui faudra pourtant attendre l’âge de 33 ans pour qu’elle trouve sa voie ... de clown musical. La création du spectacle L’Ultima Recital lui permet d’incarner un personnage tout en démesure, Maria Ulrika Von Glott, une cantatrice allemande wagnérienne et sadique. Il lui vaudra un Molière et plus de mille représentations, y compris en Suisse. « Découvrir que je plaisais malgré mon tour de hanche de 2,07 mètres — c’était de la mousse — m’a aidée à assumer mon corps, plus grand et plus gros que la norme. »

 


Dans son nouveau spectacle musical Tatie Jambon, Marianne James se donne à fond sur des rythmes de bossa, de samba, de pop et d'électro.

 

Excès de régimes et balance en berne

Pour y arriver, le chemin a été long. Marianne se donnerait des claques quand elle se souvient de son premier régime pour peser le même poids que ses copines. « A 16 ans, je faisais 72 kilos pour 1,80 mètre et mes copines, Flavia, Christine et les autres, pesaient 65 kilos maxi pour 1,60 mètre. J’ai fait un régime hyperprotéiné pour descendre à 65 kilos. Quand je me suis mise à remanger normalement, j’ai tout repris et même trois kilos de plus. La valse des régimes yoyo était partie ! A 20 ans, je pesais déjà 20 kilos de trop. J’ai gaspillé ma vie à perdre du poids : 140 kilos en tout. Tout cela pourquoi ? Aujourd’hui, je pèse 134 kilos — « Tu peux l’écrire ma chérie, ça peut aider des femmes ! » — mais mon poids reste stable, car je ne suis plus aucun régime. » Si Marianne James reconnaît que c’est dur de porter un aussi grand excès de kilos, surtout quand il faut monter des escaliers, elle assume ses rondeurs. Et s’élève contre la « grossophobie ». « Je ne comprends pas qu’on ait voué un tel culte à Karl Lagerfeld qui a eu ces mots si violents à l’égard des rondes : « Je ne peux pas habiller une femme au-delà de la taille 38. » Comment n’a-t-il pas écopé d’un procès avec des mots aussi stigmatisants ? Combien de femmes s’habillent en 36-38 ? » Et Marianne James de se souvenir hilare de la vengeance que la vie lui a offerte. Il y a une dizaine d’années, le magazine Gala lui a proposé de poser nue pour sa couverture à la place de Karl Lagerfeld et de Audrey Tautou qui n’étaient plus disponibles. « La photo est visible sur internet, va voir. J’ai un bras sur la poitrine et les jambes croisées, mais les bourrelets sont là. Et, ma foi, le magazine s’est bien vendu ! »

 

 

Plus de 50 ans et alors ?

Militante contre la discrimination des gros, Marianne James, 57 ans, s’engage aussi contre l’invisibilité des femmes de plus de 50 ans. En juin dernier, elle a fait partie de la soixantaine de femmes entre 50 et 84 ans qui ont défilé pour la styliste Nathalie Garçon, fondatrice de l’association Over fifty et alors ?. « Les médias, la publicité et la mode ont les yeux rivés sur la ménagère de moins de 50 ans. Or, une femme sur deux en France a plus de 50 ans. Cela veut dire que la moitié des femmes ne se reconnaît pas dans les images véhiculées. A plus de 50 ans, vous passez dans le rang des invisibles. C’est insupportable. » Marianne James, qui aura 60 ans dans deux ans et demi, comme elle se plaît à le répéter, ne risque pas de devenir invisible. Entre son rire de gorge et sa voix chaude qui propulsent des kilomètres de mots, il est impossible de ne pas la remarquer. D’ailleurs, les gens s’arrêtent et lui demandent des autographes. La diva populaire s’y prête avec le sourire. « Il ne faut jamais se départir de son humilité. Moi, je mène une vie simple. J’aime me replier en Ardèche, où je vais aux girolles après une petite pluie, où je cuisine des poivrons au four ou des pâtes, où j’aime faire la sieste, méditer et ne plus parler. » Plus parler ? Vraiment ? Difficile d’imaginer la bouillante Marianne James silencieuse ! 

 

 

           Véronique Châtel

 

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