De sacrés comédiens !

Dans cette pièce étonnante, le futur préfet recevra des visiteurs ignorants s'ils sont de véritables notables ou des comédiens lui racontant des fadaises.

Dans L’art de la comédie, un politicien ne sait plus s’il se trouve devant des notables ou des acteurs jouant un rôle. A voir à Fribourg.

Avec le metteur en scène Julien Schmutz et Le Magnifique Théâtre, le spectateur part confiant : il sait qu’on ne lui servira pas un plat fade et indigeste. C’est que le bonhomme est ambitieux, sans sombrer pour autant dans l’intellectualisme caricatural de certains créateurs subventionnés. Autrement dit, le propos est intelligent, comporte plusieurs tiroirs sans exclure, pour autant, les plaisirs simples. Il en va ainsi avec la prochaine création de la compagnie : L’art de la comédie de Eduardo De Filippo. Une pièce écrite en 1965 et que certains qualifièrent alors d’outrage à l’Etat.
« Oui, c’est une pièce qui s’interroge sur le rapport entre le monde politique et le rôle de l’artiste au sein de la cité. Mais, dans le fond, la question porte sur la raison d’être de la culture dans notre société », explique Julien Schmutz. Et de rassurer tout de suite : « Bien sûr qu’il y a aussi un registre comique dans cette pièce. C’est super bien écrit, avec un humour qui mélange celui de Fellini et de Fernandel dans les Don Camillo, autrement dit, on est entre un humour grinçant mafieux et un autre carrément beauf. »

 

 

Pas de temps à perdre au théâtre

Cela donne envie, non ? Avec, dans le rôle principal, « un immense Roger Jendly qui, a plus de 80 ans — on a vraiment de la chance de l’avoir », l’intrigue met en place son Excellence De Caro qui s’apprête à endosser son nouvel habit de préfet dans une province italienne des années 1960. Raison pour laquelle il décide de rencontrer les différents notables de la région quand survient Oreste, vieil artiste qui a une compagnie itinérante dont la roulotte vient de brûler. L’audience imprévue se déroule mal, les deux hommes ne se comprennent pas. Le politicien croit qu’on lui demande une aide sous la forme d’un permis de transport en chemin de fer. Oreste souhaite simplement que le préfet vienne à la représentation du soir pour inciter la population à en faire autant. Mais De Caro refuse, « il n’a pas de temps à perdre au théâtre ! ».
Las, son secrétaire remet par erreur à Oreste la liste des notables attendus par son patron. Et le vieux comédien de comprendre tout le parti qu’il peut tirer de cette liste. Mis au courant de la bévue de son subalterne, le préfet flaire, lui aussi, le piège. Comment savoir désormais si le curé, le médecin ou le pharmacien défilant dans son bureau ne sont-ils pas des comédiens ayant pris la place des invités ? Comment savoir si leurs requêtes, parfois risibles, sont-elles fondées ou pas ? La confusion ira en empirant. Avec L’art de la comédie, les spectateurs sont de la partie, puisqu’ils ignoreront, eux aussi, la vérité. D’ailleurs, celle-ci éclatera-t-elle ou pas ? On vous laisse le découvrir.

         

  J.-M.R.


L’art de la comédie, du 7 au 16 novembre au Théâtre Nuithonie à Villars-sur-Glâne (FR)

 

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