Frédéric François « Je voulais juste décrocher la lune »

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Avant de se produire en Suisse, Frédéric François revient, pour nous, sur sa tendre relation avec ses parents. 

A l’autre bout du fil, depuis sa Belgique d’adoption, Frédéric François rit beaucoup. Au souvenir de ses parents, immigrés siciliens, de ses enfants, des grands moments qui ont jalonnés sa carrière, et même à l’idée de vieillir. Il parle aussi beaucoup d’amour, forcément. Mais ça, ceux qui connaissent sa flamboyante discographie — 350 chansons composées, dont la grande majorité des titres reprennent le terme en question — ne s’en étonneront guère.En même temps, il a de quoi être heureux : son 38e album, La liberté d’aimer, est un franc succès et, à 70 ans, son demi-siècle de scène — 40 millions d’albums vendus, 85 disques d’or — n’a connu que des succès, justement, à peine troublé par un petit passage à vide durant les années disco. Il sera en concert, cet automne, à Saint-Maurice (le 6 novembre) et à Genève (le 7 novembre).

 

Les titres de votre nouvel album sont toujours aussi entraînants. Quel est votre secret ?

Ces mélodies ont beau paraître toutes simples, créer une chanson qui va entrer dans le cœur de millions de gens, et être fredonnée toute la journée après avoir été entendue le matin à la radio, est terriblement difficile. Je compose la musique, mon parolier, Frédéric Zeitoun, est à l’écoute de l’air du temps, je le guide, je dirige les musiciens et les choristes, je suis là pour les mixages… Et, quand elle sort, cette chanson, c’est comme si j’avais façonné un petit bijou. Mais, derrière, il y a le travail, les angoisses…

 

Ce message de tolérance pour l’une d’entre elles, La liberté d’aimer, ça vous tenait à cœur ?

C’est Frédéric Zeitoun qui voulait me faire chanter une chanson d’amour universelle, après tant de titres sur l’amour individuel. Une chanson de tolérance, sans barrières ni frontières, qui vous dise : « Que votre cœur vous guide vers un homme, une femme ou une personne de couleur différente, écoutez-le, aimez-vous et soyez heureux ! » Avec encore un refrain qui reste gravé dans la tête. Même la mienne (il rit) ! Le soir dans mon lit, je me dis : « Mais qu’est-ce que tu fais, arrête de fredonner cet air ! » 

 

Quel regard portez-vous sur vos 50 ans de scène ?

Mon père avait ce rêve fou : me voir devenir chanteur… Et puis, un jour, comme dans un film, une décapotable rouge s’arrête devant notre modeste maison, en Belgique, et en sort un imprésario qui dit vouloir m’enregistrer. Vous imaginez ? J’avais 19 ans, il m’avait repéré dans un orchestre et c’est là que ma carrière commence. Après, les souvenirs, il y en a tellement… Le premier succès diffusé à la radio; le premier Olympia avec mes parents venus me voir de Belgique; la rencontre avec le Pape Jean-Paul II, qui m’avait invité à chanter au cœur du Vatican… Il y a aussi la naissance de ma fille. J’étais à l’Olympia, on m’avait installé un téléphone dans ma loge, directement raccordé à la clinique et, à chaque sortie de scène, je courais décrocher pour demander si le bébé était né. Et, à 23 heures 32, juste après avoir chanté Je t’aime à l’italienne, j’apprends la naissance de Victoria… Je suis surtout tellement content que mon père m’ait vu dans cette salle mythique, que son rêve se soit réalisé. Quand j’avais 10 ans, au bistrot, il disait à ses amis : « Un jour, mon fils deviendra une star, vous allez voir ! » Vous imaginez comme ses copains devaient rigoler…

 

Comment a-t-il décelé le chanteur en vous ?

Il avait quitté sa Sicile, où il travaillait dans une mine de soufre, pour la Belgique qui cherchait des ouvriers pour des mines de charbon. Il a toujours chanté de grandes chansons d’amour et il avait pris sa guitare avec lui. Il s’est mis à m’apprendre des accords pour que je l’accompagne et j’ai attrapé le virus. Cent fois plus puissant que celui qu’on traverse en ce moment; un virus tombé du ciel ! Plus tard, il m’a demandé de chanter et il est resté bouche bée… Il a alors consacré toutes ses économies à mon matériel, se privant d’aller voir ses parents en Sicile…

 

Vous aviez tissé des liens très forts avec vos parents, plus que vos sept frères et sœurs. A quoi ça tient ?

Je vouais une vraie admiration à mes parents et je voulais juste qu’ils soient fiers de moi. Après avoir animé mon premier bal, à 13 ans, j’avais gagné 50 francs belges, une somme dérisoire, mais quand je suis rentré à la maison, j’ai mis le billet sous une sous-tasse pour ma maman, sachant qu’elle le trouverait le lendemain matin en se préparant le café. Ça avait suffi pour que je m’endorme avec un grand sourire.

 

Ces liens, vous les retrouvez aujourd’hui avec vos quatre enfants ?

Oui, on a gardé la coutume de la Pasta Dominical. Ils n’habitent pas loin et ils viennent manger tous les dimanches à la maison. Ma femme prépare des spaghettis, d’après les recettes de ma maman : un jour à la bolognaise, un autre aglio, olio e peperoncino, l’été avec des olives et des petites tomates… L’important, c’est qu’on soit tous réunis, qu’on se raconte notre semaine. On refait le monde et on est heureux. 

 

Vos nombreuses tournées ont pourtant dû vous éloigner de vos enfants, à de nombreuses reprises.

Et ça fait partie de mes regrets. Vous savez, j’avais 20 ans, je réalisais non seulement le rêve de ma vie, mais surtout celui de mon père… Les étoiles s’alignaient soudainement et je voulais juste décrocher la lune. Alors oui, vous êtes pris dans un engrenage, on vous demande de partout et les managers vous poussent à y aller. Je me suis rattrapé plus tard avec Victoria. J’avais déjà une carrière établie quand elle est née et, lorsqu’elle me demandait de jouer avec elle, je laissais tout tomber. Je lui racontais des histoires tous les soirs, inventant des personnages jusqu’à ce qu’elle s’endorme… ce que je n’ai pas pu faire 
avec les autres enfants.

 

Aujourd’hui, comment abordez-vous l’avenir et le fait de vieillir ?

Je chanterais jusqu’au bout. Tant que le public est là, pourquoi l’abandonner ? C’est la passion de ma vie. C’est tellement beau d’apporter du bonheur aux gens. Alors oui, un jour, je ne serai plus là… Y penser me fait peur. On croit que ça n’arrivera jamais et la réalité est tout autre. Mais tant que je suis passionné, tant que j’ai les yeux qui brillent, je ne crains pas le poids des ans. Je rayonne, même (il éclate de rire) ! On me dit souvent : « Mais comment faites-vous pour rester si jeune ? » « J’hésite entre les spaghettis et l’amour ! », je leur rétorque. (Il rit encore.) Tant que vous gardez cette énergie, je crois que vous vieillissez tout simplement moins vite.

Propos recueillis par Christophe Pinol

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En concert le 6 novembre au Théâtre du Martolet, à Saint-Maurice, et le 7 novembre au Théâtre du Léman, à Genève. Réservations FNAC et TicketCorner. 

 

 

 

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