Catherine Lara : même si j'ai 15 ans dans le coeur, j'en ai tout de même 72

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La chanteuse et violoniste Catherine Lara interprétera ses plus grands succès au Théâtre de Vevey, accompagnée de cinq musiciens. Rencontre.

Paris, par un chaud après-midi d’été. Catherine Lara a la ponctualité suisse. Elle arrive à notre rendez-vous accompagnée par la femme de sa vie et intégralement vêtue de blanc, ce qui fait ressortir sa crinière. Si ses yeux sont cachés derrière les sempiternels cercles teintés, l’artiste a le contact facile et chaleureux. Elle est même généreuse avec son temps et avec son parfum italien qui sent bon et qu’elle me fait tester. Puis, sur un geste tendre, la compagne s’efface et la chanteuse et violoniste s’évente.

 

Un récital intimiste après un spectacle musical qui rassemblait des musiciens, des danseurs et des acrobates du cirque, Bô, trophée 2018 de la comédie musicale. La compositrice n’oublie pas qu’elle était d’abord chanteuse !

Si j’existe encore, c’est grâce à ces chansons que j’ai écrites — Nuit Magique, Johan, La craie dans l’encrier, etc., et qui m’ont portée jusqu’à aujourd’hui. Donc oui, je donne des récitals pour faire plaisir aux gens. A Vevey, je serai entourée de cinq musiciens au piano, avec un violon, un violoncelle, des guitares et la voix.

 

Vous les aimez toutes encore, ces chansons « tubes » ?

Celle que je préfère reprendre, c’est La craie dans l’encrier, car elle s’adapte à toutes les formes musicales et à tous les arrangements. Celle que je me passerais bien de chanter est La rockeuse de diamant. Je l’ai écrite pour me marrer, c’était du 75e degré. Le public en a fait un tube. Tant mieux. Mais elle ne correspond plus à ce que je suis, aujourd’hui. Si j’ai toujours 15 ans dans le cœur, j’ai tout de même 72 ans.

 

Cela se traduit comment ?

Je m’éclate. Mais sans chichi ni diamant. Je vis dans un petit village des Yvelines, dans une belle maison, en harmonie avec la nature et mes voisins. C’est simple, comme vie, mais cela me convient parfaitement. J’aime nager, ce que je fais tous les jours dans ma piscine. Je suis une femme heureuse, là-bas.

 

Votre mère, décédée à 102 ans, est un exemple pour vous ?

Sa dernière partie de vie m’inspire plutôt de ne pas aller habiter dans une maison de retraite, comme elle.

Même si elle a eu les moyens de vivre dans une résidence plutôt chic, la nourriture était abominable. On lui servait, à elle qui avait un appétit d’oiseau et du mal à digérer, du boudin noir, le soir, avec une purée de pommes de terre aussi dure que du mortier. Un jour, j’ai demandé au cuisinier s’il n’avait pas quelque chose de plus lourd encore à servir, genre une bonne choucroute. Quel scandale ! Quel est le dernier plaisir de nos vieilles âmes, de ceux qui ont fabriqué nos mémoires, sinon celui de manger et de faire de bons repas ? Quand est-ce qu’on va en tenir compte ?

 

Où imaginez-vous habiter, alors ?

Je voudrais rassembler des amis dans une grande maison qu’on appellerait « Tamalou », car, lorsque les gens vieillissent, ils se demandent toujours où ils ont mal, et on s’entraiderait, on se mijoterait de bons petits plats. Moi, je suis pour profiter de ce que la vie nous offre jusqu’au bout. J’ai mis deux ans à guérir d’une opération du poumon, j’ai souffert d’une infection de la plèvre. J’ai dû apprendre à lutter contre la souffrance, à m’en sortir sans devenir dépendante des médicaments antidouleurs. Cette expérience m’a, à la fois permis de mesurer mes ressources intérieures et aussi de mieux apprécier la vie. J’aime la vie. Elle mérite qu’on se batte pour se sortir de situations compliquées.

 

Vous n’avez jamais vraiment choisi la facilité. A commencer par jouer de cet instrument, le violon, dès l’âge de 4 ans ... Pourquoi ?

Mon père était médecin, mais il était aussi violoniste. Lui, au violon et, ma mère, au piano, ils recevaient des copains à la maison pour faire de la musique. Le son du violon me fascinait. Un jour, papa me l’a prêté. Il était un peu trop grand pour mes mains de fillette de 4 ans, je me souviens que j’ai dû m’appuyer contre le mur pour le faire tenir. J’aimais tellement le son du violon que j’ai tout de suite essayé de créer un beau son. Je ne suis pas passée par la case « crin-crin ». Tout de suite, j’ai trouvé un truc pour produire un beau vibrato. Papa m’a déclaré, un jour, que c’était moi qui lui avais appris à vibrer.

Ce qui n’est pas facile non plus avec cet instrument, c’est de trouver une position qui soit esthétique et télégénique !

Heureusement, n’ayant jamais posé ma tête sur le violon comme sur un oreiller, j’ai trouvé assez vite comment faire corps avec mon violon. Dans une position assez droite. Il y a quelque chose de maternel à tenir cet instrument dans les bras. Mais que c’est fatiguant ! Quand j’étais petite fille, il m’arrivait de faire des malaises vagaux à force d’avoir les bras en l’air pendant des heures. Malgré cela, j’adore cet instrument. Il m’a forcée à me surpasser pour jouer avec lui. Quand je n’arrive pas à faire un trait ou une phrase difficile, il m’aide à trouver une solution, un meilleur doigté. J’ai trouvé, à Besançon, un luthier qui me fabrique des violons à mon goût. Le dernier est un baryton, un instrument accordé à l’octave en dessous d’un violon, avec un son plus chaud et plus grave.

 

Comment devient-on une star de la variété jouant du violon quand on a été un premier prix de Conservatoire national ?

Je n’ai jamais été une musicienne classique enclavée. J’aime trop la musique en général et la fête pour cela. Je n’ai jamais compris qu’on doive se tenir absolument tranquille et silencieux dans les concerts classiques. Pour moi, la musique est un échange, une communion, les exclamations et les applaudissements du public me paraissent naturels. J’ai donc eu très vite envie d’ouvrir d’autres portes. Quand j’ai appris que Claude Nougaro formait un quatuor, je l’ai accompagné. En tournant avec lui, en le découvrant faire le petit taureau dans l’arène, cela m’a donné envie d’en faire autant. J’ai rencontré d’autres musiciens, qui m’ont amenée vers des expériences musicales différentes, mais qui m’ont toutes apporté quelque chose.

 

Vous avez dit, un jour, que ce que vous regardiez en premier chez un homme, c’était sa femme. C’est toujours vrai ?

Non, car j’ai rencontré la femme idéale, Samantha, avec laquelle je partage ma vie depuis plus de vingt ans Mais, sinon, oui, c’est encore vrai. Même si j’ai aimé des hommes, mon regard se porte plus volontiers sur les femmes. Je suis contente de constater que l’homosexualité féminine choque moins. Du coup, les femmes ensemble sont moins dans la caricature des couples hétéros, où l’une joue le bonhomme. Cette évolution me fait plaisir.

Véronique Châtel


Catherine Lara, Sur la corde, dimanche 4 novembre 2018, à 19 h, Le Reflet — Théâtre de Vevey. Réservations : www.lereflet.ch — 021 921 925 94 94

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